Le débat sur l'austérité agace les dirigeants allemands
Réduire l'endettement public reste la priorité d'Angela Merkel et de son parti, malgré les critiques des derniers jours. Le président de la Commission européenne a évoqué "les limites" de cette politique.
Réduire l’endettement public reste la priorité d’Angela Merkel et de son parti, malgré les critiques des derniers jours. Le président de la Commission européenne a évoqué « les limites » de cette politique.
Les pays du Sud de l’Europe pourront-ils supporter longtemps les politiques d’austérité dictées par l’Allemagne? Interrogée lors d’un débat à Berlin, lundi 22 avril, la chancelière allemande a tenté de dissimuler son irritation.
Calendrier électoral allemand
Au terme d’une semaine qui a vu plusieurs de ses partenaires européens estimer que la priorité de l’Union européenne ne devrait plus être la réduction de la dette, Angela Merkel n’a toutefois pas réussi à masquer son agacement.
« J’appelle cela équilibrer le budget », a-t-elle répondu. « Tous les autres utilisent ce terme, austérité. Cela lui donne une tonalité vraiment démoniaque. »
A cinq mois des élections en Allemagne, la chancelière est de plus en plus critiquée par ses partenaires européens et par l’opposition de centre gauche pour son insistance à exiger des membres de la zone euro qu’ils fassent « leur devoir » – la terminologie berlinoise pour parler de réduction des dépenses publiques et de réformes structurelles.
Ces critiques commencent manifestement à irriter les dirigeants allemands, qui ont déjà ajusté leurs éléments de langage en parlant de « consolidation favorable à la croissance » pour qualifier la politique de rigueur qu’ils prônent.
Les doutes de Barroso
Mais la réponse cinglante d’Angela Merkel, comme la réaction viscérale de sa garde rapprochée à la suggestion par la Commission européenne d’un allègement de l’austérité, montrent que Berlin n’a pour l’heure aucune intention de changer de cap.
« Décréter la fin de la consolidation budgétaire n’a aucun sens », tempête Michael Fuchs, vice-président du parti chrétien-démocrate (CDU) au Parlement. « En réalité, personne ne fait vraiment d’économies, ils émettent juste moins de dette ».
Le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle, est lui aussi critiqué le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, coupable à ses yeux d’avoir déclaré que la politique d’austérité avait « atteint ses limites ».
« Nous sommes convaincus que si nous renonçons à la consolidation budgétaire en Europe et revenons à l’ancienne approche de toujours plus de dette, alors nous créerons les conditions d’un chômage de masse d’ici quelques années », a-t-il dit à Bruxelles.
Dette toujours en augmentation
A l’appui de leur fermeté, les dirigeants allemands citent les statistiques publiées lundi par Eurostat, qui montrent que la dette souveraine de la zone euro s’est élevée à 90,6% du produit intérieur brut (PIB) en 2012, contre 87,3% l’année précédente. La même étude montre cependant que le déficit budgétaire en pourcentage du PIB est tombé à 3,7% l’an dernier, alors qu’il avait été de 4,2% en 2011 et 6,2% en 2010.
Pour les détracteurs des politiques d’austérité, c’est la preuve que l’Europe a été assez loin dans cette direction.
La priorité, disent-ils, doit désormais être accordée à la croissance et à l’emploi, alors que les analystes s’attendent à voir l’économie de la zone euro se contracter pour la seconde année consécutive en 2013.