La transition écologique ne relève pas d’« un affrontement entre la droite et la gauche », selon le ministre espagnol de l’Agriculture

C’est une erreur d’envisager la transition écologique par le prisme de l’opposition entre la droite et la gauche, a expliqué le ministre espagnol de l’Agriculture, Luis Planas, lors d’un entretien.

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French and Spanish Agriculture Ministers hold joint press conference in Paris
« C’est une erreur de penser que la transition écologique relève d’un affrontement entre la droite et la gauche », estime le ministre espagnol de l’Agriculture Luis Planas. [EPA PRESS/TERESA SUAREZ]

C’est une erreur d’envisager la transition écologique par le prisme de l’opposition entre la droite et la gauche, a expliqué le ministre espagnol de l’Agriculture Luis Planas lors d’un entretien. Selon lui, les agriculteurs doivent être impliqués dans le processus.

Luis Planas, l’un des plus anciens membres du Conseil « Agriculture et pêche » de l’UE, prendra ses fonctions de président du Conseil de l’UE en juillet, au cours d’une période marquée par les élections nationales espagnoles qui pourraient le contraindre à céder sa place.

Entre le récent succès du parti populiste néerlandais BoerBurgerBeweging (BBB) et l’extrême droite espagnole qui courtise le vote rural par sa politique de l’eau, l’agriculture se révèle de plus en plus comme un enjeu électoral décisif.

Interrogé lors d’un entretien pour savoir s’il s’attend à ce qu’il en soit de même lors des prochaines élections européennes, Luis Planas répond qu’il est toujours bon d’engager un débat public européen, mais il souligne que « les élections européennes demeurent en grande partie des élections nationales coordonnées à l’échelon européen ».

« Toutefois, c’est une erreur de penser que la transition écologique relève d’un affrontement entre la droite et la gauche », selon le ministre.

D’après lui, le débat actuel au Parlement européen sur le règlement sur la restauration de la nature de l’UE montre que les objectifs de la transition, qui ne peuvent être réfutés, sont souvent confondus avec les outils et la voie à suivre pour les atteindre, qui peuvent encore être discutés.

« L’Espagne est résolument favorable aux objectifs, mais je suis favorable à ce que l’on avance dans la réalisation de ces objectifs avec ceux qui deviendront les acteurs du changement », a-t-il affirmé. Le ministre a notamment insisté sur l’importance de la participation des agriculteurs et sur le rejet d’une approche de haut en bas de la transition.

« Si nous ne bénéficions pas du soutien local de la communauté sociale et rurale des agriculteurs, il sera très difficile de réussir », explique le ministre espagnol.

Donner la priorité à la sécurité alimentaire

En ce sens, il a reproché à l’exécutif européen de ne pas adopter une position plus ferme sur la participation des acteurs agricoles.

« Je veux entendre que la Commission partage l’ambition, mais aussi le réalisme, de compter sur les agriculteurs et les éleveurs », a-t-il poursuivi.

Un des moyens d’y parvenir consiste à élargir la boîte à outils à la disposition des agriculteurs, en ajoutant des instruments tels que les nouvelles technologies agricoles, l’agriculture de précision, les nouveaux systèmes pour une meilleure utilisation de l’eau ainsi que les nouvelles et controversées techniques génomiques, a-t-il déclaré.

Selon M. Planas, la production alimentaire comporte deux éléments stratégiques : fournir des aliments en quantité, en qualité et à un prix raisonnable, tout en rendant possibles la durabilité et la circularité de la production.

« Toutes les mesures que nous pouvons adopter — que ce soit en matière de décarbonation, de réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, d’amélioration du bien-être animal ou de préservation de la biodiversité — exigent indubitablement des sacrifices », a-t-il souligné.

Pour M. Planas, il est nécessaire de trouver un équilibre d’un point de vue économique afin de parvenir à une durabilité fondée sur la rentabilité.

L’équilibre délicat entre l’agriculture et l’environnement

Le changement climatique continue de dominer le programme agricole, comme le prouve la sécheresse qui sévit actuellement en Espagne et dans d’autres pays méditerranéens.

« Je pense que la sécheresse est un phénomène climatique qui nous pose des défis à bien des égards. L’augmentation des températures constitue un élément structurel inhérent à la production », a-t-il déclaré.

Toutefois, le ministre n’est pas pessimiste face à cette perspective. « Nous devons relever les défis qui se présentent à nous. Soyons clairs : si nous sommes capables de nous adapter, nous pourrons résister ; sinon, nous risquons de rencontrer des difficultés », affirme-t-il.

En outre, l’espace de plus en plus important consacré aux défis climatiques et environnementaux cruciaux prive les ministres de l’Agriculture d’un droit de regard sur les aspects politiques intersectoriels et laisse une plus grande place aux ministres de l’Environnement.

« Cette [situation] a toujours constitué une préoccupation, et je pense qu’elle est partagée par l’ensemble des ministres de l’Agriculture », a indiqué M. Planas.

Un certain équilibre, a-t-il ajouté, a été trouvé au sein du Conseil grâce à des groupes de travail composés à la fois de représentants de l’agriculture et de l’environnement, ce qui a permis de mettre en place un « mécanisme de travail satisfaisant ».

« [Cette démarche] a permis de mieux refléter les points de vue de l’agriculture dans tous les dossiers », a-t-il précisé, faisant référence à la restauration de la nature, au règlement concernant une utilisation des produits phytopharmaceutiques et à l’utilisation de conditionnements plastiques pour aliments.

Luis Planas a également fait remarquer que c’était le cas dans d’autres institutions, notamment au Parlement européen et à la Commission, où les questions alimentaires sont traitées par trois directions générales.

« Il est vrai que nous possédons une telle tradition et un tel respect pour notre monde rural que le mot “agriculture” ou “rural”, personne ne le fait disparaître d’un titre ou d’un ministère », a-t-il déclaré.

« Cependant, nous parlons d’alimentation. Je pense que tout organigramme relatif à une question aussi vaste est compliqué, mais il pourrait y avoir des changements à l’avenir », a-t-il souligné.

Dans ce sens, il a soutenu l’idée de créer une direction générale de l’alimentation dans la structure de la Commission. Elle serait consacrée à l’alimentation, un enjeu qui ne serait donc plus séparé de l’agriculture, de la santé et de l’environnement comme c’est le cas actuellement.

Accord UE-Mercosur

L’accord commercial entre l’UE et le Mercosur se prépare après des années d’impasse. Les dirigeants de l’UE et leurs homologues d’Amérique latine et des Caraïbes se rencontreront en juillet pour le premier sommet depuis 2015 entre les deux parties.

Cependant, bien que certains dirigeants de l’UE aient repoussé l’accord en raison de ses conséquences prévues sur le secteur agricole intérieur, l’Espagne est très active pour relancer les relations avec les pays latino-américains « frères ».

La vice-présidente espagnole et ministre de l’Économie, Nadia Calviño, a précédemment indiqué aux journalistes à Bruxelles que le Mercosur était l’« une des priorités de leur présidence », ajoutant que l’Espagne ferait « tout son possible pour faire avancer ces accords ».

De même, M. Planas a informé EURACTIV que l’« Espagne allait travailler dans ce sens ». « Notre besoin de compléter le réseau d’accords commerciaux que nous possédons a également été mis en exergue. Si l’Europe ne le fait pas, d’autres le feront », a-t-il affirmé.

Il a reconnu que « certaines concessions commerciales ont été consenties au cours des négociations, mais il est également vrai que nos possibilités d’exportation sont vraiment très importantes ».

Toutefois, le ministre a estimé qu’il était difficile de dire si l’accord serait conclu sous la présidence espagnole, reconnaissant la « résistance interne » de certains autres États membres.

« C’est une priorité, mais il faut être deux pour [conclure un accord]. En d’autres termes, l’UE doit se tenir prête, mais le Mercosur doit l’être aussi, ce qui n’est pas facile », a-t-il précisé.

Réforme de la réserve de crise

La réserve agricole de l’UE — anciennement réserve de crise — a été mobilisée l’année dernière pour la première fois afin de soutenir les agriculteurs de l’UE après l’invasion de l’Ukraine.

En place depuis 2013, cet outil compte pour près d’un demi-milliard d’euros dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) et vise à soutenir les agriculteurs dans des conjonctures exceptionnelles — qui se sont produites trop souvent, selon M. Planas.

« Nous en avons rencontré trop ces derniers temps », a-t-il déclaré, mentionnant les conséquences de la guerre en Ukraine sur les pays voisins, le changement climatique et les sécheresses extrêmes ou les températures élevées.

Avec son voisin portugais, l’Espagne a demandé à la Commission de mobiliser la réserve une fois de plus en raison des inquiétudes liées à la sécheresse.

« Nous devons nous demander si l’allocation et la structure de [la réserve agricole] sont suffisantes à l’heure actuelle », a expliqué M. Planas, laissant entendre que la question serait abordée lors de la prochaine réforme de la PAC.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]