Le baptême du feu de Mario Draghi à la BCE

Mario Draghi s’est confortablement installé à la place de Jean-Claude Trichet lors de sa première réunion en tant que président de la Banque centrale européenne, le jeudi 3 novembre. M. Draghi reste fidèle au discours de son prédécesseur français, et rien ne semble indiquer un changement de politique majeur pour la BCE en ces temps de crise.

EURACTIV.com / Reuters
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Mario Draghi s’est confortablement installé à la place de Jean-Claude Trichet lors de sa première réunion en tant que président de la Banque centrale européenne, le jeudi 3 novembre. M. Draghi reste fidèle au discours de son prédécesseur français, et rien ne semble indiquer un changement de politique majeur pour la BCE en ces temps de crise.

M. Draghi a cédé son poste de directeur de la banque centrale italienne pour occuper celui de directeur de la BCE. Il est ainsi devenu le troisième dirigeant de la Banque centrale européenne depuis sa création en 1999.

Alors que son pays d'origine, l'Italie, est au centre de la tourmente avec la crise de la zone euro et les achats controversés d'obligations souveraines effectués par la BCE qui pourraient se révéler cruciaux pour l'avenir du pays, cette première réunion a été un baptême du feu pour M. Draghi.

Pour ne rien arranger, quelques heures avant le début des discussions, l'Allemagne et la France se sont ouvertement exprimées sur l'éventualité d'un départ de la Grèce de la zone euro, plongeant ainsi la monnaie européenne dans une nouvelle controverse.

La stratégie de M. Draghi a été de prendre les devants en créant la surprise et en abaissant les taux d'intérêt.

Avec tous les problèmes liés à la crise actuelle, les marchés financiers s'apprêtaient à assister à un changement de direction avec l'arrivée de M. Draghi sur la question clé de la durée du soutien de la BCE au marché obligataire.

Bien qu'il se soit exprimé de manière bien plus directe que son prédécesseur français, M. Draghi a déclaré que la banque n'allait pas remettre la presse en marche.

« Notre programme pour les marchés de titres comporte trois caractéristiques principales : il est temporaire, limité et justifié par la nécessité de restaurer le fonctionnement des canaux de transmission monétaire », a-t-il expliqué, résumant en trois points ce que M. Trichet, avec son style gaulois, aurait expliqué de manière beaucoup plus compliquée.

Opération Draghi

La différence de style entre M. Draghi, dont le nom signifie dragon en italien, et M. Trichet est évidente, même si les informations communiquées sont restées très similaires.

La lecture laborieuse, mais claire de l’énoncé de la politique de la BCE a ouvert la voie à un échange productif avec les journalistes lors de cette première conférence de presse.

Un peu comme lorsqu'un professeur populaire s'adresse à ses élèves, humour et sourires se sont mêlés à de brefs rappels à l'ordre et lorsqu'il a quitté la salle, il avait dit tout ce qu'il avait à dire sur le sujet abordé. « Je pense avoir déjà dit que nous n'agissons pas en anticipation », a-t-il déclaré en réponse à la troisième question qui lui a été posée sur une prochaine diminution des taux.

Dans la plupart des domaines, il semblerait qu'aucun changement de direction fondamental ne soit effectué à la BCE.

Cette déclaration politique, préparée par Jürgen Stark, un membre du directoire de la BCE, ne s'est pas révélée très différente des précédentes, qu'il s'agisse du style ou du contenu. La situation pourrait changer lorsque M. Stark quittera la BCE plus tard cette année.

Avec 45 minutes de question-réponse, la conférence de presse a été beaucoup plus courte que celles précédemment menées par M. Trichet, sans doute parce que M. Draghi devait prendre l'avion pour Cannes pour la réunion du G20.

Son entrée ressemblait plutôt à celle d'une rock star que d'un technocrate, avec plus de 50 photographes et cameramen qui l'ont accueilli dans une nuée de flashes se reflétant sur ses lunettes à montures dorées.

Il s'est montré rusé en s'adressant aux Allemands présents dans la salle et en exprimant son admiration pour la Bundesbank et son approche ferme. Il a également tenté d'apaiser les craintes de ceux qui pensent qu'il pourrait revoir l'accent mis par la BCE sur la lutte contre l'inflation. « Continuité, cohérence et crédibilité » : voilà son slogan pour l'avenir.

Cette devise a semblé être bien accueillie par la banque centrale située à Francfort.  « Ce sont de très belles paroles, attendons d'en voir la substance », a déclaré l'un de ses représentants officiels.