Le duo Merkozy prévoirait de mettre la Grèce sous tutelle

Alors que les discussions sur le renflouement de la Grèce prenaient un tournant dramatique hier (6 février), le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont proposé de créer un compte bloqué visant à rembourser partiellement les créanciers du pays en cas de défaut de paiement. Un reportage d'EURACTIV France.

EURACTIV.fr
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Alors que les discussions sur le renflouement de la Grèce prenaient un tournant dramatique hier (6 février), le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont proposé de créer un compte bloqué visant à rembourser partiellement les créanciers du pays en cas de défaut de paiement. Un reportage d'EURACTIV France.

Le 14e Conseil des ministres franco-allemand a eu lieu à Paris et devait donner une image rassurante du leadership des deux puissances, à 80 jours des élections présidentielles françaises.

Il s'est toutefois terminé de manière plus fade que prévu : aucun accord n'a pu être conclu entre la Troïka (UE-FMI-BCE) et la Grèce et la probabilité d'un défaut de paiement ne fait qu'augmenter.

En l'absence d'un accord entre la Grèce et ses créanciers privés et publics, M. Sarkozy et Mme Merkel n'ont pu qu'exhorter Athènes à remplir ses obligations. Il faut régler la crise grecque « une bonne fois pour toutes », a déclaré le président français. « Le temps presse pour Athènes », a ajouté la chancelière allemande.

Les dirigeants français et allemand ont également présenté une nouvelle proposition visant à rassurer les bailleurs de fonds de la Grèce. Athènes devrait alimenter un compte bloqué qui servirait de garantie aux créanciers du pays. Si la Grèce n'est pas en mesure d'honorer sa dette, ses créanciers pourront alors être en partie remboursés grâce à ce fonds.

Les détails de cette proposition restent flous. Le président Sarkozy a évoqué l'idée de verser « les intérêts de la dette grecque » sur un compte bloqué. Mme Merkel, pour sa part, a expliqué que le « paiement des intérêts » serait réalisé « par l'intermédiaire d'un compte bloqué ».

Pour la presse allemande, il s'agit là d'une avancée considérable : « La Grèce devrait renoncer à sa souveraineté budgétaire », titrait le quotidien Süddeutsche Zeitung le 6 février.

En France, en revanche, la nouvelle est passée presque inaperçue.  « La nouvelle n'a pas bouleversé les marchés, les courtiers anglais ne m'ont pas alerté à ce sujet », a déclaré Nicolas Forest, responsable taux chez Dexia AM.

Contactés pour avoir plus de détails, les services du gouvernement allemand ont décidé de ne pas clarifier la proposition des deux dirigeants, mais ils ont confirmé que l'objectif était de renforcer la surveillance budgétaire de la Grèce.

Négociations difficiles

Le gouvernement grec peine à trouver un accord sur la réduction de l'ampleur de sa dette avec les investisseurs privés. Il tarde également à convaincre ses créanciers publics, à savoir les autres pays européens, de sa capacité à mettre en oeuvre les réformes exigées, dont la diminution du salaire minimum. Sans résultat tangible, les dirigeants européens pourraient refuser d'accorder à la Grèce le second renflouement de 130 milliards d'euros prévu en octobre 2011.

Hier (6 février), la sphère politique a commencé à bouger lorsque le gouvernement grec a annoncé un plan de licenciement de 15 000 employés. L'échec des négociations entre les partis politiques grecs d'une part et les créanciers privés d'autre part « serait inimaginable », a déclaré le président français.

Mme Merkel espère elle aussi que la Grèce restera dans la zone euro. M. Sarkozy a ajouté qu'il était confiant quant au succès des négociations. « Les éléments de l'accord n'ont jamais été aussi proches », a-t-il affirmé.

Harmonisation fiscale

Lors de ce sommet, les dirigeants franco-allemands ont également discuté des progrès réalisés en termes d'harmonisation fiscale et de la publication d'un livre vert sur la fiscalité des entreprises.

Selon M. Sarkozy, l'impôt sur les sociétés françaises devrait être adapté au modèle allemand via un élargissement de l'assiette et une baisse des taux en France. Ce projet pourrait être finalisé d'ici le 60e anniversaire du traité de l'Elysée en 2013, a laissé entendre la chancelière.

Le traité de l'Elysée est un accord bilatéral entre la France et l'Allemagne signé le 22 janvier 1963 par le chancelier allemand Konrad Adenauer et le président français Charles de Gaulle.

Attaques

La presse a demandé au président Sarkozy de commenter la déclaration du leader socialiste, François Hollande, en tête dans les sondages pour les élections présidentielles françaises de mai prochain, qui affirme qu'il renégociera le pacte budgétaire intergouvernemental s'il est élu.

M. Sarkozy a répondu que cet accord sur la discipline budgétaire qui serait signé en mars, était « un engagement d'Etat et non pas de politicien ».

Mme Merkel a acquiescé et expliqué qu'elle n'était pas d'accord avec la décision de son prédécesseur, Gerhard Schröder, d'entamer les négociations avec la Turquie, mais qu'elle avait dû la respecter.

M. Sarkozy n'a toutefois pas fait de commentaire sur la ratification du pacte budgétaire par le parlement français qui ne devrait pas avoir lieu avant les élections.