L’ambitieuse quête de l’UE pour améliorer la route du Corridor du milieu, et assurer sa position en Asie centrale
Bien que l’Union européenne montre de plus en plus d’intérêt pour l’avancement du Corridor du milieu, il lui reste bien plus à faire pour développer cette route commerciale et assurer sa position en Asie centrale.
Bien que l’Union européenne (UE) montre de plus en plus d’intérêt pour l’avancement du Corridor du milieu, il lui reste bien plus à faire pour développer cette route commerciale et assurer sa position en Asie centrale.
Le projet de route de transport international transcaspien (RTIT) est devenu une priorité pour le Kazakhstan et ses voisins, l’UE s’étant engagée à investir 10 milliards d’euros lors du Forum des investisseurs de janvier à Bruxelles, au cours duquel la connectivité du transport de l’UE avec l’Asie centrale a été abordée.
Cependant, une note interne de la Commission européenne sur la stratégie mondiale pour les infrastructures, connue sous le nom de Global Gateway, avertit l’UE qu’elle doit intensifier ses efforts avec le plan de 300 milliards d’euros et aller plus loin dans son engagement avec l’Asie centrale, entre autres.
Le document relève que l’UE « ne peut pas tenir sa position pour acquise », exhortant la nouvelle Commission qui sera constituée après les élections de juin à porter la stratégie Global Gateway au niveau supérieur, « en stimulant davantage la modernisation par le biais d’engagements avec des partenaires stratégiques avec un mélange de politiques motivées par l’intérêt économique ».
Potentiel de développement
Une analyse économique de la Banque mondiale publiée vers la fin 2023 a mis en lumière le potentiel de développement du Corridor du milieu au cours de la prochaine décennie. Selon elle, d’ici 2030, les volumes de fret (transport de marchandises) tripleront pour atteindre 11 millions de tonnes, contre 2,3 millions de tonnes de fret traitées l’année dernière.
La Banque mondiale a également estimé que, d’ici 2030, les temps de trajet entre la frontière occidentale de la Chine et l’Europe seront réduits de moitié. Lors du Forum des investisseurs en janvier, l’UE a fait un pas concret en direction de cet objectif en lançant le développement du corridor transcaspien, une voie rapide reliant l’Europe et l’Asie centrale en 15 jours maximum et qui contourne la Russie.
Si l’analyse de la Banque mondiale a également identifié plusieurs goulets d’étranglement le long du Corridor du milieu, les pays participants souhaitent les éliminer et étendre sa portée géographique. En 2022, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et la Turquie ont signé une feuille de route quinquennale visant à réduire la congestion le long de la route.
Un projet qui « change la donne » en matière de connectivité
Enclavé, le Kazakhstan est au cœur du commerce Est-Ouest, jouant de plus en plus un rôle charnière en tant que pays de transit et en tant qu’élément essentiel du corridor.
En avril, le septième sous-comité sur l’énergie, les transports, l’environnement et le climat s’est tenu à Astana, et l’UE et le Kazakhstan ont discuté de questions bilatérales clés. Les parties ont apprécié les progrès réalisés sur le corridor transcaspien, saluant la proposition de la Commission de mettre en place une plateforme de coordination.
Discutant de son développement, le haut fonctionnaire de l’UE, Henrik Hololei, a déclaré que le lancement de cette plateforme était espéré avant l’été, dans la mesure où ce serait un « moyen idéal de faciliter et de suivre la mise en œuvre des projets ».
Ce dernier a décrit la route transcaspienne comme une réalisation qui change la donne en matière de connectivité entre l’Asie et l’Europe, notant que le corridor du milieu était « un outil très important pour faciliter et accélérer l’intégration régionale et le développement économique ».
Alors que le Kazakhstan est devenu le premier pays d’Asie centrale à signer un protocole d’accord avec l’UE sur la coopération dans le domaine des matières premières critiques, Henrik Hololei s’attend à ce que celui-ci devienne un domaine d’intérêt clé dans les années à venir. « Il existe un lien clair avec la RTIT, car un corridor fonctionnel est essentiel pour l’exportation de produits », a-t-il fait remarquer.
Sécuriser sa position en Asie centrale
Avant la guerre de la Russie en Ukraine, 86 % du commerce terrestre entre l’Europe et la Chine passait par ce que l’on appelle la route du Nord, qui s’étend de la frontière nord de la Chine à la Biélorussie et au continent européen.
À la suite des sanctions des Occidentaux à l’encontre de la Russie, le Corridor du milieu est devenu la seule voie accessible pour que l’Europe puisse échanger avec l’Asie centrale et la région de la mer Caspienne.
Bien que la Russie puisse bénéficier dans une certaine mesure du développement de cette route en détournant une partie de ses marchandises et en contournant les sanctions, et que la Chine puisse l’utiliser pour accroître son influence dans la région, le think tank du Conseil européen des relations étrangères (ECFR) soutient que les avantages du Corridor du milieu l’emportent sur les risques.
La région est déjà dans les radars de la Chine et de l’Europe en raison de sa position stratégique, d’un large éventail de ressources, et du potentiel d’énergies renouvelables. Dans le même temps, les pays d’Asie centrale souhaitent diversifier leurs économies et se rapprocher de nouveaux partenaires commerciaux. L’ECFR note que ce désir s’est intensifié depuis la guerre de la Russie en Ukraine.
D’après l’étude sur les prévisions pour l’Asie centrale citée dans une publication du magazine International Politics and Society (IPS), les experts de l’Asie centrale s’attendent à ce que la coopération de l’UE au développement et sa stratégie de connectivité entrainent des répercussions positives sur la région.
Alors que les pays d’Asie centrale font face à différentes difficultés politiques, économiques et sociales et qu’ils cherchent à adopter des réformes complexes, les gouvernements nationaux favorisent les investissements, l’assistance technique et l’expertise européens, ce qui peut aider l’UE à assurer sa position dans la région.