Le groupe pro-nucléaire au Parlement européen mis sous pression pour ouvrir ses portes aux élus d’extrême droite

En demandant mardi 15 octobre à rejoindre le groupe europarlementaire informel sur le nucléaire, les députés du groupe d’extrême droite Patriotes pour l’Europe (PfE) avancent leurs agendas nationaux et mettent sous pression son président Christophe Grudler (Renew).

EURACTIV
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A gauche, Alksandar Nikolic (PfE, RN), à droite, Annamária Vicsek, (PfE, Fidesz), en délégation la réunion constitutive de la commission parlementaire de stabilisation et d'association UE-Serbie, 3 octobre, Bruxelles.

En demandant mardi 15 octobre à rejoindre le groupe europarlementaire informel sur le nucléaire, les députés du groupe d’extrême droite Patriotes pour l’Europe (PfE) avancent leurs agendas nationaux et mettent sous pression son président Christophe Grudler (Renew). 

La lettre, rendue publique mardi 15 octobre au soir, a été rédigée par l’eurodéputé Rassemblement national (RN, PfE) Aleksandar Nikolic et destinée à son homologue Renew, Christophe Grudler.

Leur doléance est simple : « une invitation à rejoindre l’intergroupe informel » sur le nucléaire que l’élu centriste préside, peut-on lire dans la lettre signée par une trentaine de membres du groupe d’extrême droite PfE, co-présidé par le RN de Jordan Bardella et le Fidesz du Premier ministre hongrois, Viktor Orban.

Crée début 2021 par Christophe Grudler, le « groupe de réflexion sur l’énergie nucléaire » est de plus en plus influent et compte désormais environ 120 eurodéputés favorables au nucléaire et issus des quatre coins de l’UE et des groupes socialistes (S&D), libéraux (Renew), conservateurs (PPE) et ultra-conservateurs (CRE). Aucun n’est toutefois membre du PfE.

Il faut dire qu’aucun membre du groupe ni de son prédécesseur, Identité et démocratie (ID), n’a jamais demandé à faire partie de ce groupe… Jusqu’à aujourd’hui.

Christophe Grudler sur le grill

Sur le papier, il n’y a pas besoin de faire de demande particulière pour intégrer le groupe.

« Les réunions sont régies par le règlement intérieur du Parlement européen, et, comme pour toutes les réunions des commissions spécialisées, elles sont ouvertes à tous les membres du Parlement », confie une source chez Renew.

En filigrane, cela signifie que même s’ils ne prennent pas part aux décisions, les membres du PfE peuvent donc assister aux réunions. Par conséquent, la lettre est un « non-évènement », plaide-t-on chez Renew.

N’en reste pas moins que Christophe Grudler est pris entre deux feux.

« Le nucléaire dépasse les clivages », écrit Aleksandar Nikolic, certes. Néanmoins, l’intégration effective d’eurodéputés des PfE dans le groupe pourrait pousser ceux du S&D à quitter ce même groupe, craint-on chez Renew.

À l’inverse, leur refuser l’accès de façon brutale pourrait refroidir les membres du groupe CRE, complète-t-on. Au jeudi 17 octobre, Alksandar Nikolic confie à Euractiv ne pas avoir eu de contact avec des élus CRE sur ce sujet.

Opération « nationalisation de la dispute »

Plus encore, refuser l’accès du groupe aux élus des PfE, qui « représentent des millions d’électeurs », peut-on lire dans la lettre, serait anti-démocratique. Et si Christophe Grudler persiste, le RN pourrait insister sur cet aspect.

« Vous faites comprendre [aux électeurs du RN] que les députés [membres du parti] d’Emmanuel Macron sont des gens qui ne [les] respectent pas, car ils ne veulent pas [du RN] dans un intergroupe théoriquement ouvert à tous », explique une source au PfE à Euractiv.

Selon Aleksandar Nikolic, il est également anormal que le groupe d’eurodéputés pro-nucléaires accepte des membres du groupe des S&D, majoritairement anti-nucléaire, tout en refusant ceux des PfE, majoritairement pro-nucléaires.

« À l’heure où le gouvernement [français] envisage d’augmenter les taxes sur l’énergie, nous souhaitons rendre public ce double discours des macronistes », conclut-il.

Timing parfait

En outre, le timing d’envoi de la lettre est bien trouvé.

Quelques heures auparavant seulement, la ministre française de l’Écologie et de l’Énergie, Agnès Pannier-Runacher, annonçait qu’une réunion « inédite » entre les États membres de l’Alliance du nucléaire et les membres de l’intergroupe aura lieu avant la fin de l’année. Rien ne puisse davantage légitimer le « groupe de réflexion sur l’énergie nucléaire ».

« Publier la lettre dans la foulée n’était pas intentionnel, mais cela tombe bien », confirme Aleksandar Nikolic.

Mis sous pression, Christophe Grudler devrait rencontrer tôt ou tard Aleksandar Nikolic.

Ce dernier souhaiterait plutôt une rencontre formelle, en marge de la prochaine session plénière du Parlement européen, prévue à partir du 21 octobre, par exemple.

Chez Renew, on suggère qu’une « explication » en marge d’une réunion de la commission parlementaire Énergie et Industrie, dont les deux Français sont membres, suffirait. La prochaine réunion de la commission est prévue courant décembre.