La Suède étudie l'option de la déchéance de nationalité pour les binationaux membres de gangs

Le gouvernement suédois de centre droit et son allié d’extrême droite souhaitent modifier la constitution du pays afin de déchoir de leur nationalité suédoise les citoyens impliqués dans des gangs et détenteurs de la double nationalité.

EURACTIV.com
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Malgré son image idyllique de forêts de pins, de stugor peints en rouge et de meubles faciles à assembler, la Suède a connu une augmentation significative de la violence liée aux gangs ces dernières années, avec un pic de 62 fusillades mortelles en 2022 — le taux le plus élevé par habitant en Europe. [Getty]

Le gouvernement suédois de centre droit et son allié d’extrême droite souhaitent modifier la constitution du pays afin de déchoir de leur nationalité suédoise les citoyens impliqués dans des gangs et détenteurs de la double nationalité.

La commission constitutionnelle du parlement suédois, chargée d’examiner les questions relatives aux droits et libertés fondamentaux, a présenté un rapport lors d’une conférence de presse mercredi. Celui-ci précise que la révocation de la citoyenneté en raison d’infractions pénales est autorisée par le droit international.

Cela pourrait s’appliquer aux personnes ayant la double nationalité qui ont fourni de fausses informations au cours de leur procédure de naturalisation, qui ont versé des pots-de-vin ou menacé pour obtenir la citoyenneté, ou qui ont commis des crimes menaçant gravement la sécurité de la Suède, selon le rapport de la commission.

Bien que le ministre suédois de la Justice, Gunnar Strömmer, a qualifié les propositions de « bonnes », le gouvernement et son allié d’extrême droite veulent aller plus loin et priver les membres de gangs de leur citoyenneté.

« Un chef de gang à l’étranger qui orchestre des meurtres, des fusillades et des attentats à la bombe dans nos rues ne peut être privé de sa citoyenneté en vertu des restrictions prévues par cette proposition », a-t-il expliqué ce mercredi.

Mais, selon Amalia Rud Stenlöf, député social-démocrate, l’idée du gouvernement et de l’extrême droite est « frivole, juridiquement dangereuse et bâclée », faisant écho aux critiques d’autres partis de gauche.

Un projet de loi gouvernemental avec des amendements concernant les membres de gangs est attendu en 2026.

Toutefois, pour modifier la constitution, un nouveau vote devra être organisé plus tard dans l’année, après les prochaines élections législatives.

À droite toute !

La déclaration du ministre de la Justice rappelle une fois de plus l’influence de l’extrême droite sur le gouvernement suédois, scellée dans son accord de coalition, l’accord de « Tidö ».

Les Démocrates de Suède (Conservateurs et Réformistes européens) sont le deuxième parti au Parlement, derrière le puissant Parti social-démocrate des travailleurs (Socialistes et Démocrates européens), mais devant toute formation de centre droit.

Après les élections générales de 2022, les Démocrates de Suède ont accepté de soutenir le gouvernement de centre droit d’Ulf Kristersson — composé des Modérés, des Chrétiens-démocrates (tous deux affiliés au Parti populaire européen) et des Libéraux (Renew Europe) — sans y participer, en échange de l’application de leur ligne dure sur l’immigration.

En effet, l’accord de Tidö prévoit qu’une enquête devra proposer les moyens de priver les citoyens binationaux de leur nationalité suédoise s’ils ont commis des crimes qui menacent la sécurité nationale ou s’ils ont obtenu leur nationalité grâce à de fausses informations.

Bien que la lutte contre le crime organisé soit une priorité pour le gouvernement et son allié d’extrême droite, aucune mention spécifique n’est faite des membres de gangs qui n’ont que la nationalité suédoise.

Swedish House Mafia

Malgré son image idyllique de forêts de pins, de stugor peints en rouge et de meubles faciles à assembler, la Suède a connu une augmentation significative de la violence liée aux gangs ces dernières années, avec un pic de 62 fusillades mortelles en 2022 — le taux le plus élevé par habitant en Europe.

En 2024, quelque 62 000 personnes ont été identifiées comme opérant au sein de réseaux criminels ou liées à ceux-ci dans tout le pays. Environ 600 autres travailleraient depuis l’étranger, la plupart d’entre elles possédant la double nationalité.

Toutefois, des données récentes indiquent une évolution positive, avec une baisse de 35 % des décès par balle en décembre 2024 par rapport à 2022, avec 40 décès signalés.

Cette amélioration a été attribuée à des mesures policières renforcées, notamment une surveillance électronique accrue et des stratégies préventives, qui ont permis d’empêcher plus de 100 crimes au cours de l’année.

Mais le phénomène s’est étendu, inquiétant les pays nordiques voisins après que les gangs suédois ont déployé leurs opérations au Danemark, à la Norvège et à la Finlande, où leurs méthodes particulièrement violentes inquiètent les autorités.

La Première ministre danoise, Mette Frederiksen — dont le pays est particulièrement touché par les débordements en provenance du sud de la Suède — n’a pas mâché ses mots lors du Conseil nordique 2024, qui s’est tenu à Reykjavik en octobre.

« Des criminels sont recrutés en Suède pour entrer au Danemark et y commettre des crimes graves, notamment à Copenhague. C’est tout à fait inacceptable. Nous travaillons en étroite collaboration avec la Suède pour mettre un terme à cette situation », a déclaré la Première ministre, qui est également à la tête des sociaux-démocrates (Socialistes et Démocrates européens).

L’été dernier, le Danemark a annoncé qu’il introduirait des contrôles aux frontières avec la Suède, à la suite d’une résurgence de la violence des gangs suédois dans le pays.

Le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre (Parti travailliste, S&D) a également exprimé sa frustration face à la situation l’année dernière, se plaignant que des membres de gangs suédois étaient actifs dans tous les districts de police norvégiens.

En réponse à cette situation, le gouvernement suédois a annoncé l’année dernière la création à Stockholm d’une plateforme nordique regroupant des policiers de Finlande, de Norvège et du Danemark.