L’Allemagne revoit sa stratégie sur les matières premières pour réduire ses dépendances

Alors que la demande de matières premières essentielles pour assurer la transition écologique explose, le gouvernement allemand a annoncé mardi qu’il allait réviser sa stratégie sur les matières premières afin de réduire les dépendances et d’éviter les pénuries d’approvisionnement.

Euractiv.com
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Puisque la guerre en Ukraine a mis en évidence les dangers d’une dépendance excessive à l’égard d’un seul fournisseur pour les importations d’énergie, l’Allemagne envisage de réduire ses dépendances concernant les matières premières critiques. [MYStockVideo/Shutterstock]

Alors que la demande de matières premières essentielles pour assurer la transition écologique explose, le gouvernement allemand a annoncé, mardi (3 janvier), qu’il allait réviser sa stratégie sur les matières premières afin de réduire les dépendances et d’éviter les pénuries d’approvisionnement.

Puisque la guerre en Ukraine a mis en évidence les dangers d’une dépendance excessive à l’égard d’un seul fournisseur pour les importations d’énergie, l’Allemagne envisage de réduire ses dépendances concernant les matières premières critiques.

La demande de matières premières critiques comme le lithium, les terres rares ou le graphite devrait monter en flèche dans les années à venir. Selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande de lithium — élément nécessaire à la fabrication des batteries — devrait être multipliée par 42 d’ici à 2040.

La nouvelle stratégie allemande a pour but d’éviter les problèmes qui pourraient survenir au niveau de l’approvisionnement suite à l’augmentation de la demande.

« Les écarts entre l’offre et la demande qui peuvent se produire entraînent, au mieux, une hausse des prix des produits intermédiaires et finaux, mais ils peuvent également être à l’origine d’échecs de livraison », indique un document présentant les principaux points de la stratégie à venir.

Toutefois, les critiques estiment que la stratégie allemande sur les matières premières, qui a été publiée en 2020, est trop passive et manque d’ambition.

Si la précédente stratégie reposait sur la prudence des entreprises et se contentait d’accompagner les efforts de ces dernières pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement, la feuille de route révisée devrait adopter une approche plus ferme et prendre en compte la situation géopolitique tendue ainsi que de la situation particulière du marché de ces matières premières.

Les dépendances : un défi à relever

L’Allemagne, comme le reste de l’Union européenne, est actuellement largement dépendante de pays non démocratiques pour ses importations de matières premières critiques telles que le lithium, les terres crues ou le graphite.

En septembre 2022, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a proposé une réglementation sur les matières premières critiques qui devrait améliorer la résilience des chaînes d’approvisionnement et réduire les dépendances. Néanmoins, comme la plupart des compétences dans le domaine de l’exploitation minière relèvent des États membres, des mesures supplémentaires au niveau national sont nécessaires.

Selon une étude de l’Institut allemand de recherche économique, l’Allemagne dépend à 100 % de fournisseurs étrangers pour 21 des 27 matières premières qui sont considérées comme critiques.

Pour réduire ces dépendances, le gouvernement allemand a défini trois domaines d’action principaux.

En premier lieu, Berlin compte sur l’économie circulaire et le recyclage de ces matières premières ainsi que sur une meilleure efficacité des ressources. À l’heure actuelle, l’Allemagne ne recycle qu’environ 13,4 % des matières, malgré la proposition de la Commission européenne de doubler ce chiffre. Cette initiative a été saluée par le gouvernement allemand.

Toutefois, comme les produits ne sont éligibles au recyclage qu’à la fin de leur cycle de vie, le rythme de l’augmentation de la demande ne peut pas être suivi, ce qui fait que l’Allemagne compte aussi sur la diversification de la chaîne d’approvisionnement et sur une augmentation de l’extraction des matières premières critiques sur son propre territoire.

Pour stimuler l’extraction de matières premières critiques sur le sol allemand, le gouvernement prévoit de réviser la réglementation minière fédérale afin de faciliter l’extraction de matières premières dans le pays et de garantir des normes environnementales élevées.

Même si l’Allemagne privilégie l’extraction des matières premières au niveau national, une telle approche décentralisée ne devrait être privilégiée que si elle conduit à « de meilleures normes environnementales et sociales et améliore la résilience des chaînes d’approvisionnement », peut-on lire dans le document.

Si Berlin va continuer à dépendre des importations, le gouvernement entend tout de même diversifier les pays à partir desquels il importe ces matériaux. Pour sortir de sa dépendance vis-à-vis de fournisseurs uniques, l’Allemagne cherchera donc à établir des partenariats stratégiques avec des États tels que le Chili, l’Australie ou le Canada, précise le document.

Néanmoins, pour déterminer si des matières premières critiques peuvent être importées de certains pays, il faut tout d’abord vérifier s’ils respectent les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

En conséquence, la diversification ne sera possible que si d’autres acteurs internationaux respectent ces critères, explique le document. L’Allemagne va donc encourager l’adoption de critères ESG internationaux en collaboration avec des pays du monde entier qui partagent la même vision sur la question.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]