Le Parlement européen s'insurge contre l'aide de 150 millions d'euros accordée par l'UE à la Tanzanie
Les députés européens reprochent à la Commission européenne d'avoir débloqué des fonds sans contrepartie en matière de droits de l'homme
Deux institutions européennes s’opposent sur la question du versement de plus de 100 millions d’euros de fonds de développement à la Tanzanie, où les violations des droits de l’homme commises par le gouvernement suscitent de plus en plus d’inquiétudes.
Plus de 500 personnes ont trouvé la mort lors d’une répression violente des manifestations qui ont suivi les élections dans ce pays d’Afrique de l’Est fin octobre 2025. Les députés européens s’apprêtent à faire part de leur mécontentement face à l’engagement par la Commission européenne de 156 millions d’euros d’aide financière en faveur de ce pays.
« La Tanzanie a connu un grave recul démocratique, une répression politique et des violations des droits fondamentaux », a expliqué David McAllister, président de la commission des affaires étrangères du Parlement, à la newsletter Rapporteur d’Euractiv.
« Pourtant, le plan révisé ne prévoit aucune condition significative ni aucune conséquence claire si la situation continue de se détériorer. »
Tundu Lissu, le chef de l’opposition démocratique du pays, est emprisonné depuis plus d’un an pour des chefs d’accusation que les députés européens jugent motivés par des considérations politiques.
L’année dernière, la Commission a suspendu l’enveloppe de 156 millions d’euros à la suite d’un tollé au Parlement, et s’est engagée à apporter des modifications au mode de versement des fonds.
Mais les députés européens, dont Barry Andrews, président de la commission du développement, estiment que la Commission n’a pas suffisamment remédié aux problèmes. L’exécutif européen a proposé de soustraire la gestion des fonds au contrôle direct du gouvernement.
Un projet de résolution critiquant la proposition de la Commission a recueilli mercredi un large soutien multipartite au sein des commissions du développement et des affaires étrangères, avec 81 voix pour, 1 contre et 4 abstentions. L’assemblée plénière se prononcera sur ce texte ce mois-ci. Le Parlement ne peut toutefois pas contraindre la Commission à changer de cap.
« La Commission et le Service européen pour l’action extérieure n’ont pas réussi à démontrer de manière efficace qu’ils avaient répondu aux véritables préoccupations », indique le projet.
En mai, la Tanzanie a reporté une visite officielle prévue de députés européens membres de la sous-commission des droits de l’homme, provoquant une réaction furieuse de Mounir Satouri, un député européen du groupe des Verts.
« Nous regrettons le manque de volonté des autorités tanzaniennes de s’engager dans un dialogue de bonne foi, en particulier dans un contexte de détérioration de la situation des droits de l’homme et de répression de l’opposition démocratique », a écrit Satouri.
MISE À JOUR : L’article a été mis à jour afin d’inclure des précisions concernant les commissions.
(bw)