Le plan de sauvetage de Chypre crée la confusion dans la zone euro

Pour trouver 7 des 17 milliards d’euros nécessaires au sauvetage de l’île, l’Eurogroupe a choisi de taxer les dépôts de tous les épargnants. Face à la colère provoquée par cette décision, de nouvelles négociations sont en cours.

EURACTIV.fr
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Pour trouver 7 des 17 milliards d’euros nécessaires au sauvetage de l’île, l’Eurogroupe a choisi de taxer les dépôts de tous les épargnants. Face à la colère provoquée par cette décision, de nouvelles négociations sont en cours.

Dans la nuit du 15 au 16 mars, les pays de la zone euro ont conclu un accord sur le plan de sauvetage de Chypre, en présence de représentants de la Commission, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international.

Comptes bloqués dans la nuit

10 milliards d’euros seront apportés par l’UE et le FMI. Le reste de l’argent nécessaire, soit environ 5,8 milliards, provient d’une taxe exceptionnelle sur l’argent déposé dans les banques. Les privatisations de plusieurs entreprises publiques complèteront l’enveloppe.

Pour la première fois depuis le début de la crise de la zone euro, les épargnants – y compris les plus petits – sont mis à contribution.

Pour les dépôts inférieurs à 100 000 euros, le taux de la taxe est fixé à 6,75%, et 9,9% pour tous les montants supérieurs à cette somme. Pour éviter toute fuite de capitaux au cours du week-end, les sommes ont été bloquées avant l’annonce officielle.

Cette situation de fait a provoqué la colère des Chypriotes qui se sont rués sur les distributeurs. Les banques étant fermées, ils n’ont toutefois pas pu accéder à leurs comptes. Leurs portes restent closes lundi 18 mars, jour férié et peut-être mardi.

Double jeu du gouvernement chypriote 

Le président de la République, Níkos Anastasiádis, s’est adressé à la nation, dimanche 17 mars au soir. Il a tenté de rassurer ses concitoyens, leur promettant des compensations.

« L’accord que nous avons conclu n’est pas celui que nous souhaitions, mais il est le moins douloureux compte tenu des circonstances », a-t-il déclaré. Il a exhorté les parlementaires a accepter le compromis. Des doutes planent sur la capacité du président à réunir une majorité.

Dans son intervention, il a affirmé avoir défendu l’intérêt des citoyens chypriotes. Mais il a été contredit dans la foulée par le ministre allemand des Finances. Le gouvernement chypriote a tenu à taxer l’ensemble des épargnants alors que Berlin acceptait que seuls ceux au-dessus de 100 000 euros soient concernés, a déclaré Wolfgang Schäuble.

Les propos du ministre sont confirmés par le récit de la nuit des négociations publié par le Financial Times. Selon le quotidien économique, Nicosie refusait de taxer à plus de 10% les gros dépôts, de peur de voir les investisseurs quitter le pays.

Les lignes pourraient toutefois bouger dans les heures à venir. De nouvelles négociations sont actuellement en cours et les taux pourraient être revus : 3% pour les sommes allant de 0 à 100 000 euros, 10% de 100 000 à 500 000 et 15% au-dessus.

Une conférence téléphonique des ministres des Finances de la zone euro devrait avoir lieu dans la journée. A l’ouverture des marchés, lundi 18 mars, toutes les bourses européennes sont dans le rouge. 

Les 20 milliards de la Russie 

En juin 2012, l’île a demandé une aide d’urgence à ses partenaires, à hauteur de 3 à 4 milliards d’euros, pour venir en aide à son secteur bancaire, très exposé à la situation en Grèce.

Huit mois plus tard, 17 milliards d’euros sont nécessaires, soit l’équivalent du PIB chypriote.

Avec une législation accommodante et des taux plus intéressants qu’en Allemagne ou en France, Chypre est un paradis fiscal au cœur de l’UE. Les dépôts représentent 80 milliards d’euros, soit sept fois sa richesse nationale. 20 milliards viennent de Russie avec de fortes suspicions sur leur origine mafieuse.

Pendant des semaines, les pays de la zone euro ont fait pression sur le précédent gouvernement pour mettre un terme à cette situation.

L’accord de vendredi soir prévoit aussi une hausse du taux d’imposition des entreprises. A hauteur de 10% aujourd’hui – le plus faible de l’UE -il doit atteindre 12,5%.