Le Lituanien Andrius Kubilius nommé commissaire à la Défense pour réarmer le continent

Le Lituanien Andrius Kubilius a été désigné mardi 17 septembre au nouveau poste de commissaire à la Défense et à l’Espace de l’Union européenne (UE), un portefeuille central alors que Bruxelles cherche à se réarmer face à la menace russe.

/ Euractiv.com
9th European Economic Congress inauguration in Katowice
L'ancien Premier ministre lituanien Andrius Kubilius, assiste à l'inauguration du 9e Congrès économique européen à Katowice, en Pologne, le 10 mai 2017. [EPA/Andrzej Grygiel POLAND OUT]

Le Lituanien Andrius Kubilius a été désigné mardi 17 septembre au nouveau poste de commissaire à la Défense et à l’Espace de l’Union européenne (UE), un portefeuille central alors que Bruxelles cherche à se réarmer face à la menace russe. 

Ancien Premier ministre lituanien, Andrius Kubilius fut ces dernières années un membre actif de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, travaillant notamment sur les relations de l’Union européenne (UE) avec la Russie. Il a été réélu député européen lors des élections de juin 2024.

Selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, Andrius Kubilius « travaillera au développement de l’Union européenne de la défense et à la stimulation de nos investissements dans la capacité industrielle  [européenne] ».

Ces derniers mois, Vilnius espérait que le bilan d’Andrius Kubilius et la position claire de la Lituanie en faveur de l’Ukraine allaient lui permettre d’obtenir un portefeuille en rapport avec la politique étrangère.

Une tâche colossale

Au début de son précédent mandat, Ursula von der Leyen avait créé une nouvelle Direction générale – Défense, Industrie et Espace (DEFIS) -, afin de travailler sur la politique industrielle de défense de l’Union, à l’époque principalement axée sur la recherche et le développement.

La création de ce nouveau portefeuille intervient alors que la Russie a envahi le territoire ukrainien, et que la guerre a mis en évidence la pénurie chronique de munitions et d’équipements qui touche les armées européennes.

Le commissaire au marché intérieur Thierry Breton, en charge de l’Industrie de la défense durant cinq ans, s’était concentré sur le renforcement des achats conjoints d’armes, et avait oeuvré au renforcement des capacités de production militaires, afin de développer l’industrie de l’armement sur le continent.

La tâche d’Andrius Kubilius consistera à déterminer ce dont l’Union a réellement besoin pour renforcer ses capacités de défense, des informations généralement jalousement tenues secrètes par les États membres, qui considèrent qu’il s’agit de leur compétence nationale.

Il s’occupera également des négociations et de la mise en œuvre du nouveau Programme européen d’investissement dans le domaine de la défense (EDIP), un projet destiné à accroître les capacités de production, à créer des réserves et à encourager l’achat de produits fabriqués dans l’UE plutôt que dans des pays tiers.

Il devra par ailleurs trouver les ressources nécessaires à la montée en puissance de l’industrie européenne de la défense et mettre en oeuvre les dépenses militaires les plus importantes de l’UE depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les États de l’UE se sont engagés à dépenser davantage pour financer leur défense, mais les résultats de ces investissements ne sont pas encore visibles. De son côté, la Commission européenne étudie les moyens de financer ces projets, mais n’a pas encore présenté de propositions détaillées à ce sujet.

Un manque de clarté sur le portefeuille

Mais les domaines de compétences du commissaire à la Défense et à l’Espace restent encore à borner, pour ne pas empiéter sur ceux des autres commissaires.

La présidente de la Comission a parlé de « Défense », omettant l’aspect « Industrie ». Ce qui pourrait laisser entendre que le commissaire désigné pourrait passer outre les gouvernements nationaux et la cheffe de la diplomatie de l’UE.

De fait, l’étendue des responsabilités d’Andrius Kubilius reste vague, tout comme la répartition des tâches avec Kaja Kallas qui, conformément aux traités de l’UE, est responsable de la politique étrangère et de défense de l’Union.

À ce titre, cette dernière préside des forums intergouvernementaux tels que les conseils des ministres des Affaires étrangères et de la Défense et l’Agence européenne de défense (AED), qui sont à l’origine de l’élaboration des politiques dans le domaine.

Pour certains experts, cette nomination pourrait donc conduire à une lutte de compétences sur le long terme.

Selon le think tank belge European Policy Center (EPC), les tâches du commissaire ne pourront pas uniquement se concentrer sur la défense, mais couvrir quatre niveaux : « l’industrie, les investissements, les aspects sociétaux et structurels ».

Pour le Groupe Charlemagne, la défense reste cependant la tâche principale d’Andrius Kubilius. Même si comme le souligne le think tank Bruegel dans son mémo au nouveau commissaire, celui-ci « ne commande aucune armée ».

[Édité par Laurent Geslin]