Volkswagen : en Allemagne, les salariés entrent en grève alors que les négociations s’enlisent
Les employés de Volkswagen entament lundi 2 décembre une grève dans toute l’Allemagne. Plusieurs experts avertissent toutefois que, même si un accord est conclu avec les syndicats, il est peu probable qu’il résolve les problèmes plus profonds du constructeur automobile.
Les employés de Volkswagen entament ce lundi 2 décembre une grève dans toute l’Allemagne. Plusieurs experts avertissent toutefois que, même si un accord est conclu avec les syndicats du secteur, il est peu probable qu’il résolve les problèmes plus profonds du constructeur automobile.
La chute des bénéfices et la surcapacité de production ont conduit le constructeur automobile allemand à annoncer des suppressions d’emploi.
Face à cette situation, les travailleurs de neuf usines de production de Volkswagen ont entamé une grève ce lundi, la période obligatoire au cours de laquelle employeurs et employés s’engagent à s’abstenir d’entreprendre toute action syndicale ayant pris fin.
Le 21 novembre, le négociateur principal du syndicat ouvrier IG Metall, Thorsten Gröger, a menacé de déclencher des grèves « comme le pays n’en a pas connu depuis des décennies ».
Après trois cycles de négociations infructueuses, des grèves sont prévues à Brunswick, Emden, Hanovre, Cassel, Wolfsburg, Salzgitter, Chemnitz, Dresde et Zwickau.
Le projet du conseil d’administration de Volkswagen de licencier des dizaines de milliers de travailleurs, de réduire les salaires et de fermer plusieurs usines en Allemagne, rendu public en octobre, a provoqué une onde de choc chez les travailleurs et dans l’ensemble du secteur automobile. Pour la première fois en 30 ans, les employés allemands du constructeur automobile estiment ne plus bénéficier de la sécurité d’emploi habituellement assurée par l’entreprise.
Coûts de production élevés, ventes en baisse
Beatrix Keim, directrice du think tank Center Automotive Research, confie à Euractiv que « les principaux problèmes pour Volkswagen sont la perception que ses prix sont élevés, les coûts d’exploitation élevés dus aux prix élevés de l’énergie, les salaires élevés et une gamme de modèles trop large, en particulier pour les véhicules à moteur à combustion interne ».
Elle ajoute que la sous-utilisation prolongée des usines de production allemandes augmente la pression, qui ne peut plus être compensée par la quantité des ventes en raison d’une forte baisse sur le marché chinois.
Chez Volkswagen, le syndicat ouvrier IG Metall occupe une position traditionnellement forte. Au cours des négociations, il a proposé d’accepter la baisse de salaire de 10 % et de convertir l’augmentation de 5,1 % du taux de rémunération prévue par la convention collective en un fonds censé financer la réduction du temps de travail dans les installations sous-utilisées, afin d’éviter les licenciements.
Cependant, Ferdinand Dudenhöffer, professeur émérite d’économie automobile à l’Université de Duisbourg-Essen, considère que ces propositions ne sont qu’une simple tentative de la part du syndicat de donner l’impression d’être engagé dans des négociations, et estime qu’elles « ne doivent pas être prises au sérieux ».
Même si les parties parvenaient à un accord — ce dont Ferdinand Dudenhöffer est convaincu —, le professeur attribue la crise des coûts du constructeur automobile à la structure même de l’entreprise.
Le Land de Basse-Saxe détient 20 % des actions de Volkswagen et peut bloquer les décisions au niveau du conseil d’administration. « C’est pourquoi Volkswagen est régulièrement en crise : parce que ses structures sont figées et ne peuvent être réformées », explique-t-il.
« C’est pour cette raison qu’ils se sont efforcés de gagner de l’argent à l’étranger : parce qu’ils ne savent pas comment couvrir les coûts et maintenir la paix chez eux. »
Des fermetures inévitables ?
Ferdinand Dudenhöffer estime que Volkswagen représente bien le dilemme de l’industrie automobile allemande en difficulté : considère que Volkswagen incarne le dilemme auquel fait face l’industrie automobile allemande : maintenir les usines ouvertes et préserver les emplois pourrait éviter les licenciements et les tensions sociales, mais au risque de nuire à la compétitivité de l’entreprise à l’international en raison d’un manque de modernisation, de la concurrence de fabricants moins chers et de l’éventualité de droits de douane
« S’ils n’agissent pas maintenant, ils auront des problèmes encore plus graves dans quelques années. Mais s’ils décident de procéder à des coupes sombres, les choses ne seront pas non plus très agréables pendant un certain temps », explique le professeur.
Les deux experts s’accordent à dire que, d’un point de vue économique, la fermeture définitive de plusieurs usines nationales semble inévitable pour Volkswagen.
Ni Beatrix Keim ni Ferdinand Dudenhöffer n’ont voulu spéculer sur les sites d’usines en Allemagne qui pourraient être définitivement fermés. Toutefois, le professeur souligne que « tous les travailleurs en dehors de la Basse-Saxe sont certainement confrontés à un avenir plus difficile ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]