Le Conseil de la paix de Trump : qui en fait partie et comment pourrait-il fonctionner ?

Seule une poignée d’États ont officiellement décliné l’invitation des États-Unis à rejoindre le « Conseil de la paix », la plupart des autres ayant opté pour un silence prudent.

EURACTIV.com
US President Trump attends World Economic Forum
Le président américain Donald Trump. [Getty Images/Harun Ozalp_Anadolu]

Quelques heures après avoir fait machine arrière sur le Groenland, affirmant qu’il n’avait pas l’intention « d’utiliser la force » pour s’emparer de l’île, Donald Trump a dévoilé son « Conseil de la paix ». Mais seuls ses alliés et ses obligés ont pour l’heure répondu à l’appel.

Plus d’une vingtaine de pays ont officiellement accepté de rejoindre cette nouvelle organisation dont l’objectif est d’œuvrer à la résolution des conflits mondiaux, et dont la charte fondatrice a été signée jeudi 22 janvier à Davos par le président américain.

Aucun membre du Conseil de sécurité des Nations unies n’a encore franchi le pas. Et au sein de l’Union européenne, seules la Hongrie et la Bulgarie ont répondu positivement à la proposition américaine.

Il s’agit d’un revers pour le président américain, qui s’est néanmoins félicité d’avoir réuni les « plus grands dirigeants du monde ».

L’idée du Conseil est née en septembre dernier dans le cadre de la deuxième phase du plan de cessez-le-feu en 20 points de Washington pour Gaza. Il avait initialement été conçu pour superviser la reconstruction et la gouvernance dans la bande de l’enclave, mais a depuis été élargi pour devenir une plateforme visant à résoudre les conflits internationaux.

Ces ambitions sont énoncées dans la charte de huit pages du conseil d’administration de l’organisation. Le texte fustige les « approches et institutions qui ont trop souvent échoué » — une critique à peine voilée à l’égard des Nations unies — et appelle à faire preuve de « courage » pour les dépasser.

Ce langage reflète l’hostilité de longue date du président Trump envers l’ONU. Au début du mois, il a annoncé que Washington se retirerait de 66 organisations et traités internationaux, dont environ la moitié sont affiliés à l’ONU.

Quel mode de fonctionnement ?

La charte précise que Donald Trump est le « premier président du Conseil de la paix » et que ce dernier a seul le pouvoir de nommer son successeur, mais aussi celui d’exercer un veto sur toute décision prise à la majorité de ses membres.

Le conseil exécutif de l’organisation comporte sept membres, dont le secrétaire d’État américain Marco Rubio, l’émissaire spécial Steve Witkoff, le gendre de Donald Trump Jared Kushner, et l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair.

Le mandat des pays membres de l’organisation ne pourra excéder trois ans à compter de la date d’entrée en vigueur de la charte. Les États qui s’engagent à verser plus d’un milliard d’euros durant les douze prochains mois obtiendront un siège de membre permanent.

Pour l’heure, aucun pays n’a confirmé avoir effectué de versement. Les modalités exactes de la gestion financière de l’organisation n’ont pas encore été rendues publiques.

Quels pays ont confirmé leur participation ?

Dix-neuf pays États étaient présents à Davos lors de la signature de la charte du Conseil de la paix. Ils dessinent la carte des alliés et des obligés du président américain.

Selon les autorités américaines, une invitation pour participer à l’organisation a été envoyée à une soixantaine de pays, bien loin des 193 membres de l’Organisation des Nations unies.

Au sein de l’Union européenne, le Premier ministre hongrois Viktor Orban avait dès le 18 janvier accepté l’« invitation honorable » de Washington. La Bulgarie a également répondu favorablement à la proposition de Donald Trump.

Deux autres États européens traditionnellement proches des États-Unis ont également leur participation, l’Albanie d’Edi Rama — qui n’était pas présent à Davos mais qui a déjà conclu des affaires immobilières avec Jared Kushner — et le Kosovo, qui abrite une importante base américaine.

Au Proche-Orient et dans le Golfe, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a confirmé sa participation, tout comme l’Arabie Saoudite, le Bahreïn, les Émirats arables unis, l’Égypte, la Jordanie et le Koweït.

Les ennemis arméniens et azéris ont également accepté la proposition américaine, tout comme l’Argentine du président Javier Milei, un proche du président américain.

Mercredi, Donald Trump avait annoncé que Vladimir Poutine avait « accepté » son invitation, mais le président russe indique pour l’heure être en train d’étudier la proposition américaine. Le président russe a aussi suggéré que les 854 millions d’euros demandés pour obtenir un siège permanent pourrait être prélevés dans les avoirs russes gelés.

La communauté internationale très sceptique

Seuls quelques États ont officiellement décliné l’invitation américaine, la majorité des autres préférant observer un silence prudent.

La France « n’entend pas donner donner suite favorable » aux demandes américaines, a immédiatement fait savoir l’entourage du président Emmanuel Macron, alors que se posent des « questions majeures » quant aux Nations Unies, dont les principes et la structure « ne sauraient en aucun cas être remis en cause ».

En Europe, le Royaume-Uni a également décliné l’invitation américaine. « Nous sommes préoccupés par le fait que le président [russe Vladimir] Poutine participe à des discussions sur la paix », a déclaré la ministre des Affaires étrangères Yvette Cooper.

De façon générale, les États de l’Union européenne échaudés par les menaces de Donald Trump sur le Groenland expliquent attendre une coordination plus globale au sein de l’Union européenne. Même la Première ministre italienne Giogia Meloni a dit avoir besoin de temps pour décider, invoquant des questions constitutionnelles.