Le Pen lève le voile et donne le ton pour la présidentielle
La cheffe de file du Rassemblement national lance un défi politique en revenant à un thème familier de l'extrême droite
PARIS – Marine Le Pen a remis les questions d’immigration et d’identité au cœur du débat français en proposant, si elle arrive au pouvoir, d’infliger une amende aux femmes musulmanes qui portent le voile islamique en public.
En relançant ses appels en faveur d’un référendum sur cette interdiction, elle trace une ligne de front claire pour le Rassemblement national (RN), parti d’extrême droite, alors que la bataille pour la campagne présidentielle s’intensifie à l’occasion de la rentrée politique.
« Je soumettrai aux Français par référendum une grande loi de lutte contre les idéologies islamistes avec de nombreuses mesures puissantes, y compris la pénalisation du voile islamiste dans l’espace public », a déclaré Marine Le Pen lundi sur X.
Cette proposition d’interdiction n’est pas nouvelle. Le Pen avait déjà plaidé en faveur de l’interdiction du voile islamique dans les lieux publics lors de sa campagne présidentielle de 2012. Elle avait réitéré son engagement sur ce sujet lors de la dernière élection présidentielle, y voyant un moyen de lutter contre l’islamisme radical au nom de la libération des femmes.
Le Pen oblige une nouvelle fois ses rivaux à se prononcer sur l’un des thèmes phares de l’extrême droite, alors que les partis commencent à se positionner en vue de 2027.
Cette initiative intervient alors qu’un sondage Elabe très commenté vient de renforcer sa position de grande favorite de la course à la présidence. Il prédit en effet qu’elle remporterait la présidence à chaque second tour face à des candidats issus de l’extrême gauche, des socialistes, du camp centriste de Macron et de la droite conservatrice.
La France abrite l’une des plus importantes populations musulmanes d’Europe, estimée entre 3,3 et 5 millions de personnes, selon un rapport du Sénat datant de juillet 2020 (il est difficile d’établir des chiffres précis car la loi française restreint la collecte de statistiques fondées sur l’origine ethnique ou la religion).
Ignoble
Jean-Luc Mélenchon – chef de file de La France insoumise, parti d’extrême gauche qui courtise l’électorat musulman – a qualifié cette proposition d’« ignoble », accusant le RN de céder à ses « obsessions sexistes et islamophobes ».
Le député vert Benjamin Lucas est allé plus loin, affirmant sur la chaîne BFMTV que le RN revient à ses vieux thèmes identitaires parce que le débat de début de campagne s’est plutôt concentré sur l’économie, domaine pour lequel, selon lui, Le Pen n’a aucune proposition.
Le gouvernement centriste s’est également interrogé sur la capacité de cette mesure à résister à un examen juridique, sa porte-parole Maud Bregeon affirmant qu’il existe des « réserves évidentes » tant quant à sa constitutionnalité qu’à sa mise en œuvre pratique.
Le candidat favori du centre-droit, Édouard Philippe, a déclaré que les lois existantes régissant les lieux où le port du voile est autorisé sont suffisantes.
La laïcité est inscrite dans la Constitution française et constitue depuis longtemps un élément déterminant, et souvent sujet à controverse, du débat politique dans le pays.
Jean-Louis Bianco, ancien directeur de l’Observatoire de la laïcité – un organisme consultatif gouvernemental créé sous la présidence de Jacques Chirac pour conseiller l’exécutif en matière de laïcité – a averti que la laïcité est de plus en plus « instrumentalisée » dans les débats politiques pour stigmatiser les musulmans.
Le président du RN, Jordan Bardella, a cherché à tempérer la polémique, affirmant qu’une interdiction ne serait pas mise en place immédiatement après une victoire électorale. Il a précisé que le parti organiserait plutôt un référendum sur l’idéologie islamiste, y compris le port de symboles religieux en public, après un premier référendum sur l’immigration.
(bw, ow)