Le Green Brief : la biomasse en Europe, ce dilemme cornélien

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Alors que la crise énergétique frappe les économies des consommateurs et accélère l’inflation, l’Union européenne se tourne en partie vers la biomasse pour remplacer les importations de gaz russe.

Dans le cadre du plan REPowerEU présenté en mai, la Commission européenne s’est fixée pour objectif de faire passer la production nationale de biométhane à 35 milliards de mètres cubes (bcm) d’ici à 2030, par rapport aux quelque 3 bcm actuels.

Au début du mois, la Commission européenne a entamé le processus en lançant un nouveau Partenariat industriel pour le biométhane (PIB) afin d’augmenter la production le plus rapidement possible.

« L’Europe dispose d’un énorme potentiel pour la production de biométhane », a déclaré Frans Timmermans, vice-président de la Commission et chargé du Pacte vert pour l’Europe.

« Avec le biométhane, nous pouvons remplacer le gaz fossile en provenance de Russie par du gaz domestique, durable et renouvelable », a-t-il ajouté, précisant que cela apporte également de nouvelles opportunités économiques pour les zones rurales.

Le secteur du biogaz est prêt à atteindre l’objectif de 2030, mais il estime que cela nécessite «70 à 80 milliards d’euros d’investissements », ainsi qu’un engagement des décideurs politiques à réduire les obstacles à l’investissement, à la production et à l’utilisation du biométhane.

Pourtant, la Commission elle-même doute que l’Europe puisse produire des quantités suffisantes de biomasse pour atteindre tous les objectifs de l’UE, sans détruire l’environnement dans le même temps.

La semaine dernière, EURACTIV a pu s’entretenir avec un haut fonctionnaire de la direction de la recherche et de l’innovation de la Commission. Celui-ci a déclaré que le potentiel d’augmentation de la production durable de biomasse « est limité par des facteurs écologiques tels que la nécessité de protéger la biodiversité et de maintenir les puits de carbone de l’Europe », c’est-à-dire les forêts qui absorbent le CO2 lorsque les arbres poussent.

« Des études suggèrent que l’écart entre la demande potentielle de biomasse et son approvisionnement durable peut atteindre 40 à 70 % » d’ici à 2050, selon les scénarios, a déclaré John Bell, directeur du programme « Planète Saine » de la DG Recherche et Innovation de la Commission européenne.

La demande de biomasse durable étant en hausse, des choix difficiles doivent être faits, puisque certaines utilisations de la biomasse sont privilégiées par rapport à d’autres.

Selon le principe dit « en cascade », la biomasse ligneuse devrait en théorie être utilisée en priorité là où elle apporte la plus grande valeur économique, à savoir, dans l’ordre : 1) les produits à base de bois, 2) l’extension de leur durée de vie, 3) la réutilisation, 4) le recyclage, 5) la bioénergie et 6) l’élimination.

Mais la mise en pratique du principe en cascade impliquera des compromis difficiles.

Selon M. Bell, les régulateurs de l’UE peuvent dans un premier temps « au moins empêcher les incitations financières perverses à brûler cette biomasse forestière dont la qualité justifierait l’utilisation ailleurs ».

Au Parlement européen, les législateurs sont d’accord. Le mois dernier, ils se sont ralliés à l’idée de mettre un terme aux subventions accordées à la bioénergie — la combustion de la biomasse pour la production d’électricité — dans le cadre d’un vote sur la directive révisée de l’UE sur les énergies renouvelables.

Il en va de même pour les biocarburants, selon M. Bell, qui estime que « seuls les biocarburants avancés doivent être privilégiés », et non ceux de la première génération, qui entrent en concurrence directe avec les cultures alimentaires destinées à la consommation humaine.

Autrement dit, la Commission semble croire qu’il existe des utilisations économiques plus intéressantes pour la biomasse, comme le remplacement du pétrole et du gaz dans la fabrication de plastiques ou de produits chimiques.

Pourtant, les groupes environnementaux doutent que l’UE puisse atteindre son objectif de 35 milliards de mètres cubes uniquement avec de la biomasse durable.

« Dans ce rapport, nous prévoyons qu’en 2030 sera disponible un maximum absolu de 18 milliards de m3 de biométhane qui pourrait potentiellement être produit à partir de déchets et de résidus. Mais la majeure partie de ce volume coûte trop cher pour être réaliste, même avec des subventions élevées », a déclaré Chelsea Baldino de l’International Council on Clean Transportation (ICCT), un groupe de pression écologiste.

Le plan REPowerEU indique que la production de biométhane durable « devrait être basée sur les déchets, en évitant l’utilisation de denrées alimentaires et de matières premières pour l’alimentation animale qui entraîneraient des problèmes de changement d’affectation des sols ». D’ici 2024, les pays de l’UE devront également collecter séparément les déchets organiques, qui pourront être valorisés dans des digesteurs anaérobies, ajoute l’exécutif européen.

Chelsea Baldino, de l’ICCT, estime toutefois que la disponibilité de la biomasse durable sera limitée en raison des utilisations concurrentes d’autres secteurs, comme l’aviation, qui ne peuvent pas compter sur l’électrification pour se décarboner à ce stade et qui misent sur les biocarburants avancés pour atteindre leurs objectifs de décarbonation.

Où qu’elle se tourne, l’UE est confrontée aux « limites écologiques » de la biomasse. Au lieu d’attendre de se heurter à un mur, elle devrait affronter le problème de front et décider dès maintenant des priorités d’utilisation.

– Frédéric Simon

Les principales actualités de la semaine :

Plus d’actualités :

L’actualité en bref

Le programme de travail de la Commission pour 2023. Mardi (18 octobre), la Commission européenne a publié son programme de travail pour 2023, avec trois initiatives en particulier :

  • Une réforme du marché de l’électricité de l’UE : prévue pour le premier trimestre ;
  • La création d’une banque européenne de l’hydrogène, annoncée par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans son discours sur l’état de l’Union : prévue pour le troisième trimestre ;
  • Une révision « ciblée » du règlement REACH sur les produits chimiques : prévue pour le quatrième trimestre.

Le groupe environnemental ClientEarth s’est dit consterné par le retard pris par REACH, qui était initialement attendu pour mars 2023 au plus tard.

« Ce retard est l’un des plus grands scandales réglementaires de l’histoire récente de l’UE », a déclaré Apolline Roger, qui dirige les campagnes de sensibilisation de ClientEarth sur les produits chimiques. Selon elle, la publication tardive de la proposition signifie qu’un accord sur la réforme sera impossible avant les prochaines élections. Cliquez ici pour télécharger le programme de travail de la Commission pour 2023. Annexe avec tableau des initiatives clés ici.

(Frédéric Simon | EURACTIV.com).

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Le plan d’action de l’UE pour numériser le secteur de l’énergie. La Commission européenne a adopté mardi (18 octobre) un plan d’action visant à accélérer la numérisation du secteur de l’énergie dans le but de stimuler l’efficacité énergétique et de faciliter l’intégration des énergies renouvelables dans le réseau électrique.

Les transitions numérique et écologique « sont deux priorités centrales de cette Commission et vont de pair », a déclaré Kadri Simson, commissaire européenne à l’Énergie. « L’objectif est de rendre notre système énergétique plus efficace et prêt à accueillir une part croissante de sources d’énergie renouvelable. Pour cela, nous avons besoin de solutions numériques plus innovantes et d’un réseau beaucoup plus intelligent et interactif qu’aujourd’hui », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

Les initiatives principales comprennent la création d’un espace européen commun de données sur l’énergie, des mesures visant à contrôler la consommation d’énergie du secteur des TIC et le renforcement de la cybersécurité des réseaux énergétiques. Tous les documents sont accessibles ici : Plan d’action de la Commission, document de travail, communiqué de presse et questions-réponses.

(Frédéric Simon | EURACTIV.com)

Nos évènements

24 OCTOBRE. Le chauffage urbain dans l’UE – que nous réserve l’avenir ? Participez à cette conférence virtuelle d’EURACTIV pour discuter de l’avenir du chauffage urbain dans l’Union européenne, compte tenu de la guerre en Ukraine.

Programme et inscription ici. (Soutenu par PGE Polska Grupa Energetyczna).

25 OCTOBRE. Quel est l’avenir du secteur énergétique de l’UE  ? Atteindre la neutralité climatique est un grand défi pour l’Union européenne dans son ensemble et pour chaque État membre. Le secteur européen de l’énergie est à la croisée des chemins. Participez à cette Conférence hybride organisée par EURACTIV pour discuter de son avenir.

Programme et inscription ici. (Soutenu par l’Association polonaise de l’électricité PKEE).

27 OCTOBRE. Comment augmenter la production d’hydrogène et accélérer la transition de l’industrie sidérurgique, tout en traversant une crise énergétique sans précédent  ? Participez à cette conférence hybride organisée par EURACTIV pour discuter de la manière d’accélérer la production d’hydrogène et la transition de l’industrie sidérurgique dans le contexte actuel marqué par une crise énergétique inédite. Parmi les intervenants, retrouvez l’eurodéputé Jens Geier, rapporteur de la directive relative à l’hydrogène et au gaz, ainsi que d’autres participants qui seront bientôt annoncés.

Programme et inscription ici. (Soutenu par Eurofer).

7 DÉCEMBRE. Transition énergétique de l’UE — quel rôle pour les matières premières critiques  ? En collaboration avec les parties prenantes concernées, la Commission européenne travaille sur différents plans d’action et initiatives pour traiter les matières premières critiques dans les chaînes d’approvisionnement. Une révision de la liste des matières premières critiques en vigueur est attendue à la fin de l’année. Participez à cette conférence organisée en ligne par EURACTIV pour discuter du rôle des matières premières critiques pour garantir une transition énergétique rapide et ambitieuse à travers l’Europe.

Programme et inscription ici. (Soutenu par Nickel Institute).

Agenda

OCTOBRE

  • 20—21 OCTOBRE. Conseil européen.
  • 24 OCTOBRE. Conseil «  Environnement  ».
  • 25 OCTOBRE. Conseil «  Énergie  ».
  • 26 OCTOBRE. Paquet «  zéro pollution  » :
    • Gestion intégrée de l’eau — listes révisées des polluants des eaux de surface et des eaux souterraines.
    • Révision de la législation européenne sur la qualité de l’air ambiant
    • Révision de la directive sur le traitement des eaux résiduaires urbaines Révision du règlement sur la classification, l’étiquetage et l’emballage des produits chimiques

NOVEMBRE

  • 6—18 NOVEMBRE. Conférence sur le changement climatique de Sharm el-Sheikh (COP27).
  • 9 NOVEMBRE. Développement de normes d’émission post-Euro 6/VI pour les voitures, les camionnettes, les camions et les bus.
  • 9 NOVEMBRE. Deuxième cycle de négociations du trilogue sur la législation européenne relative à la déforestation.
  • 14—25 NOVEMBRE. Conférence des Parties — CITES, Panama (COP19).
  • 15—16 NOVEMBRE. Réunion du G20.
  • 30 NOVEMBRE. Paquet économie circulaire 2 :
    • Proposition de règlement relatif à la justification des allégations environnementales au moyen des méthodes d’empreinte environnementale de produit/organisation (allégations vertes)
    • Cadre politique pour les plastiques biosourcés, biodégradables et compostables
    • Révision de la directive sur les emballages et les déchets d’emballages pour renforcer les exigences essentielles en matière d’emballages et établir des mesures et des objectifs de prévention des déchets d’emballages au niveau de l’UE
    • Mesures visant à réduire la libération de microplastiques dans l’environnement
    • Consommation durable des biens — promouvoir la réparation et la réutilisation (le droit à la réparation)

DÉCEMBRE

  • 5—17 DÉCEMBRE. Conférence des Nations Unies sur la biodiversité (COP15) à Montréal, Canada.
  • 15—16 DÉCEMBRE. Conseil européen.
  • 19 DÉCEMBRE. Conseil «  Transports, Télécommunications et Énergie  » (Énergie).
  • 20 DÉCEMBRE. Conseil « Environnement ».