Le parti néo-nazi grec menace une journaliste de mort
Le parti grec d’extrême droite Chryssi Avgi a prononcé des menaces non dissimulées à l'encontre d'une éminente journaliste grecque. Tenue au courant de la situation hier, la Commission européenne a réaffirmé son engagement envers le respect de la liberté de la presse, mais a renvoyé la balle dans le camp des autorités grecques.
Le parti grec d’extrême droite Chryssi Avgi a prononcé des menaces non dissimulées à l'encontre d'une éminente journaliste grecque. Tenue au courant de la situation hier, la Commission européenne a réaffirmé son engagement envers le respect de la liberté de la presse, mais a renvoyé la balle dans le camp des autorités grecques.
Le parti Chryssi Avgi (Aube dorée) a remporté 6,97 % des votes et 21 sièges au parlement grec lors des élections législatives de ce dimanche (voir « Contexte »). Cette formation politique a proféré des menaces de mort à l'encontre de Xenia Kounalaki, rédactrice du département d'actualité étrangère de l'éminent journal grec Kathimerini. Ces menaces ont déclenché une série de réactions quant à la résurgence de l'extrémisme néonazi.
Le 12 avril dernier, Mme Kounalaki a rédigé un article d'opinion, dans lequel elle a affirmé que les médias grecs devraient ignorer Chryssi Avgi, dont elle a qualifié les membres de brutes nazies. Selon elle, le parti n'aurait pas dû être autorisé à participer au scrutin.
La réponse de Chryssi Avgi ne s'est pas fait attendre : un article de 2500 mots révélant de nombreux détails de la vie personnelle et professionnelle de Mme Kounalaki et mentionnant sa fille sans raison apparente a été publié sur le site Internet du parti.
« Kommt Zeit, kommt Rat, kommt Attentat! », a écrit l'auteur anonyme de cet article. Toute personne comprenant l'allemand, comme Mme Kounalaki (née à Hambourg), sait qu'il s'agit d'une menace de mort à peine dissimulée.
« Je ne pense pas qu'ils se montreront violents avec moi physiquement et je n'ai pas peur d'eux. Mais le fait que bon nombre de mes amis et collègues, et même la police grecque, m'aient conseillé d'arrêter d'écrire des articles contre eux pour l'instant est une première victoire pour les membres de Chryssi Avgi. C'est l'objectif de leur campagne de peur. Pousser les journalistes à les laisser tranquilles et à écrire sur d'autres sujets », a expliqué Mme Kounalaki à EURACTIV.
L'UE tarde à réagir
Lors d'un point presse quotidien hier (7 mai), la situation a été portée à l'attention de la Commission européenne par un collègue de Mme Kounalaki du Kathimerini, Costas Karkagiannis, le correspondant à Bruxelles du journal grec. Pia Ahrenkilde Hansen, la porte-parole de la Commission, a confirmé l'engagement de l'UE envers le respect de la liberté de la presse, mais elle a refusé d'entrer dans les détails, renvoyant la balle dans le camp des autorités grecques.
La commissaire européenne à la stratégie numérique également en charge de la société de l'information et des médias abordera sans doute cette question au Parlement européen aujourd'hui (8 mai), dans la mesure où elle a été invitée à participer à un séminaire sur la liberté de la presse organisé par l'Association of European Journalists (AEJ).
Mme Kounalaki s'est déjà rendue à la police en Grèce, mais les autorités lui ont répondu qu'elles ne pouvaient pas faire grand-chose, dans la mesure où cet article était anonyme et que le fournisseur de nom de domaine était enregistré aux Etats-Unis.
La fille de Mme Kounalaki, âgée de 13 ans, en ferait des cauchemars, car certaines de ses camarades de classe seraient membres de Chryssi Avgi. Plusieurs membres de ce parti extrémiste ont été arrêtés par le passé pour avoir mené des attaques contre des immigrés et des militants de la gauche. Au moins l'un d'entre eux a purgé une peine de prison pour tentative d'homicide.
Chryssi Avgi a débuté comme une organisation marginale d'« Etudes socialistes nationalistes » il y a une trentaine d'années. Elle publiait un magazine peu connu qui louait « la contribution de Hitler à l'humanité ». Ses militants musclés et ses dirigeants échangent d'ailleurs l'air de rien des saluts nazis.
Jusqu'aux élections municipales de 2010, Chryssi Avgi jouissait de peu de soutien. La Grèce a beaucoup souffert de l'occupation nazie lors de la Seconde Guerre mondiale et a vécu sous une dictature militaire de 1967 à 1974.
Néanmoins, la crise financière a ébranlé les fondations du système bipartite de la Grèce et exposé les faiblesses d'un modèle de croissance insoutenable fondé sur le laxisme budgétaire, le copinage, le népotisme et la corruption.
L'influence du discours virulent de Chryssi Avgi contre les immigrés et le FMI, souvent accompagné de défilés de milices du parti dans les quartiers les plus dangereux d'Athènes, s'est accrue plus rapidement que ses partisans ne l'avaient prévu.
Les experts avancent qu'il s'agit de l'un des symptômes de la crise. Le résultat des élections de dimanche reflète un bouleversement important du paysage politique grec avec la fin de la domination des partis Nouvelle démocratie de centre-droit et PASOK de centre-gauche, au pouvoir depuis 40 ans.
Bien que les deux partis soient accusés d'avoir causé les déboires économiques du pays, le PASOK et Nouvelle démocratie ont été les piliers de la plus longue période de stabilité politique de l'histoire de la Grèce. Leur recul, en pleine récession économique, annonce le début d'une période transitoire qui présente bien des ressemblances avec celle de la République de Weimar.
En d'autres termes, la menace d'une sortie de la zone euro pourrait bien être le moindre des soucis de la Grèce à présent. Les élections de dimanche ont montré que le peuple était très divisé. Si ces divisions ne sont pas palliées tôt ou tard, l'avenir du pays risque de ne pas être très reluisant.