Le Pen joue le tout pour le tout
Également dans l'édition de mercredi : OTAN, taxes à l'échelle de l'UE, Luc Frieden
ANKARA, JOUR 2 : Les dirigeants de l’OTAN tiendront ce matin une séance de travail pour discuter des dépenses de défense, de la production industrielle et du soutien à l’Ukraine, alors que les 32 pays membres de l’Alliance se réunissent pour la dernière journée du sommet à Ankara. Suivez le live blog d’Euractiv pour des mises à jour tout au long de la journée, fournies par notre équipe défense sur place en Turquie.
Vous lisez Rapporteur ce mercredi 8 juillet. Ici Nicoletta Ionta, à Bruxelles.
À retenir :
🟢 Le Pen va de l’avant malgré la menace judiciaire
🟢 Les négociations budgétaires s’orientent vers la question épineuse des taxes à l’échelle de l’UE
🟢 Interview : le Luxembourg propose la création d’une banque pour financer les dépenses de l’OTAN
Sur le rond-point : le point presse de la mi-journée de la Commission en perte de vitesse
L’Europe, vue de Bruxelles
Marine Le Pen joue le tout pour le tout.
En annonçant sa candidature à la présidentielle de 2027 quelques heures seulement après la confirmation par la cour d’appel de sa condamnation pour détournement de fonds du Parlement européen, la présidente du parti d’extrême droite Rassemblement national espère pouvoir garder le contrôle de la course malgré l’incertitude juridique qui pèse sur sa campagne.
En portant son affaire devant la Cour de cassation, la plus haute juridiction française, Marine Le Pen parie que son pourvoi lui fera gagner du temps pour faire campagne, tout en acceptant le risque qu’un jugement définitif vienne compromettre sa candidature au pire moment possible.
Si la Cour de cassation se prononce contre elle, elle pourrait être contrainte de revoir sa stratégie à la dernière minute.
Pour Marine Le Pen, âgée de 57 ans, cette annonce marque sa quatrième candidature à la présidence et un nouveau chapitre dans la quête du pouvoir menée depuis des décennies par la famille Le Pen en France.
Elle devrait rester la figure centrale du Rassemblement national, promettant de faire campagne « sans bracelet » et qualifiant les poursuites engagées contre elle de « chasse aux sorcières » judiciaire.
La Cour de cassation devrait se prononcer rapidement. Si elle confirme l’arrêt de la cour d’appel, Marine Le Pen pourrait se retrouver à faire campagne sous surveillance électronique dans la dernière ligne droite de la course électorale.
« J’ai été heureuse qu’on rende aux Français leur liberté de voter et que la cour me rende mon éligibilité », a déclaré Marine Le Pen mardi à la télévision française. « Les Français auront le dernier mot. »
Au cours de la dernière décennie, Marine Le Pen a transformé le Front national, autrefois marginalisé, fondé par son père Jean-Marie Le Pen, en un mouvement capable de se battre pour le pouvoir et de redessiner la scène politique française, comme l’écrit ma collègue Elisa Braun dans ce portrait.
Marine Le Pen a également indiqué que Jordan Bardella occuperait le poste de Premier ministre si elle remporte les élections. Mais si les tribunaux finissent par lui barrer la route vers l’Élysée, le président du parti, âgé de 30 ans, pourrait se retrouver propulsé à la tête de la campagne sans préavis.
Jordan Bardella s’est préparé pendant des années à succéder à Marine Le Pen, offrant au Rassemblement national un visage public plus jeune et plus soigné, bien que doté d’une expérience politique moindre.
Une campagne menée par Bardella ne peut être exclue. Pour l’instant, cependant, Marine Le Pen a clairement indiqué qu’elle compte rester l’actrice principale dans cette course.
Trump déchaîné
Donald Trump est arrivé au sommet de l’OTAN en Turquie, prêt à en découdre. Le président américain a relancé sa campagne visant à prendre le contrôle du Groenland, suscitant une réplique immédiate de la part de la Danoise Mette Frederiksen (« Le Groenland n’est pas à vendre »), tout en s’en prenant à certains des plus proches alliés européens de Washington, m’explique mon collègue Pietro Guastamacchia, spécialisé dans les questions de défense.
L’Italienne Giorgia Meloni a de nouveau été prise pour cible en raison de ce que Trump a qualifié de manque de soutien à l’opération américaine en Iran. L’Allemand Friedrich Merz et le Français Emmanuel Macron ont également essuyé des critiques.
Après une journée de critiques publiques, Trump a dû rompre le pain avec ces mêmes dirigeants autour de pain plat turc, de beurre de Trabzon et de miel. À la table du président Recep Tayyip Erdoğan, il était assis aux côtés de Meloni, Merz, Macron et du Premier ministre britannique Keir Starmer.
Tous les regards sur les recettes
Les ambassadeurs de l’UE s’apprêtent aujourd’hui à se pencher sur l’un des sujets les plus controversés des négociations budgétaires : comment financer l’enveloppe de dépenses de 2 000 milliards d’euros proposée par l’Union pour la période 2028-2034.
De nouvelles taxes européennes ne feront sans doute pas l’unanimité parmi les gouvernements de l’UE, mais il devient de plus en plus difficile d’éviter d’évoquer de nouvelles sources de recettes dans les discussions.
Les gouvernements nationaux ne parviennent toujours pas à s’accorder sur l’une des cinq sources de revenus proposées par la Commission, appelées « ressources propres », notamment les taxes sur le tabac et les redevances sur les déchets électroniques, tandis que le Parlement européen avance d’autres idées.
Parmi les alternatives envisagées figurent des taxes sur le sucre et les billets d’avion, comme le rapporte ma collègue Victoria Becker. La pression pèse désormais sur la présidence irlandaise du Conseil pour faire avancer le débat et produire un texte de compromis révisé d’ici la mi-octobre.
Des fonds pour les ambitions de l’OTAN
Les pays dont les finances publiques sont sous pression, notamment ceux qui peinent à atteindre les nouveaux objectifs de dépenses de défense de l’OTAN, pourraient solliciter un financement auprès d’une banque multilatérale de défense en projet, portée par le Luxembourg et le Canada, a indiqué le Premier ministre luxembourgeois Luc Frieden à mon collègue Pietro.
Frieden a précisé que cette institution fonctionnerait comme un prêteur multilatéral ouvert aux membres de l’OTAN et aux pays partenaires, fournissant des financements aux gouvernements, aux entreprises de défense et aux banques commerciales. Ses partisans affirment qu’elle viendrait compléter les outils de financement existants alors que les alliés s’apprêtent à augmenter leurs dépenses de défense au cours de la prochaine décennie. Lisez l’interview complète.
Scandale grec de piratage
Le Parlement débattra aujourd’hui des nouvelles révélations selon lesquelles l’ancien député européen Stelios Kouloglou aurait été la cible du logiciel espion Pegasus au cours de son dernier mandat parlementaire, alors qu’il siégeait au sein d’une commission chargée d’examiner l’utilisation des logiciels de surveillance.
Kouloglou a déclaré à mes collègues Claudie Moreau et Sarantis Michalopoulos qu’il soupçonne le gouvernement grec d’être impliqué dans le piratage de son appareil, bien qu’il ait précisé ne disposer d’aucune « preuve irréfutable ». Le scandale Pegasus a une nouvelle fois semé la tourmente politique en Grèce. Lisez l’article complet.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- L’OTAN prévoit une hausse de 11 % des dépenses européennes en matière de défense
- Interview : un dissident albanais exhorte l’UE à voir plus loin que Rama
- L’UE reste ferme sur les nouveaux contrôles aux frontières malgré le chaos dans les transports
Rond-point Schuman
LA FIN DE L’ÈRE DU POINT PRESSE DE MI-JOURNÉE ? Une enquête menée en 2026 auprès de journalistes bruxellois, présentée lors d’une réunion interne du Conseil, suggère que le point presse de mi-journée de la Commission perd de son attrait auprès de la presse bruxelloise.
Alors que d’autres activités médiatiques bruxelloises ont gagné en importance, ce point presse, autrefois incontournable, a perdu de son importance. Selon les données examinées par Rapporteur, l’importance qui lui est accordée est passée de 52 % en 2021 à 44 % en 2026 parmi les journalistes interrogés. Les résultats complets devraient être publiés prochainement.
LAISSEZ VOS DÉGUISEMENTS AU PLACARD : Les créateurs de contenu assistant à l’EUCO ou à d’autres réunions du Conseil dans le cadre d’une nouvelle réglementation entrée en vigueur le 1er juillet doivent adopter une tenue au minimum business casual. Un code de conduite consulté par Rapporteur stipule que les « déguisements » sont strictement interdits. Les costumes de Schtroumpfs restent, pour l’instant, l’apanage des diplomates belges.
Les capitales
BERLIN 🇩🇪
Le projet de budget du ministre des Finances Lars Klingbeil (SPD) a suscité les critiques des agences de notation en raison de son recours excessif à l’emprunt. Le gouvernement prévoit de contracter 204 milliards d’euros de nouvelle dette l’année prochaine, le montant cumulé de la dette devant dépasser les 1 000 milliards d’euros d’ici 2030. Scope a averti que cet endettement pourrait nuire à la croissance et aux finances publiques s’il venait se substituer aux dépenses existantes ou si les investissements étaient reportés, tandis que S&P a déclaré que l’Allemagne risque une dégradation de sa note de crédit si le programme budgétaire ne parvient pas à relancer la croissance économique.
– Björn Stritzel
MADRID 🇪🇸
L’Espagne devrait faire l’objet de nouvelles pressions lors du sommet de l’OTAN à Ankara en raison de son refus de s’engager à respecter l’objectif de 5 % de dépenses de défense fixé par l’alliance, malgré l’augmentation de ses dépenses militaires et la réalisation de ses objectifs en matière de capacités. Pedro Sánchez insiste sur le fait que l’Espagne peut respecter ses engagements envers l’OTAN tout en consacrant environ 2,1 % de son PIB à la défense. Cette position, associée au refus de Madrid d’autoriser l’utilisation de bases américaines pour des opérations en Iran, risque de créer des tensions avec Washington. Lisez l’article complet.
– Charles Cohen
BELGRADE 🇷🇸
Le Parlement serbe devrait se prononcer sur plusieurs réformes liées à l’UE, alors que selon certaines informations, certains États membres de l’UE s’opposeraient à l’ouverture du volet 3 des négociations d’adhésion du pays. Le ministre serbe chargé de l’intégration européenne, Nemanja Starović, a déclaré que l’ouverture de ce volet se fait attendre depuis longtemps et qu’elle contribuerait à endiguer le sentiment anti-UE. Le président Aleksandar Vučić a remis en question l’engagement de l’Union en faveur de l’élargissement, tandis que le rapporteur de l’UE, Tonino Picula, a exhorté la Commission européenne à suspendre le financement du Plan de croissance, qualifiant la situation en Serbie d’« extrêmement mauvaise ».
– Bronwyn Jones
DUBLIN 🇮🇪
La Chambre basse du Parlement irlandais a approuvé mardi une loi visant à interdire les importations de marchandises provenant des colonies israéliennes situées dans les territoires palestiniens occupés, faisant ainsi avancer l’une des mesures commerciales les plus ambitieuses d’Europe concernant l’occupation israélienne. Le projet de loi, qui va désormais être examiné par la Chambre haute, concerne les marchandises provenant de colonies situées en dehors des frontières internationalement reconnues d’Israël. Le gouvernement a déclaré qu’il a été rédigé conformément à l’avis consultatif rendu en 2024 par la Cour internationale de justice.
– Christina Zhao
TALLINN 🇪🇪
L’Estonie a signé un accord de coopération en matière de drones avec l’Ukraine, parallèlement à des accords similaires conclus avec le Danemark et les Pays-Bas, a annoncé Volodymyr Zelenskyy lors du sommet de l’OTAN à Ankara. Ces accords prévoient que Kiev fournisse des plans techniques relatifs à la technologie des drones en échange de redevances, d’investissements et de matériel militaire, alors que l’Ukraine étend ses partenariats de défense en s’appuyant sur son expertise en matière de drones de combat.
– David Mac Dougall
PRISTINA 🇽🇰
Le rapporteur du Parlement européen pour le Kosovo, Riho Terras, a exhorté les dirigeants politiques du pays à mettre en place des institutions opérationnelles lors d’une visite à Pristina, avertissant qu’une nouvelle « année perdue » compromettrait ses ambitions européennes. Terras a déclaré à Euractiv que des institutions pleinement opérationnelles constituent une condition préalable pour que le Kosovo progresse vers le statut de pays candidat et a appelé tant le parti au pouvoir que l’opposition à « tendre la main l’un vers l’autre ».
– Bronwyn Jones
Editrices : Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara,
Contributrices.teurs : Elisa Braun, Pietro Guastamacchia, Victoria Becker, Claudie Moreau, Sarantis Michalopoulos
Traductrice : Clara Vassent