Le leader du SPD accusé d’être "bras dessus, bras dessous" avec Hollande
La chancelière Angela Merkel veut mettre les bouchées doubles pour ratifier le pacte budgétaire d’ici juin. Mais l’opposition allemande s’efforce de contrecarrer ce plan.
La chancelière Angela Merkel veut mettre les bouchées doubles pour ratifier le pacte budgétaire d’ici juin. Mais l’opposition allemande s’efforce de contrecarrer ce plan.
La chancelière s’est longtemps battue pour faire avaler cette pilule amère à ses partenaires européens. Mais sa bataille ne s’arrêtera pas là. Le pacte fiscal, qui oblige les États signataires à graver la discipline fiscale dans le marbre, est loin de faire l’unanimité dans son propre pays.
La chancelière sait à quoi s’en tenir : « Ne vous attendez pas à ce que l’approbation du pacte fiscal et du MES (mécanisme européen de stabilité, ndlr) tombe du ciel », lui a lancé Frank-Walter Steinmeier, président du groupe parlementaire du SPD et ancien ministre des Finances lors d’un débat au Bundestag, jeudi 29 mars.
Le gouvernement allemand a besoin du soutien de l’opposition pour la ratification du pacte budgétaire. Il ne dispose pas, seul, de la majorité des deux tiers requise dans les deux chambres du Parlement, le Bundestag et le Bundesrat.
Les sociaux-démocrates allemands, dans l’opposition depuis les dernières élections législatives de 2009, ne s’opposent pas de manière générale au pacte budgétaire. Mais ils considèrent que la discipline budgétaire ne suffira pas à sortir l’Europe de la crise.
Repousser le vote
« Des économies seules, dépourvues de toute imagination, ne créeront pas de croissance », a ainsi déclaré M. Steinmeier au Bundestag. Le pacte budgétaire doit être complété par des initiatives porteuses de croissance, réclament les sociaux-démocrates. Pour les financer, le SPD propose de mobiliser davantage les fonds structurels, de lancer des « project bonds » et d’introduire une taxe sur les transactions financières (TTF).
>>> Pour en savoir plus sur les project bonds, lire « Emprunts obligataires : les sénateurs restent sur leurs gardes«
Sur ce sujet, la coalition de la chancelière allemande se heurte à la fronde des libéraux, qui prônent une taxation de l’activité boursière, telle qu’elle existe en Grande-Bretagne.
Le SPD et les verts, de leur côté, veulent voter séparément le pacte budgétaire et le mécanisme permanent de sauvetage (MES). Ce dernier devrait selon eux être approuvé d’ici juin, et entrer en vigueur un mois plus tard. Le pacte fiscal, en revanche, devrait faire l’objet d’un examen parlementaire plus approfondi, a exigé un député écologiste, et ainsi être voté seulement en fin d’année.
« Bras dessus, bras dessous avec François Hollande »
Le secrétaire général de la CDU Hermann Gröhe a violemment critiqué la stratégie de l’opposition. « Bras dessus, bras dessous avec le socialiste français François Hollande, le président du SPD Gabriel ne poursuit qu’un seul objectif : repousser la mise en œuvre du pacte fiscal, l’assouplir et le faire échouer. C’est irresponsable », s’est-il offusqué à l’issue du débat.
>>> Lire « La pensée européenne de François Hollande revue et augmentée«
Ferme dans sa position, Sigmar Gabriel ne fait pas l’unanimité au sein de son propre parti. Le jourdu débat, le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung a révélé les divergences entre les dirigeants du SPD. Alors que M.Gabriel menace Angela Merkel de faire échouer le pacte budgétaire, si les conditions qu’il pose ne sont pas respectées, d’autres hauts responsables du parti semblent exclure un tel scénario et prônent une approche plus modérée.
Jusqu’à présent, Angela Merkel a toujours pu s’appuyer sur l’opposition pour faire adopter les plans de sauvetage européens.