Le plan de sauvetage du SEAE de Kallas

Également dans l'édition de vendredi : l'UE compte renforcer sa présence au Groenland

/ EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce vendredi 11 septembre. Ici Nicoletta Ionta à Bruxelles, en compagnie d’Eddy Wax.

À retenir :

🟢 L’argumentaire de Kallas pour sauver son service diplomatique

🟢 Un ancien ministre turc s’en prend aux vetos de l’UE

🟢 L’UE compte renforcer sa présence au Groenland


L’édition d’aujourd’hui est sponsorisée par BRUZZ
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L’Europe, vue de Bruxelles


Kaja Kallas se bat pour sauver le Service européen pour l’action extérieure. Lors d’une réunion avec le personnel la semaine dernière, elle a clairement exposé comment elle entend défendre l’institution qu’elle dirige.

La tâche qui attend Kaja Kallas et sa secrétaire générale nouvellement nommée, Kajsa Ollongren, consiste à convaincre les 27 capitales que le maintien d’un service diplomatique européen autonome en vaut la peine.

Les deux femmes ont indiqué au personnel qu’elles présenteraient cet argument directement aux gouvernements nationaux. Kajsa Ollongren a déjà entamé une tournée des capitales pour faire valoir que le maintien du SEAE serait moins coûteux et plus cohérent que son affaiblissement.

Elles soutiennent qu’un réseau commun solide de 145 délégations de l’UE permet à l’Union d’agir collectivement tout en évitant les doublons inutiles entre 27 services diplomatiques nationaux de tailles et de traditions très différentes.

« Ce que les États membres veulent vraiment, compte tenu des fortes contraintes budgétaires auxquelles tous sont soumis, c’est de s’assurer qu’il n’y a pas de doublons », a déclaré Kallas.

La cheffe de la diplomatie européenne a passé ces derniers mois à s’opposer à un projet mené par l’Allemagne visant à intégrer le SEAE, fort de 5 000 agents, au sein de la Commission européenne.

Si les gouvernements nationaux souhaitent réaliser des économies, a fait valoir Kallas, les négociations sur le prochain budget à long terme de l’UE devraient renforcer, plutôt qu’affaiblir, ses arguments en faveur du maintien du service.

« Nous ne sommes pas ceux qui créent les doubles structures. », a-t-elle déclaré.

Kallas et Ollongren ont également présenté le maintien du SEAE comme l’option la plus économe pour une Europe confrontée à des relations transatlantiques fracturées, à la pression des États-Unis et de la Chine, ainsi qu’à une Russie qui redéfinit le paysage sécuritaire de l’Union.

« Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation où nous sommes attaqués à bien des égards », a déclaré Ollongren, ancienne ministre néerlandaise de la Défense et fervente défenseure de l’Ukraine.

Cette réunion publique a également servi de présentation d’Ollongren au personnel. Elle a joué sur ses propres origines, plaisantant sur le fait que ses racines néerlandaises et suédoises – auxquelles s’ajoutent des ancêtres finlandais et allemands – pourraient lui donner un air « un peu nordique et frugal. »

« Je tiens donc à ajouter que j’ai effectué une partie de mes études en France », a-t-elle précisé, provoquant l’hilarité de l’assemblée. « Je pense être une Européenne engagée. »

Lisez l’article complet.

L’Europe a besoin de moins de vetos, estime Bağış

Selon Egemen Bağış, ancien ministre turc chargé des Affaires européennes, l’Union « se tire une balle dans le pied » en maintenant les vetos nationaux au cœur de son processus décisionnel, notamment en matière d’élargissement.

Bağış, qui a dirigé les négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE pendant quatre ans, a déclaré à mon collègue Sarantis Michalopoulos que l’unanimité devrait être requise pour la décision finale d’admettre un nouveau membre – mais pas à chaque étape du processus.

« Les pays ne devraient pas pouvoir bloquer les intérêts nationaux ou ceux de l’UE à des fins de gains politiques nationaux », a-t-il affirmé. Chypre bloque le chapitre consacré à l’énergie dans les négociations d’adhésion de la Turquie depuis 2009.

Bruxelles débat actuellement de l’opportunité de supprimer les droits de veto nationaux dans des domaines tels que la politique étrangère, ce qui suscite des réactions mitigées et une certaine réflexion dans les capitales. Lisez l’interview complète.

Exclusif : la Commission compte renforcer sa présence au Groenland

La Commission est à la recherche de locaux plus spacieux à Nuuk afin de renforcer sa présence au Groenland, juste après avoir vu les États-Unis y étendre leur propre implantation.

Le consulat américain a récemment déménagé d’une petite maison pour s’installer dans des locaux de 3 000 mètres carrés situés dans un nouvel immeuble de grande hauteur. L’équipe actuelle de l’UE, composée de trois fonctionnaires, devrait s’agrandir, selon mon collègue Magnus Lund Nielsen.

Ces projets font suite à la visite d’Ursula von der Leyen sur le territoire danois en début de semaine, au cours de laquelle elle a annoncé un programme d’investissement de 200 millions d’euros.

Des responsables ont indiqué à Rapporteur que ce personnel supplémentaire aiderait l’administration du Groenland à utiliser ces fonds à bon escient d’ici l’échéance de 2028.

Discours sur l’état de l’Union : Bruxelles songe à une nouvelle législation sur l’eau

Ursula von der Leyen envisage d’annoncer une nouvelle législation européenne sur l’eau lors de son discours sur l’état de l’Union, à la suite d’un été marqué par une sécheresse dévastatrice, révèle mon collègue Florent Servia.

Les phénomènes météorologiques extrêmes ont propulsé la politique de l’eau au premier plan des priorités de la Commission, à la veille du discours de la présidente de la Commission prévu le 16 septembre. Les faibles niveaux d’eau ont perturbé le transport fluvial de marchandises et contraint des réacteurs nucléaires à s’arrêter pendant plusieurs semaines cet été. Lisez l’article complet.

Examen de mi-parcours pour Renew

La présidente de Renew, Valérie Hayer, a imputé l’érosion de la majorité pro-européenne qui animait autrefois le Parlement à la polarisation croissante au sein tant du PPE que des Socialistes.

S’exprimant jeudi à Ventotene – la petite île italienne où a été rédigé le manifeste de l’intégration européenne –, Hayer a fait valoir que Renew doit se rendre indispensable à toute future majorité, selon mon collègue Pietro Guastamacchia.

Les enjeux sont de taille à l’approche du remaniement de mi-mandat du Parlement européen, qui pourrait conférer à l’extrême droite un rôle plus important dans la gestion de l’institution et redéfinir l’équilibre des pouvoirs au sein de l’assemblée.

Hayer est apparue aux côtés de la vice-présidente du Parlement, Pina Picierno, la dernière recrue de Renew, et a salué sa décision de quitter le Parti démocrate italien, qui siège au sein du groupe S&D. Picierno a récemment affirmé que son ancien parti a perdu ses racines réformistes. « Je ne suis pas une modérée », a-t-elle déclaré. « Je suis une européiste extrémiste. Je suis une européiste radicale. »

Le remaniement de mi-mandat s’annonce particulièrement délicat pour le groupe libéral. L’arrivée de Picierno confère à Renew un vice-président du Parlement de plus que ce que son nombre de députés justifierait normalement, ce qui pourrait mettre son poste en péril lors du remaniement de mi-mandat.

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Les capitales


PARIS 🇫🇷

Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen ont appelé l’Europe à renforcer son industrie spatiale « fragile » lors du sommet international sur l’espace qui s’est tenu à Paris. Le président français a plaidé en faveur d’une « préférence européenne » accrue et davantage de gouvernance partagée afin d’aider le bloc à rivaliser sur la scène mondiale. Von der Leyen a exhorté l’Agence spatiale européenne et les gouvernements nationaux à mutualiser leurs ressources et leurs capacités.

– Clara Vassent

BRUXELLES 🇧🇪

Le leader libéral francophone Georges-Louis Bouchez a proposé 17 milliards d’euros de coupes dans les dépenses fédérales, un montant dépassant de loin l’objectif d’environ 10 milliards d’euros fixé par Bart De Wever. Rejetant toute hausse d’impôts, le chef du MR a appelé à une réduction du nombre de ministres et à la fermeture de certaines gares. Ses propositions interviennent alors que la coalition belge entame des négociations budgétaires tendues pour 2027, les partis étant divisés sur la manière de réduire l’un des plus importants déficits de la zone euro sans affaiblir davantage la croissance.

– Charles Szumski

BRATISLAVA 🇸🇰

Les quatre pays du groupe de Visegrád se sont déclarés « de retour » après un sommet avec le Premier ministre irlandais Micheál Martin à Bratislava. Les Premiers ministres de Pologne, de Tchéquie, de Slovaquie et de Hongrie se sont engagés à relancer leur coordination après des années de tensions autour de l’Ukraine et à harmoniser leurs positions avant les sommets de l’UE. Ils ont également réaffirmé leur opposition aux coupes dans les fonds de cohésion et agricoles du prochain budget à long terme de l’Union, tout en critiquant les prix élevés de l’énergie et l’immigration clandestine.

– Natália Silenská

MADRID 🇪🇸

Le Congrès espagnol a voté l’octroi de la nationalité aux personnes nées au Sahara occidental avant 1977 – cette ancienne colonie espagnole est aujourd’hui largement contrôlée et revendiquée par le Maroc – ainsi qu’à leurs descendants. Les socialistes au pouvoir sont revenus sur leur opposition initiale pour soutenir cette « réparation historique » en faveur des Sahraouis, qui a été adoptée par 168 voix pour, 31 contre et 145 abstentions. Ce vote intervient dans un contexte de tensions avec Rabat suite à l’arrivée de 80 000 migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta depuis le territoire marocain.

– Inés Fernández-Pontes

SOFIA 🇧🇬

Le principal parti de centre-droit bulgare, le GERB, ne présentera ni ne soutiendra de candidat à l’élection présidentielle du mois prochain, laissant la présidente sortante Iliana Iotova face à son adversaire pro-européen Andrey Gyurov. Le chef du parti et ancien Premier ministre Boyko Borissov a déclaré qu’une candidature du GERB risque de diviser le vote pro-UE. La campagne électorale se transforme en une bataille par procuration autour de la Russie et de l’Ukraine, les quelque 430 000 électeurs du GERB pouvant s’avérer décisifs lors d’un second tour prévu le 1er novembre. Lisez l’article complet.

– Konstantin Karadjov

KIEV 🇺🇦

Des frappes russes ont touché une station-service à Kiev et une usine d’huile de tournesol de la société américaine Bunge à Dnipro, faisant deux morts et plusieurs blessés. Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a accusé Moscou de cibler systématiquement les entreprises américaines et les infrastructures civiles. Ces attaques interviennent alors que Kiev continue de faire pression sur ses partenaires occidentaux pour obtenir davantage de systèmes de défense aérienne afin de protéger les villes et les infrastructures critiques face à l’intensification des attaques russes par missiles et drones.

– Charles Szumski


Editrices.teurs : Nicoletta Ionta, Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs : Sarantis Michalopoulos, Pietro Guastamacchia, Magnus Lund Nielsen, Florent Servia

Traductrice : Clara Vassent