L’Asie centrale a besoin d’un réseau électrique transnational, selon un expert kazakh
Le Kazakhstan est « totalement dépendant » de la Russie lorsqu’il s’agit des besoins en énergie de réglage, et la meilleure solution consiste à créer un réseau électrique transnational en Asie centrale, similaire à celui de l’Europe, a déclaré un expert kazakh lors d’un évènement à Bruxelles mardi dernier.
Le Kazakhstan est « totalement dépendant » de la Russie lorsqu’il s’agit des besoins en énergie de réglage, et la meilleure solution consiste à créer un réseau électrique transnational en Asie centrale, similaire à celui de l’Europe, a déclaré un expert kazakh lors d’un évènement à Bruxelles mardi dernier (4 juillet).
Nurlan Kapenov, président de la Qazaq Green Association, a lancé cet appel lors d’une conférence intitulée « Un avenir énergétique propre pour l’Asie centrale », organisée par le Brussels Energy Club et lors de laquelle le débat a mis en évidence l’énorme potentiel de cette région en matière de développement de l’énergie verte ainsi que les différents défis.
Pour illustrer l’ampleur des projets potentiels, l’ambassadeur du Kazakhstan auprès de l’Union européenne, Margulan Baimukhan, a déclaré que la transformation écologique de son pays nécessitera des investissements dans les technologies à faible émission de carbone à hauteur de 610 milliards de dollars d’ici 2060.
Il a ajouté que les autres partenaires d’Asie centrale, à savoir l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Kirghizstan et le Turkménistan, sont confrontés à des besoins d’investissement similaires pour leur propre transition écologique.
Les intervenants du Tadjikistan et du Kirghizstan ont mis l’accent sur les projets hydroélectriques, l’Ouzbékistan sur l’énergie solaire et le Turkménistan sur l’hydrogène produit à partir du gaz.
Bien qu’encore fortement dépendant du charbon et des combustibles fossiles, le Kazakhstan, de son côté, s’enorgueillit du projet d’hydrogène d’origine renouvelable le plus avancé de la région. Il a été mis en œuvre par le groupe Svevind Energy dans l’ouest du pays, près de la mer Caspienne.
Selon M. Kapenov, le Kazakhstan s’est vraiment lancé dans l’énergie verte en 2018, lorsque le pays a introduit le système d’enchères auquel les entreprises du monde entier peuvent participer. À ce jour, 200 entreprises de 13 pays ont participé à ces enchères, ce qui a donné lieu à 130 projets d’énergie renouvelable d’une capacité installée totale de 2,5 gigawatts.
Le Kazakhstan s’est également fixé pour objectif d’atteindre une part de 15 % d’énergies renouvelables dans son bouquet énergétique d’ici 2030, de 50 % d’ici 2050 et de 80 % d’ici 2060, a indiqué M. Kapenov.
Le charbon le moins cher du monde
Les objectifs sont réalisables, mais un problème majeur, a-t-il expliqué, réside dans « le charbon le moins cher du monde », qui, au Kazakhstan, est extrait dans des mines à ciel ouvert.
Si les prix actuellement bas de l’énergie pour les ménages (3 centimes d’euro par KWH, contre 35 centimes d’euro en Belgique) étaient menacés par des sources d’énergie plus chères, des tensions sociales risqueraient de se produire, a-t-il averti.
Ce prix a été maintenu artificiellement bas par les gouvernements successifs, qui ont découragé les propriétaires des centrales électriques de se moderniser.
Cependant, le problème le plus sérieux, a-t-il expliqué, concerne le manque de capacités flexibles présentes au Kazakhstan pour équilibrer l’énergie produite grâce aux sources renouvelables.
« Aujourd’hui, nous sommes complètement dépendants de la Fédération de Russie en ce qui concerne l’énergie de compensation. La production de charbon n’est pas une production flexible », en particulier pour le Kazakhstan, où 70 % de l’électricité est produite à partir du charbon. En théorie, la flexibilité de la production pourrait être assurée par de grandes centrales hydroélectriques ou des centrales au gaz, selon M. Kapenov.
Il a toutefois déclaré que la meilleure solution consistait à construire un réseau énergétique transnational avec les « pays frères », sur le modèle de l’UE, au sein duquel les États équilibrent leurs besoins énergétiques par-delà les frontières.
« Nous devrions avoir un seul gestionnaire de réseau pour l’Asie centrale », a précisé M. Kapenov.
Selon lui, le Kazakhstan dispose d’un modèle « évolutif » pour introduire les énergies vertes, tandis que son voisin, l’Ouzbékistan, dispose d’un modèle « révolutionnaire », qui a démarré plus tard, mais qui a déjà atteint le niveau de celui du Kazakhstan.
« Cependant, je suis sûr qu’ils seront confrontés au même problème de flexibilité énergétique », a-t-il affirmé.
Il a été demandé à Vidim Sinitsa, représentant la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), si la Banque était intéressée par le financement d’un réseau électrique transnational tel que décrit par M. Kapenov. Il a répondu par l’affirmative, mais a précisé que de tels projets n’avaient pas encore été soumis pour examen.
Stefano Signore, chef d’une unité de la direction générale des Partenariats internationaux de la Commission européenne, a semblé laisser la porte ouverte à un projet tel que celui décrit par M. Kapenov. Il a précisé qu’en effet, l’objectif de la Commission consistait à soutenir le développement des énergies renouvelables ainsi que la coopération régionale en Asie centrale.
Les combustibles fossiles dominent toujours en Asie centrale, plus que dans toute autre région, a rappelé Mehmet Öğütçü, conseiller principal du Brussels Energy Club. Selon lui, le potentiel de développement des énergies vertes existe, mais des ressources financières sont nécessaires.
« L’Asie centrale ne peut y parvenir seule », a-t-il souligné. Il a insisté sur la nécessité de moderniser le réseau électrique vieillissant qui date de l’ère soviétique, mais a également mis en garde contre la corruption, un problème que les pays de la région doivent surmonter.
Pour inspirer confiance aux investisseurs, il est essentiel de favoriser la coopération régionale.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]