Le parti eurosceptique allemand cherche des alliés au Parlement
Le parti eurosceptique, Alternative pour l'Allemagne (AfD) a obtenu sept sièges dans le nouveau Parlement européen. Il doit maintenant intégrer un groupe politique existant ou former son propre groupe politique. Un article d'EURACTIV Allemagne.
Le parti eurosceptique, Alternative pour l’Allemagne (AfD) a obtenu sept sièges dans le nouveau Parlement européen. Il doit maintenant intégrer un groupe politique existant ou former son propre groupe politique. Un article d’EURACTIV Allemagne.
Le score recueilli par le parti eurosceptique allemand, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) après moins d’un an d’existence lui ouvre grand les portes du Parlement européen. Avec 7 % des suffrages, l’AfD a réussi à obtenir 7 sièges d’eurodéputés. Mais le dernier né du paysage politique allemand doit maintenant choisir ses alliés au sein de l’hémicycle.
Incompatible avec les partis d’extrême droite
Déjà, dans la nuit qui a suivi les élections, le leader du parti, Bernd Lucke, a annoncé que l’AfD espérait intégrer un groupe politique. Mais, sous certaines conditions. Ainsi, il a indiqué qu’il ne travaillerait « qu’avec des partis qui appartiennent au spectre politique modéré ».
L’AfD espère se débarrasser de sa réputation de parti populiste de droite. Malgré une certaine proximité de vues, l’AfD a refusé toute coopération avec le Front national (FN), a indiqué le futur eurodéputé Joachim Starbatty (AfD) à EURACTIV. Le parti de Marine Le Pen est arrivé en tête des élections européennes en France, renportant dans la foulée 24 sièges d’eurodéputés.
Hans-Olaf Henkel, deuxième candidat sur la liste de l’AfD, a également rejeté cette perspective. Il a d’ailleurs qualifié la victoire du parti d’extrême droite de « catastrophe ».
Un partenaire de choix pour une coalition serait les Conservateurs et réformistes européens (CRE), a-t-il poursuivi. L’ancien président de la Fédération des industries allemandes pourrait aisément imaginer faire coalition avec les Tories. Le 27 mai, une réunion s’est tenue dans le cadre d’un premier cycle de négociation, a-t-il indiqué.
Les conservateurs britanniques représentent la force la plus importante au sein de la CRE. Le parti polonais Droit et justice, sous l’égide de Jaros?aw Kaczy?ski, fait également partie du groupe eurosceptique.
« Ils partagent de nombreux points avec nous, car ils sont également contre un État européen centralisé. Ils sont libéraux et défendent aussi des valeurs », selon lui.
La CRE, un tremplin politique au niveau européen
Pour David Bednowski de l’Institut de recherche sur la démocratie de Göttingen, la volonté de l’AfD de rejoindre les rangs de la CRE a également d’autres raisons.
Adhérer à la CRE serait « très avantageux et revêtirait un pouvoir symbolique significatif », a expliqué le chercheur. Le parti allemand appartiendrait ainsi à un groupe politique important et pourrait faire pression sur le parti allemand de l’Union démocratique chrétien (CDU) au niveau national.
Les premières négociations avec le groupe conservateur eurosceptique avaient commencé avant même les européennes, a déclaré Bernd Lucke lundi dernier (26 mai). « L’ambiance était très bonne », a-t-il par ailleurs commenté.
Michael Kaeding de l’université de Duisbourg-Essen pour sa part a quelques doutes quant à l’adhésion de l’AfD à la CRE.
« Une telle adhésion [. . . ] pourrait mal se passer », a expliqué le politologue. La chancelière allemande, Angela Merkel, pourrait s’engager personnellement pour faire capoter le projet.
En effet, jusqu’à ce jour, la CRE représentait, lors des votes en plénière, une réserve de voix appréciable pour le Parti populaire européen (PPE), dont la CDU/CSU est également membre, a expliqué le politologue. Si l’AfD devait devenir membre de la CRE, le groupe gagnerait une « plateforme européenne très importante », a exposé le chercheur, ce qui ne serait pas dans l’intérêt de la chancelière allemande, car le PPE devrait dans ce cas-ci former une coalition avec l’AfD.
Une alliance avec l’UKIP
Pour Michael Kaeding, il y a de plus fortes probabilités que l’AfD rejoigne le groupe de l’Europe libertés démocratie (ELD), les positions de l’AfD sont effectivement assez proches des partis qui composent le groupe co-présidé par le leader de l’UKIP, Nigel Farage.
En outre, il a ajouté que le groupe politique européen devrait sans aucun doute être intéressé par la perspective d’intégrer un parti allemand. « L’ELD essaiera de récupérer l’AfD, car l’existence du groupe politique est remise en cause », a poursuivi Michael Kaeding. En effet, le groupe parlementaire a besoin de 25 eurodéputés issus de 7 pays.
Mais, du point de vue de l’AfD, un problème persiste dans ce cas : le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP). Son leader, Nigel Farage, est l’un des présidents du groupe ELD, aux côtés de Francesco Speroni issu de la Ligue du nord.
« Souvent, l’impression domine que l’UKIP appartient à la même mouvance que le Front national ou que Geert Wilders [fondateur du parti politique néerlandais nationaliste]. Mais ce n’est évidemment pas le cas. L’UKIP est manifestement un parti démocratique », a affirmé Bernd Lucke, en choisissant ses mots avec prudence.
Cependant, l’UKIP partage des points de vue différents en ce qui concerne l’évolution future de l’Europe. Le parti britannique espère une sortie du Royaume-Uni de l’UE, a indiqué le leader de l’AfD. « Dans cette perspective, je ne vois aucun point commun [entre nos deux formations] », a-t-il conclu.
Une alliance avec l’UKIP serait une « condamnation à mort pour l’AfD », à ses yeux. L’UKIP est considéré comme un parti populiste et d’extrême droite. En Allemagne, une telle réputation nuirait à l’AfD, d’autant plus que le parti refuse d’intégrer une coalition avec des partis populistes d’extrême droite.
Si l’AfD ne rejoint aucun groupe politique eurosceptique existant au sein du Parlement européen, il ne lui restera alors plus qu’à former son propre groupe. Mais, pour ce faire, le parti devra rassembler sous son étendard au moins 25 eurodéputés d’au moins 7 États membres.
Malgré tout, Hans-Olaf Henkel est optimiste :« Une chose ne doit pas être perdue de vue : il y a neuf pays au sein de l’UE qui n’ont pas l’euro comme monnaie. Seuls les Roumains veulent encore l’euro. Au Danemark, en Suède, en Bulgarie et en République tchèque, il n’y a pas un seul parti qui veuille l’euro. Rassembler ces sept pays ne posera aucun problème ».