L’action climatique est « la plus grande opportunité du siècle en matière de santé publique », selon un rapport

Un nouveau rapport de la revue scientifique The Lancet a souligné la nécessité d’agir afin de prévenir les conséquences sanitaires graves résultant de la lenteur de l’action et de l’adaptation climatiques.

Euractiv.com
Heat Wave in Hungary
Un thermomètre numérique dans la rue affiche la température de l’air à 43 degrés Celsius, à Nagykanizsa, dans le sud-ouest de la Hongrie, le 23 juillet 2022. [<a href="https://webgate.epa.eu/webgate" target="_blank" rel="noopener">EPA-EFE/Gyorgy Varga</a>]

Un nouveau rapport de la revue scientifique The Lancet a souligné la nécessité d’agir afin de prévenir les conséquences sanitaires graves résultant de la lenteur de l’action et de l’adaptation climatiques. L’action climatique est considérée dans le rapport comme la « plus grande opportunité du siècle en matière de santé publique ».

« L’Europe est confrontée à des crises sans précédent qui se superposent, nuisent à la santé humaine et aux moyens de subsistance et menacent la capacité d’adaptation », indique le rapport sur l’Europe du Compte à rebours mondial du Lancet sur la santé et le changement climatique, publié mercredi (26 octobre).

Il y est question de la pandémie de Covid-19, de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, de la dégradation de l’environnement et de l’aggravation des inégalités.

Le compte à rebours du Lancet sur la santé et le changement climatique est une collaboration internationale qui suit l’évolution de la situation et évalue le respect des engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris.

Les rapports mondial et régionaux ont été publiés juste avant la 27ème Conférence des Parties de la CCNUCC (COP27) qui débute le 6 novembre à Sharm El-Sheikh, en Égypte.

« Après l’été le plus chaud jamais enregistré en Europe, l’Europe se réveille face aux réalités d’un monde qui se réchauffe, et à ce que cela signifie pour notre santé. Notre rapport met en évidence les impacts sanitaires de grande ampleur qui se font déjà sentir dans toute l’Europe », a déclaré Rachel Lowe, directrice du compte à rebours du Lancet en Europe.

« Ce sont des signaux d’alarme qui montrent que les gouvernements européens, les systèmes de santé et les communautés doivent travailler à un avenir résilient au changement climatique », a-t-elle ajouté. Mme Lowe est également professeure de recherche à l’ICREA et responsable de l’équipe chargée de la résilience de la santé mondiale au Barcelona Supercomputing Center (Centre de supercalcul de Barcelone), en Espagne.

L’Europe étant l’un des principaux responsables de la crise climatique, le continent a fait courir des risques à la vie et à la santé des populations du monde entier, a déclaré Kim van Daalen, auteure principale du rapport.

« La réponse tardive de l’Europe signifie que les gens ressentent de plus en plus les effets du changement climatique sur leur santé, tout en ne bénéficiant pas des co-bénéfices directs et indirects qu’une action climatique ambitieuse pourrait apporter », a déclaré Mme van Daalen.

Le rapport estime que « l’UE a contribué à 17 % des émissions mondiales cumulées de gaz à effet de serre entre 1950 et 2012. »

L’UE s’efforce actuellement d’atteindre les objectifs du Pacte vert pour l’Europe, approuvé en 2020, en vertu duquel une loi européenne sur le climat a été adoptée en 2021. Cette loi vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990, et à atteindre à terme la neutralité climatique en 2050.

Bien qu’il reste encore beaucoup à faire pour atteindre les objectifs environnementaux, l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a également mis en lumière la dépendance de l’UE à l’égard des combustibles fossiles provenant de Russie. Cette situation a entraîné une insécurité énergétique accrue, alors même que des efforts étaient déployés pour passer à des sources d’énergie plus propres.

En matière de santé, le changement climatique est fréquemment mentionné comme faisant partie de l’approche « Une seule santé », également présente dans la prochaine Stratégie mondiale pour la santé. Cela signifie qu’une approche intégrée doit être adoptée pour garantir la santé des personnes, des animaux et de l’environnement.

Les effets de la pollution atmosphérique sur la santé font également l’objet d’une grande attention. Récemment, le gouvernement allemand a été poursuivi en justice par des citoyens pour avoir manqué d’ambition. Par ailleurs, de nouvelles recherches suggèrent que la propagation du virus de la COVID-19 a été exacerbée par la pollution atmosphérique.

De nombreux effets sur la santé

Après un été de canicules en Europe, le rapport commence par souligner les effets sur la santé de l’exposition à la chaleur, qui présente un risque particulier pour les personnes âgées de plus de 65 ans et celles souffrant d’une maladie respiratoire, rénale ou cardiaque sous-jacente chronique.

« Ces risques sanitaires liés à la chaleur sont particulièrement importants pour l’Europe, car le continent connaît un vieillissement de sa population, une urbanisation et une forte prévalence de maladies chroniques », souligne le rapport, qui fait état d’une vulnérabilité accrue à l’exposition à la chaleur de 6 % entre 1990 et 2019 dans toutes les régions du continent.

D’autres événements extrêmes sont également plus fréquents, tels que les sécheresses et les incendies de forêt. Ces derniers exposent de nombreux Européens à la fumée, provoquant des décès, des hospitalisations et une aggravation des problèmes respiratoires et cardiovasculaires.

Le rapport met également en garde contre la propagation potentielle de maladies infectieuses en raison du changement climatique, telles que les infections à Vibrio non cholériques, le virus du Nil occidental, la dengue et le paludisme.

Jusqu’à présent, l’Europe n’a pas connu beaucoup de cas de ces maladies potentiellement mortelles. Cependant, toutes, à l’exception du paludisme, ont été rapportées dans certains pays européens ces dernières années. Le rapport souligne que l’Europe doit prendre des mesures préventives pour freiner leur progression.

L’adaptation et la résilience des systèmes de santé

La pandémie de Covid-19 a mis en évidence que les systèmes de santé européens étaient loin d’être suffisamment résilients pour faire face à une pandémie et que l’UE avait besoin de davantage d’outils pour pouvoir répondre à des événements similaires à l’avenir.

Ces réflexions sont à l’origine de la proposition de la Commission pour une Union européenne de la santé.

Cette proposition est un ensemble d’actions visant à renforcer les agences européennes concernées tout en adoptant un règlement sur les menaces sanitaires transfrontalières graves. Elle prévoit également, entre autres, la création de l’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (HERA) et propose un Espace européen des données de santé.

Le rapport du Lancet indique que l’Europe doit s’assurer de toute urgence que les systèmes de santé sont bien préparés et peuvent s’adapter, en mettant en œuvre des dispositifs tels que des « plans nationaux multirisques de préparation et de réponse aux urgences sanitaires », des systèmes d’alerte précoce et des « scénarios de risques à venir ».

« L’adaptation de la santé nécessite une approche multisectorielle, impliquant diverses autorités sanitaires et gouvernementales, des entités du secteur privé et la société civile », indique le rapport.

Le rapport conclut qu’il existe des évolutions positives en faveur d’une action renforcée et d’une meilleure adaptation, mais il constate également que l’adaptation au changement climatique est négligée et qu’elle est en concurrence avec d’autres crises actuelles, comme la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine, pour l’obtention de ressources financières.