Le G20 laisse ouvert le débat sur la dévaluation des monnaies
Les Etats peuvent continuer à mener des politiques monétaires accommodantes, si leur objectif est de soutenir leurs économies nationales, conclut le communiqué du G20. Le risque de "guerre des monnaies" n'est pas écarté.
Les Etats peuvent continuer à mener des politiques monétaires accommodantes, si leur objectif est de soutenir leurs économies nationales, conclut le communiqué du G20. Le risque de « guerre des monnaies » n’est pas écarté.
Les pays du G20 ont promis, samedi 16 février, de ne pas favoriser la dépréciation de leurs monnaies dans le but de doper leurs exportations, mais il ne faut pas s’attendre à un retour au calme rapide sur le marché des changes.
Les annonces faites lors de la réunion ne permettent pas de garantir que les monnaies de ces 20 pays ne continueront pas de souffrir des injections massives de liquidités par les banques centrales, censées soutenir l’activité économique.
« Nous nous abstiendrons de procéder à des dévaluations compétitives », indique le communiqué publié à l’issue de la réunion des 20 pays, qui génèrent 85% du commerce mondial, à Moscou. « Nous ne poursuivrons pas d’objectifs de taux de change à des fins de concurrence, nous résisterons à toutes les formes de protectionnisme et nous maintiendrons nos marchés ouverts. »
« Guerre des monnaies »
Mais ce sont bel et bien les politiques monétaires ultra-accommodantes menées par la Réserve fédérale américaine ou la Banque du Japon afin de favoriser la croissance qui ont fait baisser le dollar et le yen ces derniers mois et alimentent l’essentiel des débats sur les risques de « guerre des monnaies ».
Cette situation ne risque pas de changer de sitôt, ce que n’ont pas manqué de souligner samedi la Chine et plusieurs autres pays émergents.
Le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, a déclaré vendredi que « les Etats-Unis utilisent des outils de politique intérieure pour atteindre des objectifs intérieurs ».
De même, Tokyo insiste sur le fait que l’engagement de la Banque du Japon à acheter des quantités illimitées d’emprunts d’Etat sur les marchés vise uniquement à faire sortir l’économie nippone de la récession. Et le G20 a admis que de telles politiques n’avaient rien de répréhensible.
Pourtant, une dévaluation, qu’elle soit délibérée et assumée ou qu’elle constitue l’effet collatéral d’une politique monétaire donnée, reste une dévaluation. La qualifier de « compétitive » ne fait que préciser l’intention qui la sous-tend.
« Difficile à évaluer »
Le ministre canadien des finances, Jim Flaherty, a ainsi reconnu qu’il était délicat de distinguer une politique monétaire visant strictement à soutenir l’économie nationale d’une politique ayant pour objectif de faire évoluer le taux de change. « C’est assez difficile à évaluer », a-t-il résumé.
Même si le Japon a souligné ces derniers jours n’être mis en cause ni par le communiqué du G7, ni par celui du G20, le pays reste bien le premier visé par les dernières déclarations, ont souligné des responsables d’autres pays sous couvert de l’anonymat.
Plus précisément, les déclarations de certains responsables nippons évoquant des objectifs précis de taux de change du yen ont irrité les partenaires du Japon.
« Le marché va considérer le communiqué du G20 comme un feu vert à ce qu’il est en train de faire, c’est à dire vendre du yen », explique Neil Mellor, stratège devises de Bank of New York Mellon à Londres. « Ne pas censurer le Japon signifie qu’il va pouvoir relancer la planche à billets. »
Pas de répit pour les émergents
Le texte du G20 n’offre donc aucun répit aux pays émergents, comme le Brésil, dont les taux d’intérêt relativement élevés attirent les capitaux issus de pays à taux faibles, comme les Etats-Unis. Une situation qui favorise l’appréciation de leur monnaie et pénalise leurs exportateurs.
Le vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), Vitor Constancio, a expliqué que l’engagement du G20 à éviter les dévaluations compétitives concernait surtout le rythme de l’évolution des taux de change.
« Cela vise avant tout à éviter des mouvements trop brusques du taux de change et une évolution du taux de change dans une seule direction, ce qui ne manquerait pas de susciter des interrogations et devrait être débattu », a-t-il dit lors d’une conférence de presse après la réunion.
Si les responsables du G20 ont minimisé le risque de « guerre des monnaies » -une expression que le Brésil n’a pas hésité à employer récemment-, certains s’attendent à ce que le sujet soit de nouveau à l’ordre du jour de prochaines réunions.