L’Allemagne appelle à une réponse européenne face à Donald Trump
De passage à Paris, le ministre allemand de l’Économie Peter Altmaier a appelé à une réponse européenne solidaire dans le conflit commercial opposant l’Union européenne aux États-Unis.
De passage à Paris, le ministre allemand de l’Économie Peter Altmaier a appelé à une réponse européenne solidaire dans le conflit commercial opposant l’Union européenne aux États-Unis.
« Pour arriver à un (…) accord avec le président Trump, il nous faut une solidarité européenne et une position commune », a défendu le ministre de l’Économie et de l’Énergie allemand Peter Altmaier, lors d’une conférence organisée par l’Institut Montaigne et la Fondation allemande Genshagen le 12 juillet à Paris.
Le ministre a plaidé pour « éviter une guerre commerciale autour du monde », alors que l’Union est engagée dans un bras de fer avec les États-Unis, suite à l’imposition par cette dernière de droits de douane importants sur ses importations d’acier et d’aluminium.
« Il ne s’agit pas de l’acier, de l’aluminium, des voitures, des composantes de voitures. Il ne s’agit pas de quelques catégories de produits. Il s’agit de savoir si nous voulons vivre dans un monde du multilatéralisme, » a défendu le ministre allemand.
Selon ce dernier, les États membres ont déjà montré leur « résolution à agir ensemble et de façon solidaire », en refusant certaines offres du président américain. « Cela n’a jamais été confirmé mais le président Trump aurait fait des offres à des chefs d’Etat de quitter l’Union européenne, a rappelé Peter Altmaier, en référence à une information du Washington Post selon laquelle le président américain aurait suggéré à Emmanuel Macron en avril de sortir de l’Union, en échange d’un accord commercial avantageux avec les États-Unis. « Ou il y aurait eu des offres pour accepter une exemption nationale pour certains tarifs américains. Tout cela a été rejeté », a assuré le ministre allemand.
Axe franco-allemand
Face au défi commercial posé par Donald Trump, Peter Altmaier a soutenu un axe franco-allemand solidaire, alors que « le climat n’a jamais été aussi favorable [à celui-ci] au cours des dernières vingt années ».
Depuis la formation du gouvernement de coalition allemand, la France et l’Allemagne avancent à petits pas sur des initiatives communes. Le 19 juin, à l’issue d’une conférence tenue à Meseberg (Allemagne), la chancelière Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron se sont accordés sur l’idée d’un budget de la zone euro, qu’ils souhaitent voir émerger pour 2021. Le projet, présenté au Conseil européen des 28 et 29 juin, est pour l’heure mis en suspens par les dirigeants européens.
À la conférence de l’Institut Montaigne et de la Fondation Genshagen, le ministre allemand a mis en avant d’autres axes de coopération sur des sujets moins structurants pour l’Europe (et donc moins clivants) tels que les nouvelles technologies. Peter Altmaier ambitionne de développer un « acteur industriel en mesure d’organiser la mise en oeuvre de l’intelligence artificielle partout en Europe », en s’inspirant du succès du groupe industriel européen Airbus.
Concernant les sujets politiques, le ministre a également affirmé son soutien à son voisin français sur le projet phare porté par le gouvernement de listes transnationales, « indispensables pour arriver à ce que j’appelle une opinion publique européenne ». Ces dernières, déjà rejetées au niveau européen, figuraient dans le projet de réforme française pour l’élection des eurodéputés, mais ont récemment fait l’objet d’une censure du Conseil constitutionnel.
Coopérations bilatérales sur la question migratoire
Si l’axe franco-allemand reste « le noyau dur » de l’intégration européenne pour le ministre allemand de l’Économie, son pays envisage sur le sujet migratoire également des « solutions bilatérales à géométrie variable (…) avec les pays les plus concernés, l’Allemagne par exemple, la Suède, la Grèce, l’Italie. »
Au dernier Conseil européen (28-29 juin), les dirigeants européens ont mis en avant l’idée de « plateformes de débarquement régionales », situées en dehors de l’Union européenne et dans lesquels seraient traitées les demandes d’asile pour l’Union. À ces plateformes viendraient s’ajouter des « centres contrôlés » établis dans les États membres sur une base volontaire.
« Nous sommes toujours en faveur d’une solution européenne [sur le droit d’asile], mais je n’exclus pas que cette dernière soit adoptée dans les deux-trois années à venir plutôt que dans les deux-trois semaines à venir », a affirmé Peter Altmaier. « Il faut donc avoir une combinaison entre les initiatives européennes et une coopération bilatérale qui est extrêmement nécessaire. »