Le nucléaire en Ukraine risque de faire doubler les prix de l'énergie d'ici 2020
Le prix de l'électricité en Ukraine est appelé à doubler d'ici 2020 afin de payer la modernisation des installations nucléaires du pays. Le projet, financé par un prêt de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), est largement critiqué.
Le prix de l'électricité en Ukraine est appelé à doubler d'ici 2020 afin de payer la modernisation des installations nucléaires du pays. Le projet, financé par un prêt de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), est largement critiqué.
La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a annoncé l'année dernière un prêt de 300 millions d'euros accordé à Energoatom, la compagnie publique ukrainienne responsable de l'exploitation du nucléaire dans le pays. C'est le plus grand prêt jamais accordé par la banque publique d'investissement dans le domaine de la sécurité nucléaire.
Ce prêt a pour objectif de contribuer à la mise en œuvre de 87 améliorations à apporter à chacun des 15 réacteurs nucléaires construits entre les années 1970 et 1980. Ces rénovations visent à mettre en conformité les réacteurs avec les normes de sécurité internationales actuelles. Elles comprennent l'introduction de nouveaux équipements, de nouveaux systèmes de contrôle et une refonte organisationnelle.
La BERD avait toutefois gardé les détails secrets. Mais un exemplaire d’un document mis au grand jour a révélé qu'une augmentation substantielle des prix de l'électricité était prévue.
Doublement du prix de l'électricité
Le rapport de 105 pages prévoit que le prix de l'électricité en Ukraine passe de 27,1 kopecks par kilowatt/heure à 54,4 kopecks par kilowatt/heure entre 2012 et 2020. ?« Energoatom devra augmenter de manière significative les tarifs » peut-on lire dans le document.
La banque souhaite que l'autorité publique de régulation du prix de l’électricité, NERC, insiste pour que l'augmentation des prix contribue à rembourser le prêt. L'une des conditions du prêt est que les tarifs soient augmentés afin « d'assurer un recouvrement des coûts ».
Le rapport révèle également que la BERD s'attend à un bénéfice de 30 millions d'euros réalisée sur le prêt sur les six prochaines années. Le prêt consiste en « une utilisation efficace du capital de la banque en Ukraine, » écrit le président de la BERD, Sir Suma Chakrabarti.
Des voies se sont élevées pour dire que l'augmentation du prix de l'énergie frapperait de plein fouet les consommateurs ukrainiens, déjà en difficulté. « L'augmentation du tarif prévu par le document est parfaitement inacceptable pour les consommateurs ukrainiens, dont nombre éprouvent des difficultés à payer leurs factures au prix actuel, » a déclaré Iryna Holovko, militante sur les questions énergétiques en Ukraine auprès de Bankwatch, une organisation qui surveille les comportements des institutions financières en Europe orientale.
« Demander une telle augmentation est un pari politique énorme, voire impossible, pour nos autorités, particulièrement en cette période trouble que traverse actuellement l’Ukraine. C'est difficile d'imaginer un tel accord maintenu en l'état ».
Iryna Holovko a affirmé que les augmentations tarifaires « rendraient l'énergie nucléaire plus chère que [l'énergie] renouvelable. Pourquoi alors devrions-nous alors courir les risques incalculables que comporte l'énergie nucléaire ? »
Spectre de Tchernobyl
L'accident nucléaire le plus grave au monde a eu lieu en Ukraine le 26 avril 1986. Un réacteur de Tchernobyl avait alors explosé au nord de Kiev et exposé l'Europe à un nuage radioactif. Tous les réacteurs d'un modèle similaire ont été fermés en Ukraine depuis. Mais le pays reste largement dépendant d’autres centrales.
Des groupes écologistes critiquent la BERD pour son absence d'investissement dans d’autres domaines, telles que les énergies renouvelables ou l'efficacité énergétique. Investir dans l’éolien et le solaire « serait plus logique et plus rentable que de maintenir une dépendance vis-à-vis de la technologie nucléaire, qui est obsolète, » a ajouté Jan Haverkamp de Greenpeace.
La pertinence du nucléaire mise en doute
Dmytro Naumenko de l'Institut de recherche politique et économique de Kiev n'abonde cependant pas dans leur sens. La projection de l'augmentation des prix ne devrait pas rendre les coûts de l'énergie nucléaire supérieurs à ceux de l'énergie renouvelable. De plus, elle permettrait de rendre le prêt de la BERD rentable.
La BERD a confirmé que la décision prise en février dernier en faveur d'un prêt de 300 millions d'euros se fondait sur le rapport en question, qui demeure confidentiel. La banque rejette l’allégation selon laquelle le prêt forcerait une hausse du tarif de l'énergie.
« Le prêt auquel vous faites référence n'a aucune exigence relative aux tarifs [de l'énergie], » a assuré Axel Reiserer, porte-parole de la banque. « Les chiffres que vous citez sont tirés d'un modèle de calcul hypothétique et ne constituent en aucun cas une condition [en vue d'accorder] le prêt. »
La commission de l'autorité ukrainienne de régulation de l'électricité (NERC) n'a pas souhaité commenter l'affaire.