Langues : la politique européenne en matière de traduction va perdurer [FR]

D’après le directeur général de la traduction Juhani Lönnroth, le caractère multilingue des institutions européennes est une question politiquement trop sensible pour être radicalement réformée, et va donc perdurer.

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D’après le directeur général de la traduction Juhani Lönnroth, le caractère multilingue des institutions européennes est une question politiquement trop sensible pour être radicalement réformée, et va donc perdurer.

L’Union devra « s’accommoder » de la pression linguistique accrue due aux futurs élargissements, car aucun responsable politique « n’osera toucher aux principes essentiels » de cette politique, a déclaré M. Lönnroth, directeur général de la DG Traduction, lors d’un débat organisé par le Centre for European Policy Studies le 22 février.

Les coûts croissants impliquent que la politique linguistique européenne deviendra de plus en plus controversée. Actuellement, avec 23 langues officielles, il y a 506 combinaisons linguistiques, et d’après M. Lönnroth, ce chiffre augmenterait significativement si la Croatie, la Serbie et la Turquie rejoignaient l’Union. 

Admettant ne pas être un « fanatique des langues », le directeur général a affirmé réfléchir tous les jours à la « manière de réduire la charge de travail ». Selon lui, toutes ces combinaisons linguistiques « ne sont pas dans l’intérêt du contribuable. Ce serait plus simple si tout le monde acceptait que l’anglais et le français soient les principales langues de l’UE ».

Cependant, M. Lönroth n’envisage pas que la politique linguistique de la Commission puisse changer significativement, car c’est un « sujet sensible ». La politique linguistique ne relève pas « de l’offre et de la demande », car les citoyens européens ont le droit de s’adresser aux institutions de l’Union dans leur langue maternelle, quel que soit le nombre de locuteurs. 

En revanche, une production moins importante pourrait être la solution pour réduire la charge de travail, d’après M. Lönnroth. Il appelle la politique linguistique européenne à se concentrer à l’avenir davantage sur un nombre de traductions plus restreint, mais des traductions de meilleure qualité. En effet, on peut déjà constater cette tendance : la longueur moyenne d’un document de la Commission est désormais de 15 pages, comparée à 37 pages avant l’élargissement. 

Même si c’est une « erreur de croire que l’anglais est suffisant, il devient de plus en plus la lingua franca » des institutions européennes, note M. Lönnroth. C’est une question de sens pratique, car de nombreuses personnes travaillent sur une ébauche de législation avant que la loi n’entre en vigueur. Il explique que, si chaque amendement devait être traduit tout au long du processus, « les coûts exploseraient ». Il prévoit que l’UE va assister à une « prolifération des langues », parallèlement à une « réduction de celles réellement utilisées » et admet qu’il sera difficile de trouver le bon équilibre. 

72 % des documents européens sont rédigés à l’origine en anglais, 12 % en français et seulement 3 % en allemand. De plus, 88 % des utilisateurs du site Internet de la Commission, Europa, parlent anglais. Ainsi, publier les documents en anglais, français, allemand, espagnol et italien couvrirait presque 100 % des besoins linguistiques, d’après le directeur général. 

Malgré cela, l’année dernière, les institutions européennes ont dépensé près d’un milliard d’euros pour la traduction et l’interprétation, soit près d’1% du budget de l’UE ou 2,50 euros par citoyen. En 2008, les 2 500 employés traduiront deux millions de pages, ce qui laisse présager que ce chiffre va continuer d’augmenter de 5 % par an. 

La Commission va aborder la durabilité de sa politique linguistique, lorsqu’elle proposera sa nouvelle stratégie sur le multilinguisme en septembre 2008 (EURACTIV 19/02/08).