Le "gros loupé" diplomatique de l’Espagne sur le rachat de dette

Sous la pression de la France et de l’Italie, Madrid a été contrainte de retirer un communiqué de presse soi-disant commun aux trois pays et demandant l’application immédiate de l’accord du dernier Conseil européen.

EURACTIV.fr
6094266d276970280d431ee6e814afc0.jpg
6094266d276970280d431ee6e814afc0.jpg

Sous la pression de la France et de l’Italie, Madrid a été contrainte de retirer un communiqué de presse soi-disant commun aux trois pays et demandant l’application immédiate de l’accord du dernier Conseil européen.

Aux alentours de 15 heures, mardi 24 juillet, l’Espagne a diffusé un communiqué de presse intitulé « l’Espagne, la France et l’Italie exigent l’application de l’accord du dernier Conseil européen ». 

Le secrétaire d’État espagnol à l’Union européenne Inigo Mendez de Vigo, le ministre français des Affaires européennes Bernard Cazeneuve et le ministre italien des Affaires européennes Moavero Milanesi, réunis en conseil Affaires générales à Bruxelles le 24 juillet ont demandé l’application immédiate des décisions du Conseil européen des 28 et 29 juin, précise le texte du communiqué. 

En l’occurrence, l’Espagne vise l’accord arraché entre autres à l’Allemagne, aux Pays-Bas et à la Finlande, toujours notés triple A, selon lequel le Fonds européen de stabilité doit pouvoir être utilisé de façon « flexible ». Il s’agit de soulager les États en difficulté, qui auraient procédé à des réformes structurelles. C’est-à-dire, dans l’esprit de l’Espagne et de l’Italie, permettre au FESF d’acheter de la dette de ces États sur les marchés secondaires. 

Depuis le début, la Finlande s’oppose à l’application de l’accord et les Pays-Bas ont également émis des réserves. Quant à l’Allemagne, elle martèle le besoin de conditionnalités.

Selon le communiqué du ministère espagnol, le Danemark, qui assurait la présidence de l’UE jusqu’au 30 juin et l’Irlande, qui prendra la tête du Conseil de l’UE le 1er janvier 2013, ont également « appuyé » les interventions de Madrid, Paris et Rome. 

Capture d’écran du texte du communiqué diffusé sur twitter par @jjmevel (Le Figaro)

Rapidement après sa publication, le texte a suscité de nombreuses interrogations sur le réseau social twitter, ou les journalistes spécialistes des affaires européennes se sont interrogés sur la véracité du communiqué, les mots utilisés n’étant pas ceux, habituellement plus policés, de la diplomatie. 

« Stupéfaction »

Trois heures plus tard, l’Italie a indiqué sa « stupéfaction » et la France, par la voix de Bernard Cazeneuve, a démenti. « Il n’y a pas eu de démarche commune avec l’Italie et l’Espagne. Je n’ai pas demandé d’application immédiate des accords. Cela n’a aucun sens d’affirmer cela. On suit les décisions prises au sommet européen et on travaille dessus », a-t-il affirmé selon l’AFP.

Sous la pression de Paris et Rome, Madrid a d’ailleurs retiré le communiqué de son site internet, aux alentours de 18 heures. 

La diplomatie espagnole a-t-elle commis « un gros loupé », selon les termes utilisés par un diplomate français interrogé par EURACTIV.fr ? S’agissait-il de propos tenus pendant la réunion des ministres des Affaires européennes le même jour et rendus publics par l’Espagne, sans validation de ses partenaires ? 

Quoi qu’il en soit, les pays censés soutenir l’Espagne n’ont pas apprécié la méthode. « Sur le fond, bien sûr nous sommes pour une mise en oeuvre rapide de l’accord du Conseil européen », ajoute la même source. Mais « on ne peut pas nous faire dire ce que nous n’avons pas dit. »

Taux d’emprunts espagnols à 10 ans à 7,6%

En général, un texte cosigné par plusieurs pays est corrigé de nombreuses fois, jusqu’à ce que la dernière version convienne à chaque partie, tous les mots étant soupesés. En l’occurrence, aucun texte n’était en préparation, indique cette même source. Les termes « exiger » et « immédiats », forts en langage diplomatique, ont par ailleurs choqué. « Ce n’est pas comme cela qu’on parle ».

Depuis quelques semaines, la panique gagne l’Espagne. A la clôture de la bourse, son taux d’emprunt à 10 ans dépassait 7,6%.

Mercredi 25 juillet, le ministre de l’Économie Pierre Moscovici rencontre son homologue espagnol Luis de Guindos.