Le ministre de l'énergie ukrainien s'inquiète d'une coupure de gaz

EXCLUSIF / La hausse des prix du gaz russe pourrait entraîner une rupture d'approvisionnement vers l'Europe. C'est ce qu'a expliqué le ministre ukrainien de l'énergie, Youri Prodan, lors d'un entretien avec EURACTIV.

EURACTIV.com
Yuriy Prodan: Regrets lack of progress
Yuriy Prodan: Regrets lack of progress

EXCLUSIF / La hausse des prix du gaz russe pourrait entraîner une rupture d’approvisionnement vers l’Europe. C’est ce qu’a expliqué le ministre ukrainien de l’énergie, Youri Prodan, lors d’un entretien avec EURACTIV.

Au début du mois d’avril, le prix du gaz russe est passé de 268,50 dollars à 485,5 dollars pour 1000 mètres cubes en Ukraine. Une envolée qui met le gaz russe au niveau le plus élevé d’Europe. Le ministre de l’énergie ukrainien, est venu rencontrer Günther Oettinger, le commissaire européen en charge de l’énergie, à ce sujet. EURACTIV l’a rencontré à cette occasion à Bruxelles.

Pas de crédit, pas de remboursement

En vertu de l’accord conclu avec les Russes en décembre 2013, Kiev payait jusqu’à présent 268 dollars pour 1000 mètres cubes. Une récompense pour le rapprochement de l’ancien président Viktor Ianoukovitch de Moscou plutôt que de Bruxelles. Les Ukrainiens bénéficiaient alors d’une réduction d’un tiers du prix négocié en 2009 par l’ancienne première ministre Ioulia Timochenko (400 dollars pour 1000 mètres cubes).

Mais d’après l’accord de décembre, la tarification de gaz doit être confirmée tous les trimestres.

Le gouvernement russe avait par ailleurs promis d’accorder un crédit de 15 milliards de dollars aux autorités ukrainiennes, mais seule la première tranchée a été virée.

« En 2014, la Russie a mis un terme à ce crédit. Si nous avions reçu la totalité de ce crédit, nous aurions pu régler nos dettes et nous serions en mesure de payer le gaz au prix de 268,5 dollars pour 1000 m3 », a expliqué le ministre en avançant que ce tarif devrait être conservé.

Youri Prodan a indiqué que son pays avait présenté une proposition au gouvernement russe fondé sur l’accord de 2013. Et qu’il s’était aussi engagé à rembourser régulièrement son dû si le prix du gaz était maintenu à ce niveau.

« Cela peut arriver à tout moment »

« Les raisons pour lesquelles la Russie n’applique pas ce tarif sont obscures. L’Ukraine estime donc qu’il s’agit d’une décision d’ordre politique », a-t-il déclaré.

Le premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, avait qualifié dans un discours la décision russe d’« agression économique ».

Le ministre de l’énergie va également dans ce sens :

« Si le prix n’est pas justifié, s’il est excessif et ne respecte pas les réalités du marché, il s’agit évidemment d’une agression économique. Après l’agression militaire [en Crimée], nous sommes dorénavant confrontés à une agression économique. Ce prix peut aboutir à une coupure de l’approvisionnement en gaz vers l’Ukraine, mais l’étape suivante est évidemment l’arrêt de l’approvisionnement en gaz vers l’Europe. »

EURACTIV lui a demandé de préciser quand cette coupure pourrait arriver, il a alors fait référence à la crise du gaz de 2009, qui a laissé certaines régions européennes sans gaz en plein milieu de l’hiver.

« Cela peut arriver à tout moment, comme ce fut le cas en 2009. Mais je tiens à répéter que nous avons présenté une proposition à la Russie et que nous sommes prêts à discuter sur la base de cette proposition. »

Les flux inversés, la solution?

Il a également déclaré avoir eu des « négociations très constructives avec le commissaire Oettinger », qui lui a assuré que l’UE était disposée à apporter du soutien à l’Ukraine pour l’approvisionnement de « flux inversés » de gaz.

Ces dernières années, l’UE a déjà permis l’inversion des flux. Près de 2 milliards de mètres cubes de gaz ont déjà été acheminés de la Pologne et de la Hongrie vers l’Ukraine. En Slovaquie, des problèmes techniques doivent encore être résolus. Même si ce gaz provenait au départ de Russie, son prix était moins élevé que les 400 euros pour 1000 mètres cubes que payait Kiev avant l’accord de décembre.

Youri Prodan a discuté avec Günther Oettinger des possibilités d’approvisionnement depuis la Slovaquie. Et selon lui, l’Ukraine pourrait se voir livrer jusqu’à 20 milliards de mètres cubes par la Slovaquie.

« La seule question qui demeure est de savoir quand nos experts techniques et ceux de Slovaquie se rendront à la station de Ve?ké Kapušany pour identifier les mesures nécessaires et démarrer les approvisionnements », a indiqué le ministre. Il faisait allusion au point d’entrée principal du gaz russe transitant par l’Ukraine sur le territoire européen.

Mais la Russie a prévenu il y a peu que les flux inversés étaient illégaux. Le ministre ukrainien a pour sa part affirmé que ces approvisionnements étaient conformes à la législation européenne et que le troisième paquet énergie était la seule base juridique qui couvrait cette transaction.

Quand EURACTIV lui a demandé si ce gaz provenait de Russie, il a répondu :

« Cela n’a pas d’importance. Le gaz pourrait être acheté par les négociants en gaz à partir de n’importe quelle plateforme et depuis n’importe quel endroit dans l’UE. C’est la Russie qui ne veut pas respecter ces règles, c’est un problème qui incombe à la Russie », a-t-il assuré.

Grâce aux flux inversés de la Slovaquie, de la Pologne et de la Hongrie, cela peut représenter environ 25 milliards de m3, une « quantité considérable », selon lui. Selon les estimations, l’Ukraine importe environ 26 milliards de m3 de gaz par an.