Lagarde lance un avertissement aux Européens sur l'union bancaire

La directrice générale du Fonds monétaire international craint la perspective d'une Union bancaire incomplète où les instruments de solidarité seraient remis à plus tard.

EURACTIV.fr
af79e33e5ed4532e361d241384d942ef.jpg
af79e33e5ed4532e361d241384d942ef.jpg

La directrice générale du Fonds monétaire international craint la perspective d’une Union bancaire incomplète où les instruments de solidarité seraient remis à plus tard.

De passage à Paris en fin de semaine dernière, la directrice générale du Fonds monétaire international a mis le doigt sur le risque auquel la zone euro s’expose.

En lançant le chantier de l’Union bancaire, les dirigeants tiennent à supprimer le lien empoisonné entre les établissements financiers et les Etats, les premiers finissant par entraîner les seconds dans leur chute en sollicitant leur aide, aggravant la situation de leurs finances publiques et contribuant ainsi à la perte de confiance des investisseurs.

« Démarche fragmentaire »

La supervision des banques par la Banque centrale européenne constitue un premier remède préventif, qui permettra de mieux connaître la vulnérabilité réelle des établissements. Mais gare à la « démarche fragmentaire », a averti Christine Lagarde, lors des entretiens du Trésor organisés le 30 novembre. Les Européens pourraient être tentés « de faire d’abord de la supervision, avec un petit périmètre en se disant qu’on l’élargira plus tard, se dire que peut-être ensuite on aura un système de garantie des dépôts, que peut-être on avancera ensuite vers un système de résolution bancaire ».

Or, la réponse à la crise ne sera efficace que si elle est exhaustive. Toutes les banques doivent potentiellement entrer dans le champ de surveillance de la BCE, mécanisme qui doit être complété par d’autres armes à dégainer si une crise bancaire survient : système européen de résolution des faillites bancaires et garantie des dépôts bancaires.  « Qui en assure le financement ? » a lancé Christine Lagarde, pour qui les « grandes déclarations politiques » ne suffisent pas. « Il faut aussi manifester cette solidarité sans laquelle il n’est guère de projet européen ».

Le lancement d’emprunts communs aux pays à la zone euro en serait une illustration concrète. Mario Draghi a rassuré les marchés en transformant la BCE en prêteur en dernier ressort via le programme Outright monetary policy (OMT).

Mais, malgré ces efforts, les marchés continuent de discriminer les Etats. Les taux d’emprunt appliqués aux ménages ou aux entreprises, même lorsque celles-ci appartiennent à une holding commune, restent « très différents », a rappelé l’ex-ministre des Finances. Les euro-obligations fourniraient ainsi un « actif sûr » et pourraient même « financer le filet de sécurité » de l’Union bancaire, estime-t-elle.

La directrice générale du FMI n’a pas hésité à mettre les pieds dans le plat sur un sujet qui oppose les Européens : la recapitalisation directe des banques par le Mécanisme européen de stabilité (MES). Cet objectif « doit être poursuivi pour les banques sous capitalisées mais viables dès que le mécanisme de supervision unifié sera en place» , a-t-elle déclaré. « S’y préparer activement dès aujourd’hui enverrait un signal fort et crédible dans la lutte contre la crise actuelle.»

Ce souhait du FMI ne devrait pas être exaucé de sitôt. Lors d’une audition devant le Parlement européen, lundi 3 décembre, le ministre de l’Economie allemand Wolfgang Schauble a repoussé ce débat à un accord global sur l’Union bancaire 

« On ne pourra pas tout de suite, pas directement recapitaliser les banques quand l’union bancaire sera créée », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter que des conditions supplémentaires devraient être respectées. Pour les banques espagnoles, la recapitalisation devra intervenir « via l’Etat ». Une manière de détricoter l’accord du Conseil européen des 28 et 29 juin, qui ouvrait la possibilité de casser le cercle vicieux entre la faillite des banques et les déficits des Etats. 

Veiller à ne pas déprimer l’activité

En 2013, le FMI prévoit une reprise très molle dans la zone euro, de l’ordre de 0,2%. Selon Mme Lagarde, les Etats doivent poursuivre leurs efforts de réformes, quitte à repousser l’âge de la retraite à 67 ans, « la norme en termes de meilleure pratique ».

Mais ils devraient également veiller à ne pas « déprimer l’activité de façon excessive ». D’où la nécessité d’adapter le rythme de rétablissement des comptes publics. Un vœu qui transparaît également dans les propos du premier ministre espagnol, pour qui la diminution du déficit national de 2,6 points en un an s’avère « très compliqué ». A court terme, il faut un « soutien à la demande à la fois en matière politique monétaire et budgétaire », a réclamé la directrice du FMI, évitant soigneusement d’en appeler à un vaste plan de relance.

Sans ambiguïté, Mme Lagarde vise également les pays du Nord, qui doivent procéder à des augmentations de salaire en phase avec leur niveau de productivité. C’est une « thèse que je soutiens depuis longtemps » et cela fait « partie du processus naturel de rééquilibrage. L’amélioration des revenus disponibles aurait des retombées positives sur les économies déficitaires ».