Le nouveau commissaire à la Défense présente un avant-goût de son livre blanc très attendu

Le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, souhaite présenter des plans concrets pour la préparation militaire du continent, a-t-il déclaré à la sous-commission Sécurité et Défense du Parlement européen ce jeudi 5 décembre, alors qu’il doit prochainement présenter un Livre blanc sur la défense.

EURACTIV.com
Confirmation hearings for EU Commissioners-designate in Brussels
Le commissaire européen désigné pour la Défense et l'Espace, Andrius Kubilius, assiste à son audition de confirmation devant les commissions du Parlement européen à Bruxelles, Belgique, le 6 novembre 2024. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, souhaite présenter des plans concrets pour la préparation militaire du continent, a-t-il annoncé à la sous-commission Sécurité et Défense du Parlement européen (SEDE) ce jeudi 5 décembre, alors qu’il doit présenter un Livre blanc sur la défense au début de l’année prochaine.

Andrius Kubilius, récemment approuvé pour devenir le tout premier commissaire à la Défense de la Commission européenne, a maintenant moins de 100 jours pour présenter un livre blanc sur les questions de défense.

« Le temps presse », a-t-il affirmé avant de présenter son plan ambitieux visant à préparer l’UE à « l’éventualité militaire la plus extrême, c’est-à-dire à se préparer à la possibilité d’une agression russe ».

Les Européens « devraient adopter une approche à long terme », selon le commissaire à la Défense, qui a ajouté que le continent devrait être moins dépendant des États-Unis. « Nous devrions être des partenaires des Américains, mais ils ne pourront pas maintenir leur présence sur le continent européen », a-t-il déclaré.

Parlant du très court terme, Andrius Kubilius a affirmé que l’industrie européenne de la défense devait chercher à augmenter sa capacité de production. Il a fait notamment référence à l’avertissement de l’Allemagne, selon lequel la Russie pourrait déclencher une nouvelle guerre avant 2030 et que Berlin ne dispose que de stocks suffisants pour couvrir ce que l’économie de guerre russe peut produire en six mois, selon une étude de l’Institut de Kiel.

Cette dualité a été au cœur des négociations entre les États membres sur le programme européen d’investissement dans le domaine de la défense (EDIP). Initialement proposé comme un programme permanent visant à stimuler l’industrie de la défense européenne, celui-ci est considéré par beaucoup comme un outil d’urgence permettant d’investir dans des produits étrangers.

L’Ukraine et l’OTAN comme moteurs

Lors de la présentation des objectifs du livre blanc, Andrius Kubilius a déclaré que la réflexion devait commencer par l’Ukraine.

« En cas d’échec [du soutien à l’Ukraine], ce que l’on appelle “l’éventualité militaire la plus extrême” deviendra encore plus extrême. Nous devons avoir un plan clair, examiner les finances, voir ce que nous pouvons fournir à l’Ukraine », a-t-il expliqué, sans mentionner d’autres problèmes même si ceux-ci sont mentionnés dans la boussole stratégique, l’évaluation des menaces et défis auxquels l’UE fait face. Cette omission a soulevé de nombreuses questions.

Pour l’eurodéputé de droite Christophe Gomart (Les Républicains, PPE), « l’analyse de la menace [d’Andrius Kubilius] reste limitée. Il n’y a pas uniquement la Russie, mais aussi la Chine, l’Iran, la Turquie et le terrorisme islamiste international ».

Comme il l’a précédemment expliqué à Euractiv, le commissaire à la Défense pense que l’UE devrait « aider à développer les ressources pour la mise en œuvre des plans de défense et de dissuasion de l’OTAN ».

Avec l’Alliance militaire qui augmente les objectifs de stock de chaque pays, les Européens ont besoin d’un « plan de production industrielle », selon lui.

« Il faut ensuite demander aux États membres s’ils veulent adopter une approche collective pour produire ce qui est nécessaire, dans un court laps de temps », a poursuivi le commissaire, faisant référence à l’approche envisagée dans l’EDIP, l’Action de soutien à la production de munitions (ASAP), ou les achats communs (EDIRPA).

Mais l’eurodéputée libérale française Nathalie Loiseau (Horizons, Renew) a rejeté cette initiative, estimant que « l’OTAN fait les courses et nous payons la facture ».

Le développement de projets de défense européens d’intérêt commun, les catalyseurs stratégiques, la modernisation de l’industrie de la défense et la combinaison de toutes les initiatives de défense aérienne en un bouclier européen de défense aérienne sont également dans le collimateur d’Andrius Kubilius.

La question de l’argent reste sur la table

Obtenir « 500 milliards d’euros pour les dix prochaines années est un sujet sensible, en particulier avec les élections dans certains pays », a reconnu le nouveau commissaire, conscient de la difficulté de la tâche qui l’attend.

« Nous ne pouvons pas attendre jusqu’en 2028 [date de début du prochain budget septennal de l’UE], nous devons chercher des fonds supplémentaires », a poursuivi Andrius Kubilius.

Il a ainsi proposé un système d’obligations basé sur les remboursements des dépenses nationales de défense : « si nous pouvons nous mettre d’accord avec les États membres, nous pouvons organiser une préalimentation de l’argent, remboursée par les dépenses nationales de défense à l’avenir », dans le cadre desquelles les États membres pourraient dépenser environ 0,1 % de leur PIB pour le remboursement de la dette de l’UE contractée pour la défense.

La modification du rôle de la Banque européenne d’investissement (BEI) en matière de financement des opérations de défense faisait également partie de son discours, tout comme l’utilisation du fonds de cohésion, du fonds de relance de l’UE et du Mécanisme européen de stabilité (MES).

[Édité par Anna Martino]