Le groupe de Nigel Farage fait naufrage au Parlement européen

Le groupe parlementaire eurosceptique de Nigel Farage a été dissout jeudi 16 octobre après le départ surprise de l’eurodéputée Iveta Grigule. Sans la Lettone, le groupe n’atteint plus le minimum de représentation de sept États membres. 

EURACTIV.com
Nigel Farage. Parlement européen, 2 juillet. [Parlement européen/Flickr]
Nigel Farage. Parlement européen, 2 juillet. [Parlement européen/Flickr]

Le groupe parlementaire eurosceptique de Nigel Farage a été dissout jeudi 16 octobre après le départ surprise de l’eurodéputée Iveta Grigule. Sans la Lettone, le groupe n’atteint plus le minimum de représentation de sept États membres. 

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». La citation du poète français Alphonse de Lamartine s’est douloureusement vérifiée le 16 octobre pour Nigel Farage au Parlement européen.

Le groupe eurosceptique Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD) mené par l’eurodéputé britannique vient de perdre un de ses membres, l’eurodéputée lettone Iveta Grigule a officiellement quitté le groupe parlementaire le 16 octobre.

Un départ inattendu qui a laissé le groupe EFDD en dessous du quota requis de 7 nationalités pour pouvoir constituer un groupe politique au Parlement européen.

Dissolution surprise

Selon le règlement du Parlement, les groupes politiques doivent avoir au moins 25 membres, mais c’est le nombre d’États représentés qui a fait couler le groupe EFDD. En effet, sans l’eurodéputée lettone, six pays seulement étaient représentés dans le groupe.

James Duch, le porte-parole et directeur des médias du Parlement a confirmé la nouvelle sur Twitter : « L’eurodéputée lettone Iveta Grigule a quitté le groupe EFDD aujourd’hui. L’EFDD n’a donc plus de membres de 7 pays et a été dissout. »

Dans une déclaration, l’ancien groupe parlementaire annonce qu’Iveta  Grigule a écrit sa lettre de démission ce matin dans le bureau du président du Parlement européen, Martin Schulz, et en avait ensuite averti la Conférence des présidents.

Accusation de chantage

Mais selon Nigel Farage, le départ de la Lettone et l’effondrement d’EFDD ne se sont pas faits tout seuls.  

Iveta Grigul « a confié au Secrétaire général du Groupe EFDD que le président du PPE, Manfred Weber et celui du Parlement européen, Martin Schulz, lui ont affirmé qu’elle devait démissionner du groupe si elle souhaitait obtenir la présidence de la délégation chargée des relations avec le Kazakhstan » souligne le groupe dans un communiqué.

>>Lire : Le groupe de Nigel Farage de nouveau écarté des postes clés au Parlement européen

Contacté par EURACTIV, le cabinet du Président du Parlement européen Martin Schulz a démenti cette information. « Martin Schulz a rencontré l’eurodéputée hier, à sa demande, et elle l’a informé lors de cette rencontre de son intention de quitter son groupe parlementaire », résume un porte-parole. « Martin Schulz n’a bien évidemment rien fait pour la pousser à prendre cette décision » a-t-il affirmé.

La règle du boycott

Dans les faits, il aurait cependant été difficile pour l’eurodéputé d’obtenir la présidence de délégation convoitée en restant membre du groupe de Nigel Farage et de Beppe Grillo. En effet, les eurodéputés EFDD ont été systématiquement étant écartés des potentielles nominations aux postes de président ou de vice-président de délégations et des commissions parlementaires.

>>Lire : Le groupe de Nigel Farage privé de postes au Parlement européen

Lors d’une première vague de nomination qui s’est déroulée en début de semaine, les candidatures des membres d’EFDD ont été systématiquement rejetées par les eurodéputés des grandes familles politiques pro-européennes, dérogeant ainsi à la pratique du système d’Hondt qui répartit les postes à responsabilité entre les différents groupes en fonction du nombre d’élus.

Ainsi, 4 eurodéputés EFDD se sont vus écartés de postes clés au sein des délégations pour les relations avec le Parlement panafricain, avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, le Monténégro et avec les pays du Maghreb.

>>Lire : Les Verts soutiennent Farage dans la bataille des postes au Parlement européen

En juillet, le groupe de Nigel Farage avait aussi été empêché par les groupes pro-européens de gagner la présidence de la commission des pétitions. Les Verts, qui s’opposent pourtant régulièrement aux eurosceptiques au Parlement sur le contenu des politiques, ont soutenu le EFDD dans cette affaire, estimant qu’on leur refusait une présidence qui leur revenait de droit.

Influence en berne

L’influence du groupe eurosceptique au Parlement européen avait pourtant progressé après les élections européennes de mai dernier. Depuis juin, le groupe comptait 48 membres, c’est-à-dire 17 de plus que lors de la précédente mandature. .

Le groupe dominé par les eurodéputés britanniques de l’UKIP de Nigel Farage  et les Italiens du Mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo  avait réussi à atteindre le quota de 7 nationalités en complétant ses rangs avec des élus tchèques (le Parti des citoyens libres), polonais (Parti droit et justice),  suédois (les Démocrates suédois) et même  français (Joëlle Bergeron, députée indépendante),  jusqu’à aujourd’hui de Lettonie avec Iveta Gritule (Syndicat des agriculteurs lettons).

L’effondrement du groupe de l’UKIP pourrait cependant faire des heureux. Le Front national, qui avait échoué après les élections européennes à former un groupe parlementaire faute d’alliés, pourrait partir à la chasse aux eurodéputés, maintenant non-inscrit, d’EFDD.

« Cela change forcément la donne pour nous, car Nigel Farage avait constitué son groupe politique uniquement pour nous empêcher de former le nôtre » rappelle une source au FN.