L'Allemagne teste la résistance des réseaux sociaux aux manipulations avant les législatives
Afin de garantir l'impartialité des législatives allemandes, les principaux réseaux sociaux se sont soumis avec succès à un « test de résistance ». Mais la nature non contraignante du processus et l’absence de sanctions soulèvent des questions quant à son efficacité.
Afin de garantir l’impartialité des législatives allemandes, les principaux réseaux sociaux se sont soumis avec succès à un « test de résistance ». Mais la nature non contraignante du processus et l’absence de sanctions soulèvent des questions quant à son efficacité.
Le test, réalisé vendredi par le coordinateur allemand des services numériques, la Bundesnetzagentur (BNetzA), et la Commission européenne, visait à déterminer si les plateformes pouvaient modérer efficacement leurs contenus et atténuer les risques de manipulation pendant la période électorale.
Google (YouTube), LinkedIn, Microsoft, Snapchat, TikTok et X, ainsi que des autorités nationales et des organisations de la société civile, telles que CeMas et ISD, ont participé à l’exercice.
Comment fonctionne un « test de résistance » ?
En vertu des lignes directrices non contraignantes de l’Union européenne (UE), il est recommandé aux réseaux sociaux de prendre des mesures proactives pour atténuer les risques en ligne avant, pendant et après les élections, et de rendre compte de leurs actions à la Commission et aux autorités nationales.
Cette recommandation a été appliquée pour la première fois lors des élections européennes de 2024.
Au cours du test, les plateformes ont vendredi été confrontées à divers scénarios fictifs, basés sur des tentatives documentées de manipulation des élections, afin de tester leur capacité à résoudre rapidement d’éventuelles violations.
Parmi les exemples de scénarios présentés aux plateformes, on trouvait la manipulation d’informations par le biais de « deepfakes » (hyperconstruction assistée par l’intelligence artificielle) visant à déformer le contenu de certains messages.
On trouvait également des exemples de manipulations coordonnées, d’incitations à la violence et de harcèlement en ligne.
Vendredi, ces scénarios fictifs ont été présentés par la Commission et la BNetZa, et les plateformes leur ont ensuite fourni des informations sur la manière dont elles pourraient les traiter.
Plus précisément, les participants ont testé les mesures, les procédures et les structures qu’ils ont mis en place avant les élections. Ils ont aussi identifié leurs lacunes et les possibilités de les combler.
Les plateformes ont également été encouragées à travailler avec des chercheurs indépendants afin d’améliorer leurs compétences. Les lignes directrices de la Commission fournissent des détails sur la manière de procéder.
Le test de résistance est basé sur la documentation et les rapports des plateformes, complétés par des recherches menées par des organisations indépendantes qui font également partie du test.
Des préoccupations subsistent
Après le test de vendredi, la BNetZa et la Commission ont confirmé qu’elles étaient satisfaites du résultat, même si, en cas d’échec, les plateformes n’auraient pas été soumises à des sanctions ou à des amendes.
« En tant que coordinateur des services numériques, nous sommes bien préparés, avec des tâches assignées aux autorités nationales et des canaux de communication établis avec toutes les parties prenantes », a déclaré Klaus Müller, président de la BNetZa, à l’issue de l’épreuve.
Cependant, un certain nombre de préoccupations subsistent.
TikTok a fait l’objet d’une nouvelle violation du règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA) pour désinformation, lors des élections roumaines de décembre.
En outre, la Commission a élargi son enquête sur le système de recommandation de X en janvier, car elle craignait qu’Elon Musk, le propriétaire de la plateforme, ne favorise ses propres messages sur les élections. L’enquête a eu lieu peu de temps après que le milliardaire a diffusé en direct une interview avec Alice Weidel, candidate à la chancellerie pour le parti d’extrême droite de Alternative pour l’Allemagne (AfD).
Ce test de résistance repose enfin sur la documentation et les rapports des plateformes, qui sont loin d’être fiables. Comme le respect de ces lignes directrices pour les élections fédérales allemandes du 23 février 2025 reste entièrement volontaire, il est difficile de savoir comment les plateformes traiteront les infractions à cette occasion.
(AB et LG)