L’affaire Benalla pèse sur le projet européen de Macron

À quelques mois des élections européennes, le projet politique de Macron pour l’Europe est mis à mal par les répercussions de l’affaire Benalla.

EURACTIV.fr
Macron Sanchez
Macron Sanchez

À quelques mois des élections européennes, le projet politique de Macron pour l’Europe est mis à mal par les répercussions de l’affaire Benalla.

En sommeil depuis la déroute des élections présidentielles, l’opposition française s’est remise en ordre de bataille dans la foulée du premier grand scandale de la présidence Macron.

L’affaire Benalla malmène depuis deux semaines l’exécutif français, dans la foulée des révélations du journal Le Monde, qui a publié des vidéos montrant le conseiller d’Emmanuel Macron, Alexandre Benalla intervenir brutalement contre des manifestants 1er mai à Paris, équipé de  matériel policier.

La gestion de cette affaire par le ministère de l’Intérieur et par la présidence de la République a provoqué des remous sans précédent depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Entachant le capital présidentiel avant le rendez-vous électoral européen de mai 2019, pour lequel Emmanuel Macron espère faire triompher le camp des pro-européens contre celui des populistes.

Motion de censure

À l’Assemblée nationale, les forces politiques traditionnelles se sont mobilisées pour demander des comptes au  gouvernement d’Édouard Philippe, qui a du faire  face, mardi 31 juillet, à deux motions de censure

L’une a été portée par Les Républicains (LR) tandis que l’autre a rassemblé pour la première fois les différentes forces de gauche : la France Insoumise, les socialistes et les communistes. L’arme parlementaire permettant de renverser le gouvernement n’avait cependant aucune chance d’aboutir, puisque La République en Marche détient la majorité absolue à l’Assemblée avec  312 députés sur 577. Pour être adoptée, une motion de censure devrait recueillir 289 voix.

« Les Français restent sidérés par cette affaire », a martelé Christian Jacob, le chef de file des députés Les Républicains lors du débat sur les motions de censure dans l’hémicycle du Palais Bourbon.  « La question de la séparation des pouvoirs est un des sujets de cette motion de censure » a-t-il rappelé, accusant l’Élysée d’avoir développé une police parallèle.

De son côté, André Chassaigne, président du groupe de la gauche démocrate et républicaine a porté la motion de censure commune aux différents groupes de gauche. Il a particulièrement dénoncé « la dérive d’un régime ultra-présidentialisé ».

Le débat parlementaire, très houleux, devait permettre au gouvernement et à son Premier ministre Édouard Philippe de répondre aux différentes accusations des députés. Dans l’espoir de clôturer l’affaire Benalla à la veille des vacances parlementaires et de la pause estivale du gouvernement.

Reprendre le discours pro-européen

Au-delà des remous au niveau national, l’affaire Benalla semble avoir également entaché l’image d’Emmanuel Macron dans les autres pays européens. La presse européenne a largement pointé l’affaire Benalla comme le plus gros scandale depuis le début de la présidence de Macron.

Pour le quotidien espagnol El Pais, l’affaire Benalla pourrait hypothéquer les réformes portées par le président français.

Un constat qui semble s’être en partie vérifié ces derniers jours, où deux déplacements européens d’importance du président, en Espagne et au Portugal, ont largement été occultés par le scandale.

Le  26 juillet, Emmanuel Macron s’est rendu en Espagne avant d’enchaîner avec une visite au Portugal pour y rencontrer le nouveau chef de gouvernement espagnol Pedro Sanchez, puis le Premier ministre portugais, Antonio Costa, notamment sur les questions européennes.

Emmanuel Macron compte particulièrement sur le soutien espagnol pour faire avancer son projet de réforme de la zone euro.

« Ces combats [européens] que j’avais exposés au discours de la Sorbonne, sont au cœur de cette Europe plus souveraine et plus unie en matière économique et sociale », a déclaré le président français lors de son discours en Espagne, rappelant également la position franco-espagnol harmonieuse sur la zone euro.

À Lisbonne, le président français a notamment participé avec Antonio Costa à une consultation citoyenne », organisée à la Fondation Calouste-Gulbenkian. Ces conférences préparatoires aux élections européennes de mai 2019 sont un des projets de relance démocratique de l’UE défendue par Macron.

Élections européennes

Selon un sondage réalisé par Ifop en juin 2018, les intentions de vote pour les élections européennes de mai 2019 reflètent assez fidèlement l’état de forces politiques au premier tour de l’élection présidentielle. Ainsi, La République En Marche (LREM) est créditée de 23% d’intentions de vote, suivi du Rassemblement National (RN, ex-FN) avec 19%. Le parti Les Républicains (15%) et La France Insoumise (11%). Le sondage de l’Ifop  a cependant été réalisé avant le début de l’affaire Benalla.  Emmanuel Macron a tenté de reprendre le fil de son quinquennat et de son projet européen, d’abord en Espagne jeudi soir, le lendemain au Portugal.