La « préférence européenne » sera incorporée dans les futures aides de l'UE

« Il ne s'agit pas de conditionnalités, mais de confiance en soi de l'Europe », a déclaré Síkela mercredi à Bruxelles

EURACTIV.com
Jozef Síkela [Photo : Dursun Aydemir/Anadolu via Getty Images]

L’Union européenne prévoit d’ancrer davantage la « préférence européenne » dans sa future politique de développement, a annoncé mercredi Jozef Síkela, commissaire chargé du développement.

Cet engagement intervient dans un contexte de controverse autour d’un projet de bus financé par l’UE au Sénégal, qui devrait être attribué à un constructeur lié à l’État chinois.

Síkela a déclaré qu’il suivait cette affaire « de très près » et a laissé entendre que de nouvelles mesures étaient prévues pour le prochain budget à long terme.

« Nous avons proposé une approche plus stratégique et nuancée des marchés publics dans le cadre du prochain cadre financier pluriannuel », a-t-il expliqué, ajoutant « notamment des mesures visant à renforcer la préférence européenne ».

Síkela a indiqué que l’objectif était « de protéger les entreprises européennes contre la concurrence déloyale de tiers » bénéficiant de subventions publiques élevées.

Ses remarques interviennent alors que la société chinoise CRRC a pris l’avantage sur la suédoise Scania dans la course au projet de transport public de la capitale, Dakar, comme l’a rapporté en premier Euractiv.

Ce projet est soutenu par un consortium d’institutions européennes, dont la Banque européenne d’investissement (BEI), la Commission européenne, l’AFD française et la KfW allemande, et porte sur la fourniture de 380 bus au gaz naturel comprimé à Dakar.

« Il ne s’agit pas de conditionnalités »

Une entreprise liée à CRRC s’est vu interdire de participer à un appel d’offres pour un projet de métro à Lisbonne après que la Commission a constaté que cette entreprise avait reçu des subventions d’État lui conférant un « avantage concurrentiel déloyal ».

Stéphane Séjourné, responsable de l’industrie au sein de l’Union, a souligné le mois dernier que l’exécutif européen avait les mains liées. « La Commission ne peut pas imposer aux pays tiers des règles en matière de marchés publics identiques aux règles européennes actuelles », a-t-il expliqué, ajoutant qu’il existait « une réelle volonté de résoudre le problème ».

Le président de la commission du développement du Parlement européen, Barry Andrews, a déclaré le mois dernier à Euractiv que les autorités sénégalaises devraient retenir l’offre qui répond le mieux à leurs besoins.

« Vous demandez en substance aux Sénégalais de payer deux fois (plus cher) », a fait remarquer le député européen libéral irlandais, faisant référence au fait que l’offre de CRRC est inférieure de plus de moitié au prix de son concurrent suédois. Lier l’aide de l’UE aux entreprises de l’UE « ajoute 15 à 30 % au coût de tout projet », a-t-il fait valoir.

Síkela a rejeté cette critique. « Il ne s’agit pas de conditionnalités. Il s’agit de la confiance en nous-mêmes que nous avons en proposant des normes européennes durables et de haute qualité », a-t-il affirmé.

Yankhoba Diémé, ministre sénégalais des Transports, a promis que le contrat serait attribué conformément aux règles de l’appel d’offres et sous réserve de l’approbation des bailleurs de fonds, dont la BEI.

La BEI est également en train de revoir ses procédures, a indiqué la banque à Euractiv.

(bw)