« Le Hamas ou nous » : un ancien vice-président de la Commission appelle la Turquie à faire un choix

Margaritis Schinas a affirmé que les tensions actuelles avec l'Iran mettaient la Turquie dans une situation « embarrassante »

/ EURACTIV.com
Margaritis Schinas, ancien vice-président de la Commission européenne. [Photo : Sarantis Michalopoulos | Euractiv]

L’ex-vice-président de la Commission européenne, Margaritis Schinas, a déclaré à Euractiv dans une interview exclusive que la Turquie doit choisir : soutenir le Hamas, organisation terroriste désignée comme telle par l’UE, ou se ranger du côté de l’Europe.

Les propos de l’ancien commissaire grec interviennent dans un contexte d’escalade des tensions au Moyen-Orient et de questions croissantes sur le rôle régional de la Turquie, alors que la Méditerranée orientale subit une pression croissante due à la guerre en Iran.

Schinas – qui a également occupé le poste de porte-parole en chef de l’ancien président de la Commission, Jean-Claude Juncker – a estimé que la situation actuelle mettait la Turquie dans une position « embarrassante ». Il a cité les nombreuses photos du président turc Recep Tayyip Erdoğan aux côtés du défunt guide suprême iranien Ali Khamenei et des dirigeants du Hamas comme raisons de la position délicate de la Turquie.

Erdoğan a toujours qualifié le Hamas, un groupe militant basé à Gaza et soutenu par le régime iranien, de « mouvement de libération », tout en s’opposant aux actions américano-israéliennes contre l’Iran.

Dans le même temps, le resserrement de la coopération régionale entre la Grèce et Israël a suscité des inquiétudes en matière de sécurité à Ankara.

Ankara et Téhéran partagent les mêmes horizons

Les responsables turcs ont quant à eux laissé entendre qu’Ankara et Téhéran étaient des alliés. Devlet Bahçeli, chef du Parti d’action nationaliste (MHP), partenaire de coalition d’Erdoğan, a déclaré cette semaine que « l’horizon d’Ankara et de Téhéran s’étendait dans la même direction ».

Schinas a fait valoir que la Turquie, membre de l’OTAN, « doit » à l’Europe une réponse claire quant à savoir si elle se range du côté du « Hamas ou du nôtre ».

« Ils doivent être en mesure de nous dire où ils se situent. S’ils sont avec nous, la voie est plus claire. S’ils sont avec eux, je ne suis pas sûr qu’ils souhaitent être avec eux », a-t-il expliqué.

L’ancien responsable européen a laissé entendre qu’Ankara cherchait à se positionner comme un acteur clé entre le monde islamique et l’Occident, mais il a averti qu’un tel rôle pourrait ne pas être tenable compte tenu de la dynamique régionale actuelle.

La Turquie est candidate à l’adhésion à l’UE depuis plus de 25 ans, sans avoir réalisé de progrès tangibles. Tout récemment, Ankara n’a pas pu participer pleinement au mécanisme de défense européen « Security Action for Europe » (SAFE) en raison de l’opposition de la Grèce, avec laquelle elle entretient des différends maritimes de longue date en mer Égée et au sujet du nord de Chypre, contrôlé par la Turquie.

Ankara s’inquiète de la mobilisation militaire de l’UE 

Le récent déploiement de forces de l’UE autour de Chypre, visant à protéger l’île contre d’éventuelles attaques impliquant l’Iran et le Hezbollah basé au Liban, a suscité des critiques de la part de la Turquie.

Le porte-parole du parti au pouvoir, l’AKP, Ömer Çelik, a qualifié mardi cette initiative de « grave erreur ».

Dans le même temps, la Grèce a envoyé quatre avions de combat F-16 et deux frégates à Chypre et a déployé un système de défense aérienne Patriot sur l’île de Karpathos, près de la Turquie.

Ankara a réagi en envoyant six F-16 dans les territoires du nord de Chypre occupés par la Turquie et a accusé la Grèce de violer les traités internationaux en « militarisant » ses îles.

La Turquie a également considéré avec méfiance la coopération de la Grèce avec Israël dans le cadre du « Bouclier d’Achille », une initiative de défense aérienne à grande échelle.

Erdoğan, pour sa part, a vivement critiqué Israël, affirmant que ses actions – de Gaza au Yémen et au Liban, et plus récemment en Iran – ne sont pas motivées « uniquement par des préoccupations sécuritaires », mais s’inscrivent dans une stratégie de destruction plus large et progressive.

(cm, cs)