Le plus grand lobby d’Italie fait pression pour que l’UE revienne sur son système d’échange de quotas d’émission de CO2

Le lobby italien Confindustria compte accentuer la pression sur les décideurs politiques de l’UE pour qu’ils reviennent sur le système d’échange des quotas d’émission (SEQE) qui, selon le lobby, menacera des secteurs cruciaux d’extinction d’ici 2030.

EURACTIV.com
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La réduction imminente de 62 % des quotas gratuits du SEQE d’ici 2030 et leur suppression totale d’ici à 2034, ainsi que l’introduction du système SEQE2 d’ici à trois ans, sont au cœur des avertissements désastreux de la Confindustria concernant la décadence industrielle. [shutterstock/DedMityay]

Le lobby italien Confindustria compte accentuer la pression sur les décideurs politiques de l’Union européenne (UE) pour qu’ils reviennent sur le système d’échange des quotas d’émission de CO2 (SEQE) qui, selon le lobby, mettra des secteurs cruciaux en danger d’extinction d’ici 2030.

La réduction imminente de 62 % des quotas gratuits du SEQE d’ici 2030 et leur suppression totale en 2034, ainsi que l’introduction du système SEQE 2 dans trois ans, sont au cœur des mises en garde de Confindustria concernant la décadence industrielle.

« La frontière est très mince entre la décarbonation et la désindustrialisation, et nous ne pouvons pas nous permettre de perdre des chaînes d’approvisionnement essentielles en raison de choix politiques qui, nous le savons maintenant, étaient erronés », a martelé le président de Confindustria, Emanuele Orsini, aux journalistes à Bruxelles jeudi 3 octobre avant de rencontrer les eurodéputés et le conseil général interne de Confindustria.

Depuis 2005, l’UE a mis en place le système d’échange des quotas d’émission (SEQE), un système de contrôle de la tarification du carbone basé sur le marché, qui constitue la pièce maîtresse de sa politique climatique. Les industries, confrontées à la concurrence des régions du monde qui bénéficient de prix plus bas, se sont vu attribuer plusieurs « quotas gratuits ».

Dans le premier cadre du SEQE, les industries les plus lourdes, y compris les services publics, ont été ciblées en premier. L’allocation initiale de quotas gratuits devait diminuer au fil du temps, conformément à l’objectif climatique de l’UE de réduire les émissions nettes d’au moins 55 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2030, et de parvenir à zéro émission nette en 2050.

Un deuxième cadre SEQE, sur lequel les décideurs politiques de l’UE ne sont parvenus à un accord que l’année dernière, devrait débuter en 2027 et couvrir également les carburants pour le chauffage et le transport routier.

Antonio Gozzi, conseiller spécial d’Emanuele Orsini pour l’autonomie stratégique et la compétitivité de l’Europe, a prévenu que la forte réduction des quotas gratuits, couplée à l’entrée en vigueur du SEQE 2, « signifiera que des secteurs entiers de l’économie disparaîtront » en 2030.

« Pour l’Italie, il s’agira de la céramique et de l’acier produits dans les hauts fourneaux — ceux utilisés dans la production automobile », a-t-il fait remarquer.

« La disparition de ce type d’acier sera un coup dur pour l’industrie automobile européenne », a-t-il averti, « car dans la pratique, à partir de 2031, les usines automobiles européennes, y compris les usines italiennes, devront acheter leurs composants en acier en Corée, au Japon et en Chine, c’est-à-dire chez leurs principaux concurrents ».

« Pourquoi ne pas rouvrir le débat politique sur ce sujet », a interrogé Antonio Gozzi, « afin de s’assurer que la décarbonation ne se transforme pas en désertification industrielle ».

Le calendrier actuel entraînera de lourdes pertes sectorielles

Selon le président de Confindustria, les investissements considérables réalisés ces dernières années par des secteurs comme celui de la céramique italienne pour réduire leurs émissions « ne vaudront presque plus rien, car les règles strictes du SEQE excluront notre industrie du marché en 2030 ».

« D’ici 2030, nous savons que les coûts absorberont environ 5 % des bénéfices des entreprises, ce qui, selon les calculs du groupe, équivaut à la totalité des investissements du secteur de la céramique. »

« Nous ne pouvons pas continuer à penser que nous pouvons mener à bien la transition écologique dans les délais fixés par la dernière Commission » sans rendre des secteurs entiers très peu compétitifs par rapport à leurs homologues mondiaux, a poursuivi Emanuele Orsini.

Confindustria compte faire pression pour l’abandon du SEQE 2 et permettre aux entreprises, à l’exception des services publics et des grands opérateurs dans les secteurs à forte consommation d’énergie, d’utiliser les « meilleures technologies disponibles […] qui peuvent préserver la compétitivité de ces secteurs », a affirmé le conseiller spécial Antonio Gozzi, tout en réduisant les émissions industrielles.

Cette mesure s’appuierait principalement sur le principe de « neutralité technologique », c’est-à-dire sur l’autorisation d’un large éventail de technologies pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de CO2, un principe que l’Italie défend pour une autre série de règles essentielles dans le cadre de la lutte contre les émissions de l’Union européenne, à savoir celles qui concernent les voitures.

Le ministre italien des Entreprises et du Made in Italy, Adolfo Urso, est d’ailleurs le fer de lance d’une initiative des États membres visant à convaincre la Commission européenne d’avancer la révision des objectifs de réduction des émissions à l’année prochaine, en 2025. L’Italie espère utiliser cette fenêtre de négociation pour remettre sur la table des technologies telles que les carburants de synthèse, les biocarburants et l’hydrogène comme alternative aux carburants à base d’essence.

« Pourquoi ne serait-il pas possible [pour les parties prenantes] de demander à la Commission, vingt ans après la mise en œuvre du SEQE, de procéder à une évaluation de ce que ce système a apporté et de ce qui n’a pas fonctionné ? » a interrogé Antonio Gozzi.

Il a notamment critiqué le fait que le système d’échange de quotas d’émission aurait permis au secteur financier de dominer la dynamique des prix en transformant les certificats SEQE en un actif financier rentable.

D’un marché « avec un nombre très limité de certificats de CO2 » impliquant uniquement les entreprises de services publics et les grandes entreprises de l’industrie lourde, « il est passé à un marché dont les dix plus grands opérateurs sont des banques et des fonds d’investissement », a-t-il déploré.

« Cela signifie que pour acheter des certificats d’émission de CO2 supplémentaires et permettre à mon entreprise de continuer à fonctionner, je serai soumis aux transactions spéculatives du géant américain de l’investissement BlackRock » et d’autres entreprises similaires, a-t-il poursuivi.

Confindustria travaille déjà à l’élaboration d’une position européenne commune sur le système d’échange de quotas d’émission et les règles relatives aux émissions des voitures. La semaine prochaine, elle organisera des discussions bilatérales avec son homologue espagnol et le mois prochain une réunion trilatérale avec ses principaux partenaires historiques, le Medef français et le BDI allemand.

[Édité par Anna Martino]