Le départ d'Enrico Letta replonge l'Italie dans la crise

Matteo Renzi devrait devenir le plus jeune président du Conseil des ministres, à 39 ans. La présidence tournante de l'Union européenne l'attend dès le mois de juillet.

EURACTIV.fr / Reuters
Renzi: We have a different way of looking at rules
Renzi: We have a different way of looking at rules

Matteo Renzi devrait devenir le plus jeune président du Conseil des ministres, à 39 ans. La présidence tournante de l'Union européenne l'attend dès le mois de juillet.

Le président du Conseil italien, Enrico Letta, désavoué par son parti, doit remettre vendredi 14 février sa démission au président Giorgio Napolitano qui devrait charger Matteo Renzi de former un nouveau gouvernement. Moins expérimenté que son prédécesseur, le nouveau premier ministre devra affronter, à partir de juillet, un semestre semé d'embûches avec la présidence tournante de l'Union européenne.

Dont les enjeux seront importants : le renouvellement des institutions donnera lieu à des négociations intenses entre les 28 pays. D'autant que l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne a changé la donne et que les interprétations des traités semblent très différentes entre le Parlement et le Conseil, ou d'un pays à l'autre.

En Italie, l'instabilité politique est de retour.

La décision d'Enrico Letta a été annoncée quelques minutes après un vote de la direction du Parti démocrate (PD) qui, à la demande de son chef, Matteo Renzi, s'est prononcée pour la formation d'une nouvelle équipe gouvernementale afin d'accélérer les réformes.

La motion Renzi a été massivement adoptée, par 136 voix contre 16.

"A la suite de la décision prise aujourd'hui par la direction nationale du Parti démocrate, j'ai informé le président de la République, Giorgio Napolitano, de ma volonté de me rendre demain (vendredi) au Quirinal afin de remettre ma démission de la présidence du Conseil des ministres", a précisé Enrico Letta dans un communiqué.

Matteo Renzi, le jeune – 39 ans – et ambitieux maire de Florence, prônait la formation d'un nouveau gouvernement afin d'ouvrir une "nouvelle phase" de réformes en Italie. Il avait eu mercredi un tête-à-tête tendu et infructueux de plus d'une heure au palais Chigi avec le chef du gouvernement.

Enrico Letta avait pris la tête du gouvernement italien en avril dernier, après les élections indécises de février 2013. Il avait décidé de ne pas assister jeudi après-midi à la réunion du comité exécutif du PD et d'attendre sa décision dans son bureau.

"L'Italie ne peut pas vivre dans une situation d'incertitude et d'instabilité. Nous sommes à un tournant", a fait valoir Matteo Renzi pour convaincre le parti de "lâcher" Letta.

"Les gens nous accusent, moi et le PD, d'avoir une ambition démesurée. Je ne le nie pas. Nous devons tous avoir cette ambition (…) Je vous demande de m'aider à sortir l'Italie de ce bourbier", a-t-il lancé.

Sortir du bourbier

Le maire de Florence a reconnu qu'obliger Enrico Letta à la démission et s'employer à former un nouveau gouvernement avec les partis du centre et du centre droit qui soutenaient la coalition Letta comportait des risques pour le gouvernement et pour lui-même, mais qu'il n'existait pas d'alternative.

"Se placer en première ligne comporte un élément de risque mais un homme politique a le devoir de prendre des risques à certains moments", a dit Matteo Renzi.

Il a ajouté qu'il solliciterait le soutien des actuels partenaires de la coalition avec l'objectif de tenir pendant l'ensemble d'une législature, jusqu'en 2018.

Angelino Alfano, fondateur du Nouveau Centre Droit né de la scission provoquée par Silvio Berlusconi au sein du Peuple de la liberté, n'a d'ailleurs apporté qu'un soutien prudent et conditionnel à l'initiative de Renzi.

Il a souligné dans la soirée qu'une adhésion de son parti à un gouvernement Renzi dépendrait du programme proposé, qui ne doit pas, a-t-il dit, être trop marqué à gauche.

"Nous ne tenons rien pour acquis et nous ne sommes pas sûr que cette tentative de former un nouveau gouvernement va aboutir", a dit Alfano.

Matteo Renzi juge qu'avec un code électoral qui n'a toujours pas été révisé, il ne faut pas organiser des élections législatives anticipées car cela ne ferait qu'aboutir, comme l'an dernier, à un Parlement bloqué.

Signe des tensions politiques, le débat parlementaire prévu mardi sur la réforme du code électoral a été reporté à la semaine prochaine.

Troisième économie de la zone euro, l'Italie peine à sortir de sa plus longue période de récession depuis la Seconde Guerre mondiale et à juguler un chômage atteignant des niveaux sans précédents depuis les années 1970.

Le discours de Matteo Renzi a été assez bien accueilli par les milieux financiers. La Bourse de Milan a réduit ses pertes et le rendement des obligations italiennes à dix ans a légèrement fléchi.