Le plan d’aide au Portugal en six questions

Alors que les négociateurs du FMI et de la Commission européenne sont arrivés à Lisbonne, lundi 18 avril, EURACTIV.fr fait le point sur le plan d’aide accordé au Portugal.

EURACTIV.fr
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Alors que les négociateurs du FMI et de la Commission européenne sont arrivés à Lisbonne, lundi 18 avril, EURACTIV.fr fait le point sur le plan d’aide accordé au Portugal.

Quel est le mécanisme utilisé pour venir en aide au Portugal? 

Il s’agit du Fonds européen de stabilisation financière (FESF). Après l’Irlande, en novembre 2010, c’est la deuxième fois que ce mécanisme mis au point par le FMI et l’Union européenne est employé. 

Les règles de fonctionnement de ce système ont été arrêtées en mai 2010. Selon elles, la Commission peut emprunter à la place d’un État en difficulté à hauteur de 60 milliards d’euros. En outre, les États membres peuvent être amenés à emprunter directement pour apporter leur garantie aux emprunts émis par le FESF, à hauteur de 440 milliards d’euros, afin d’aider les pays en difficulté. Parallèlement, le FMI peut compléter cette somme, en versant 250 milliards d’euros complémentaires.

Quelle somme le Portugal obtiendra-t-il? 

Dès le Conseil européen de la fin mars, le président de l’Eurogroupe, qui rassemble les ministres des Finances de la zone euro, a évoqué un prêt d’un montant de 75 milliards de dollars. Vendredi 8 avril, le commissaire européen en charge des Affaires monétaires a évoqué la somme de 80 milliards d’euros. Il a indiqué qu’une partie de cette somme serait réservée aux banques portuguaises. 

A quel taux et pour combien de temps? 

« On a déjà des précédents pour la Grèce et le Portugal. Le taux et la durée applicables au prêt portugais devraient aller dans le même sens», affirme l’économiste Nicolas Véron, du think tank Bruegel. La Grèce a bénéficié d’un prêt de 110 milliards d’euros sur trois ans, dont les intérêts atteignent en moyenne 4,2%. Quant à Dublin, le taux applicable est de 5,8% sur dix ans, pour une enveloppe qui s’élève à 85 milliards d’euros. 

Quelles seront les contreparties?

C’est sans aucun doute le point le plus chaud des négociations entre le FMI, l’UE et le Portugal. Lors d’une réunion début avril, les ministres des Finances ont évoqué un plan «ambitieux», alliant réformes du marché du travail et privatisations. Le pays, qui connaît un déficit de 8,6% du PIB et une dette de 159,5 milliards d’euros (soit 92% du PIB), doit inverser cette tendance s’il veut pouvoir bénéficier de l’aide européenne.

«On attend des mesures assez drastiques», explique l’économiste à l’OFCE, Céline Antonin. Elle mentionne un «ajustement fiscal», qui consisterait en une hausse de la TVA. En outre, l’UE et le FMI peuvent aussi exiger du Portugal qu’il abaisse ses dépenses, en révisant, par exemple, la durée et le montant des indémnités de chômage. «On peut aussi imaginer une hausse des frais de scolarité ou une révision des conditions de licenciement», ajoute-t-elle. Des mesures qui pèseront «essentiellement sur les ménages». 

La classe politique portugaise est très réticente à l’adoption de mesures drastiques de réforme de son économie. Pour preuve, c’est le refus d’un plan d’austérité par le parlement portugais qui a provoqué la chute du gouvernement du socialiste José Socrates, le 23 mars. Il faut dire que le pays a adopté trois plans d’ajustement en un an. 

«Néanmoins, le contexte a changé», souligne Mme Antonin, qui ajoute que le Portugal ne peut plus recourir aux marchés pour emprunter. «Les taux obligataires à 10 ans sont pratiquement à 9%», précise-t-elle.

Quelles sont les parties en présence?

Le gouvernement portugais doit négocier avec les représentants du FMI, de la Banque centrale européenne et de la Commission européenne. Il s’agit respectivement du Danois Poul Thomson, ainsi que des Allemands Rasmus Rüffer et Jürgen Kröger.

Ces trois experts doivent à la fois consulter le gouvernement portugais sortant, mais aussi l’opposition. Les élections législatives anticipées, qui auront lieu le 5 juin, obligent en effet les négociateurs à mettre au point un accord qui satisfasse le parti du Premier ministre sortant José Socrates (gauche), mais aussi celui de Pedro Passos Coelho (centre-droit), en tête dans les sondages.

Le gouvernement socialiste a annoncé, mercredi 3 avril, l’ouverture de discussions entre les différents partis politiques du pays, afin d’aboutir à l’adoption de mesures «indépendamment du résultat des élections».

«Pour que l’accord soit durable, il faut que le processus de négociation s’engage avec les deux partis politiques», confirme Nicolas Véron. 

Quelles sont les prochaines étapes de la négociation?

Le Portugal, la Commission, le FMI et la BCE doivent arriver à un accord avant la mi-mai. C’est à cette date que les ministres des Finances de la zone euro devront officiellement entériner l’aide accordée à Lisbonne. 

Le Portugal doit honorer une échéance importante le 15 juin. A cette date, le pays devra avoir remboursé 5 milliards d’euros. En attendant, l’État portugais a annoncé qu’il lèverait à nouveau entre 750 millions et 1 milliard d’euros à court terme, mercredi 20 avril.