Le G20 sonne un nouveau départ pour l'agriculture mondiale

Les ministres de l'agriculture du G20 ont conclu un accord hier (23 juin) pour lutter contre la montée des prix des denrées alimentaires. Ils ont abouti à une décision qui n'est toutefois pas à la hauteur des propositions ambitieuses de la France vouées à renforcer la réglementation des marchés des matières premières. Un article d'EURACTIV France.

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Les ministres de l'agriculture du G20 ont conclu un accord hier (23 juin) pour lutter contre la montée des prix des denrées alimentaires. Ils ont abouti à une décision qui n'est toutefois pas à la hauteur des propositions ambitieuses de la France vouées à renforcer la réglementation des marchés des matières premières. Un article d'EURACTIV France.

C’est un baptême du feu pour l’agriculture. Pour la première fois, le domaine fait l’objet d’un accord international dans le cadre du G20. A la veille des discussions, le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire avait prévenu qu’il préfèrerait assumer un échec qu’un compromis a minima.

A l’issue des négociations, le ministre n’a pas fait dans la demi-mesure, saluant  "le tour de force" accompli par les participants. Son homologue américain Tom Vilsack s’est quant à lui félicité de cette "union historique".

L’ensemble des points défendus dans le plan français a tour à tour été abordé par les ministres de l’Agriculture des Vingt, dont les conclusions finales s’étendent sur une trentaine de pages.

  • Production agricole

Les chiffres ont sans cesse été martelés ces dernières semaines. D’ici 2050, la planète abritera 9 milliards d’individus. Les dirigeants s’accordent sur une "augmentation significative de la production et de la productivité agricoles". Le texte ne précise pas l’ampleur des montants à mobiliser pour faire croître de 70% la production agricole dans les quarante prochaines années.

Il encourage simplement  "les pays, les organisations internationales et le secteur privé" à investir plus largement dans l’agriculture des pays en développement. La plupart des pays africains n’accordent que  "5% de leurs budgets nationaux à l’agriculture, alors qu’il faudrait atteindre 10%", a signalé Jacques Diouf, directeur général des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

  • Transparence des stocks

Le sujet est épineux tant la Chine et l’Inde se montraient jusqu’ici rétives à l’idée de communiquer l’état de leurs stocks. Pendant les discussions, Pékin a pourtant jugé "la transparence utile", a relevé une source officielle. Le système d’information sur le marché agricole (Amis) devrait voir le jour, mais "il faudra du temps", a prévenu Bruno Le Maire. Certains pays, comme la France avec l’outil Agrimer, sont déjà avancés dans ce domaine. Mais d’autres Etats auront besoin de "coopération technique", a-t-il poursuivi.

Placée sous la houlette de la FAO, l’équipe en charge du système Amis collectera des données relatives à la consommation de produits agricoles, aux prévisions de production, aux niveaux de stocks etc.

Une première réunion aura lieu en septembre prochain pour discuter de la méthode statistique à adopter. Les données commenceront à être recueillies dès 2012 via un questionnaire mis en ligne sur Internet. Cet observatoire de l’activité agricole sera en outre complété par des informations obtenues grâce à un outil satellite. En cas de mauvaise récolte ou d’intempérie, les dirigeants souhaitent désormais se concerter dans le cadre d’un "forum d’action rapide" visant à éviter l’interruption brutale des échanges de denrées alimentaires.

S’il ne concerne que les Etats du G20, le système Amis a vocation à englober à terme tous les grands pays producteurs de céréales et d’oléagineux. A ce stade, aucun système de sanctions n’est prévu à l’encontre des autorités qui ne transmettraient pas les informations demandées. "Ce sont des Etats souverains dont les engagements sont librement pris", s’est borné à dire Jacques Diouf.

  • Régulation financière

La France en a fait son cheval de bataille et Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à multiplier les déclarations tapageuses ces derniers mois pour parvenir à ses fins. "Si un pays ne combat pas les mafias, doit-on renoncer à combattre les mafias ?", avait-il lâché le 14 mai devant un parterre de professionnels des marchés à Bruxelles.

Il ne faut rien attendre de concret dans les déclarations finales, mais force est de constater que la régulation ne résonne plus comme un tabou. "Nous reconnaissons que des marchés financiers agricoles régulés de façon appropriée sont essentiels", admettent les dirigeants. La simple mention d’éventuelles "limites de positions" qui plafonneraient la capacité d’acquisition des investisseurs, résonne comme une victoire pour Paris.

Reste à transformer l'intention en décision. La balle est désormais dans le camp des ministres des Finances, qui se réuniront dans le cadre du G20 en octobre prochain.

  • Commerce international

Les dirigeants s’accordent sur le besoin de régulation, tout en réitérant leur volonté de supprimer les entraves au libre-échange. "Il existe encore des barrières notables dans le commerce agricole international qu’il convient de réduire", exigent les dirigeants, appelant à supprimer les plus contestables. A savoir, celles qui frappent les "aliments achetés à des fins humanitaires et non-commerciales" par le Programme alimentaire mondial des Nations-Unies (Pam) .

Cette déclaration, de nature politique, pourrait devenir contraignante si elle est entérinée dans le cadre de l’OMC.

  • « Réserves humanitaires »

Reste enfin la question non moins décisive des stocks, désormais qualifiés de "réserves humanitaires". Le dossier est loin d'être réglé. Interrogé par EURACTIV.fr, le Commissaire européen à l’Agriculture Dacian Ciolos a répertorié les points qui restent en suspens : "Où fait-on ces stocks ? Qui les paie ? Qui les gère ? Dans quelles conditions les déclenche-t-on ? Comment coordonne-t-on l'utilisation de ces stocks avec le commerce international ?"

Là encore, le sujet est renvoyé à plus tard. Dans un premier temps, une étude sera confiée au Pam, un projet-pilote pourrait ensuite voir le jour. La décision finale reviendra aux chefs d’Etat, signale une source présente sur place.

  • Biocarburants

Très médiatisée, la question des biocarburants n'a pas été tranchée. Réaction typique, les ministres réclament une "étude d'impact" des agrocarburants sur la production agricole. La position américaine est plus franche : "Le développement de biofuels nouvelle génération aidera à compenser l'instabilité du marché de l'énergie", estime Washington dans sa déclaration.

En l’espace de deux jours, les lignes ont sans aucun doute bougé. "Est-ce qu’on a atteint notre but ? Non. Il faut poursuivre notre action", a insisté Robert Zoellig, directeur de la Banque Mondiale. C’est la leçon principale de ce sommet, qui ne marque pas un aboutissement mais bien un nouveau départ pour l’agriculture mondiale.

Marie Herbet