Le nouveau Nobel d'économie voit l'Europe comme « une chance »
L'économiste français Jean Tirole a reçu le prix Nobel d’économie pour ses travaux sur la crise financière, les oligopoles et les industries de réseau. Europhile convaincu, il appelle aussi à des réformes sur le marché de l'emploi.
L’économiste français Jean Tirole a reçu le prix Nobel d’économie pour ses travaux sur la crise financière, les oligopoles et les industries de réseau. Europhile convaincu, il appelle aussi à des réformes sur le marché de l’emploi.
A deux jours de la présentation d’un budget français pour 2015 déjà contesté par Bruxelles, le prix Nobel d’économie a été décerné à un économiste français, Jean Tirole, pour ses travaux sur la crise financière.
Une nouvelle qui intervient une semaine après un autre Nobel français, en littérature, attribué au romancier Patrick Modiano. Et qui a immédiatement entraîné de vives réactions.
Après Patrick Modiano, un autre Français au firmament : félicitations à Jean Tirole! Quel pied-de-nez au french bashing ! #FiersdelaFrance
— Manuel Valls (@manuelvalls) 13 Octobre 2014
L’Elysée a également fait part de son enthousiasme, estimant que ce Nobel venait mettre en lumière la qualité de la recherche dans notre pays. Alors que la France traîne une dette de 2000 milliards d’euros, les commentateurs ont largement ironisé sur la capacité de la France à donner des leçons en économie sans se les appliquer.
Ecole de Toulouse
L’économiste français à la tête de l’École d’Économie de Toulouse, ou Toulouse School of Economics, a beaucoup fait pour faire émerger une nouvelle génération d’économistes , souvent formés aux mathématiques notamment à l’école Polytechnique. Il avait, en 1990, créé l’Institut d’Economie Industrielle, une structure partiellement financée par des entreprises, qui s’est attachée à décortiquer l’organisation de secteurs industriels, notamment dans les industries de réseau, comme le transport ferroviaire, les autoroutes ou les télécommunications.
C’est notamment son ouvrage sur l’organisation industrielle qui a motivé le jury du prix Nobel, qui estime que le travail de l’économiste a clarifié les enjeux des politiques économiques sur les secteurs sur lesquels il a travaillé, notamment dans le cas d’oligopoles. Selon Jean Tirole, les secteurs économiques devraient obéir à des règles différentes en fonction de leurs spécificités
L’auteur prolifique a écrit une dizaine de livres, et environ 160 articles dans des revues internationales. De fait, il est aujourd’hui l’économiste non américain le plus cité dans la littérature économique. Depuis 1994, le prix Nobel d’économie est principalement attribué à des Américains.
Un économiste qui prêche pour plus d’Europe
Dans une interview à La Tribune en 2012, l’économiste assurait que la crise financière s’expliquait par le fait que les dettes bancaires n’avaient pas été considérées comme des dettes publiques, et n’aient donc pas été régulées en tant que telles – ce qui a partiellement évolué depuis, avec la création de l’Autorité bancaire européenne.
Il préconisait également « d’aller plus loin dans les abandons de souveraineté (… ). Il faut créer des autorités budgétaires indépendantes qui fassent des prévisions de croissances réalistes, et qui analysent le budget et le hors-bilan de l’Etat grâce à des spécialistes de ce sujet » avançait-il alors.
Ce prix Nobel relève d’une série différente des autres prix, puisqu’il n’a pas été directement crée par la famille Nobel. Au début du XXième siècle, la matière n’était pas enseignée à l’université.
Interviewé sur Europe 1 mardi matin, l’économiste a évoqué la nécessité de crée des champions européens. «Pour faire concurrence aux pays étrangers, nous devons avoir nos entreprises de biotech, nos Google» a assuré l’économiste, qui a aussi insisté sur la nécessité de «faire des réformes pour l’emploi et le climat».
Il a aussi développé un argumentaire europhile, assurant que l’Europe a besoin de plus de disicpline. «On ne peut pas avoir de tels écarts de compétitivité en Europe» a insisté tout en rappelant que l’Europe était «une chance».
Des critiques venus de la gauche
Alors que le gouvernement français et la Commission saluaient la nomination du Français, et que la droite mettait en avant ses idées sur le marché du travail jugées «utiles» notamment par Alain Juppé, la gauche a au contraire vivement réagi à ces « cocoricos » déplacés selon les termes de l’organisation Attac, qui déplore que l’économiste souhaite alléger le Code du travail.
«Jean Tirole est depuis longtemps un fervent partisan d’un marché mondial des permis d’émission de gaz à effet de serre. Le prix et la concurrence seraient ainsi les principaux instruments mobilisés pour limiter les émissions. Pourtant le marché européen du carbone est un échec retentissant en même temps qu’un nouveau théâtre de spéculation !» souligne le mouvement Attac.
Les critiques ont aussi souligné que la famille Nobel n’a jamais crée de prix pour l’économie, et que cette récompense – qui reste la plus haute récompense pour un économiste-, a au contraire été créé par la suite par la banque de Suède, et ne répond pas à la philosophie des autres «Nobel».