L'Agence Internationale de l'Énergie présente un plan d'efficacité énergétique pour rendre le gaz et le pétrole russes obsolètes
Alors que le monde est confronté à une crise énergétique presque sans précédent, l’Agence internationale de l’énergie entend mettre une fois de plus l’efficacité énergétique au premier plan des préoccupations des responsables politiques.
Alors que le monde est confronté à une crise énergétique presque sans précédent, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) entend mettre une fois de plus l’efficacité énergétique au premier plan des préoccupations des responsables politiques.
Au cours de sa 7ème conférence mondiale sur l’efficacité énergétique, qui s’est tenue à Sonderborg, au Danemark, l’AIE a cherché à convaincre les décideurs politiques du monde entier des mérites des politiques d’efficacité énergétique, tout en fournissant un guide stratégique de mesures politiques pour les accompagner.
« L’efficacité énergétique est une solution essentielle à un grand nombre des défis les plus urgents du monde », a déclaré Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE.
Selon une analyse de l’AIE présentée lors de la conférence, le monde pourrait réaliser des économies d’énergie massives d’ici à la fin de la décennie en redoublant d’ambition tout en réduisant simultanément les émissions de CO2.
« Doubler le taux mondial actuel d’amélioration de l’intensité énergétique à 4 % par an » par rapport aux politiques actuelles permettrait d’économiser 95 exajoules par an, soit la consommation énergétique annuelle actuelle de la Chine, a expliqué l’AIE.
Concrètement, cela se traduirait par une économie de 30 millions de barils de pétrole par jour, soit le triple de la production de la Russie en 2021. En outre, cette double ambition permettrait de réduire la consommation de gaz fossile de 650 milliards de mètres cubes, soit quatre fois les importations de l’UE en provenance du Kremlin.
Toutefois, il faut pour cela que les responsables politiques des pays du Nord s’engagent. « C’est la première crise énergétique mondiale à laquelle le monde est confronté », a déclaré M. Birol aux participants, notant que la situation actuelle allait bien au-delà de la crise pétrolière des années 1970.
« Cette crise pourrait bien être un tournant dans la politique énergétique des années à venir », a-t-il ajouté.
L’AIE a invité les principaux responsables de la politique énergétique du monde entier, de la Néo-Zélandaise Megan Woods à la Panaméenne Rosilena Lindo, à saisir cet élan. Chacun d’entre eux se verra remettre le guide stratégique de mesures en deux étapes de l’AIE.
Guidée par dix grands principes allant de « agir pour libérer le potentiel de création d’emplois de l’efficacité » à « tirer parti des connaissances comportementales pour une politique plus efficace », l’agence fournit des orientations détaillées pour promouvoir l’efficacité énergétique dans les secteurs des bâtiments, des véhicules et autres.
Si les décideurs politiques réussissent, l’AIE promet des économies massives pour les consommateurs, de l’ordre de 650 milliards de dollars par an.
Mais pour le premier client de la Russie, l’Union européenne, il existe peut-être une autre motivation pour contribuer à rendre les combustibles fossiles russes obsolètes.
Un faux embargo ?
À la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie et des crimes de guerre présumés commis par la suite contre le peuple ukrainien, l’UE a imposé un certain nombre de sanctions contre le régime russe.
Mais le bloc s’était surtout abstenu d’imposer des sanctions radicales sur les importations énergétiques en provenance du Kremlin, qui constituent une grande partie des revenus du pays.
À partir du mois d’août 2022, une interdiction du charbon russe entrera en vigueur, et le bloc interdira les expéditions de pétrole brut et de produits pétroliers raffinés russes à partir de 2023. Ces mesures ont fait apparaître des fractures dans l’unité des 27 États membres de l’UE.
Les dirigeants de l’Autriche, de la Belgique et de l’Allemagne ayant clairement exprimé leur hostilité à l’égard d’un éventuel embargo sur le gaz fossile russe, l’efficacité énergétique pourrait faire office de quasi-embargo.
« L’efficacité énergétique est essentielle pour que nous soyons moins dépendants du pétrole et du gaz russes », a déclaré Dan Jørgensen, le ministre danois de l’Énergie.
« C’est l’une des choses que nous pouvons déployer à court terme. Et il y a un énorme potentiel », a-t-il déclaré à EURACTIV.
L’exécutif européen en est d’ailleurs tout à fait conscient. « Peu importe les efforts que nous déployons pour développer les énergies renouvelables et trouver des sources d’approvisionnement alternatives », réduire la dépendance à la Russie nécessiterait une efficacité énergétique, a déclaré la commissaire à l’Énergie, Kadri Simson.
« Nous ne trouverons pas de volumes suffisants pour remplacer le gaz russe sur les marchés mondiaux », a-t-elle ajouté.
La politique de l’UE
Madame Simson a déclaré que l’efficacité énergétique était déjà au cœur du Pacte vert, mais la récente crise des prix de l’énergie a de nouveau modifié le « temps de rentabilité des mesures d’efficacité énergétique », a-t-elle ajouté.
« La directive sur l’efficacité énergétique de l’UE et sa refonte de la directive sur la performance énergétique des bâtiments joueraient un rôle crucial » dans la réduction de la dépendance de l’UE à la Russie et la poursuite de l’élimination progressive des combustibles fossiles dans le même temps, a-t-elle déclaré à EURACTIV.
Par ailleurs, le plan de relance pour l’Europe de l’après Covid-19 servirait à promouvoir l’efficacité énergétique. « De nombreux pays de l’UE nous ont dit qu’ils avaient pour objectif d’améliorer l’efficacité énergétique grâce au fonds du plan de relance », a indiqué la commissaire.