Le PPE et le groupe S&D au centre d’un conflit sur le plan de relance de l’Espagne
Le groupe des Socialistes et Démocrates se trouve au centre d’un différend avec le Parti populaire européen de centre droit concernant une mission du Parlement européen en Espagne liée au fonds de relance du pays.
Le groupe des Socialistes et Démocrates (S&D) se trouve au centre d’un différend avec le Parti populaire européen (PPE) de centre droit concernant une mission du Parlement européen en Espagne liée au fonds de relance du pays. Les socialistes accusent le PPE de tenter de discréditer le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez alors que le parti de centre droit demande davantage de clarté sur l’utilisation des fonds européens.
La Commission européenne a souligné que l’Espagne était l’État membre de l’UE ayant mis en œuvre le plus rapidement les projets de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR).
Toutefois, la visite de la commission du Contrôle budgétaire (CONT) du Parlement européen à Madrid prévue pour la fin du mois (20-23 février) suscite un différend politique entre le centre droit et les socialistes européens.
Une source du groupe S&D a confié à EURACTIV que l’eurodéputée allemande de centre droit (PPE) Monika Hohlmeier, présidente de la commission, a agi avec « partialité », en cherchant à remettre en question le gouvernement socialiste espagnol.
La source a notamment expliqué que lors de la préparation de la visite, le PPE a proposé d’inclure des réunions avec d’anciens responsables du Parti Populaire espagnol (Partido Popular, PP — PPE), des médias et des organisations ouvertement critiques à l’égard du projet de la FRR du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez.
« L’objectif de la visite, cependant, est d’analyser sa mise en œuvre », a déclaré la source S&D, précisant que le PPE a également cherché à bloquer les idées des socialistes relatives à la gestion des fonds, notamment les entretiens avec des responsables du système judiciaire et de la police.
Le S&D affirme également que Mme Hohlmeier a divulgué à certains médias espagnols un projet d’ordre du jour ne comportant que les propositions du PPE pour la visite.
« Nous allons en Espagne parce que le gouvernement ne nous dit pas où sont les fonds […] nous attendons toujours les réponses du gouvernement, et nous sommes très inquiets concernant cette situation incertaine », a déclaré Mme Hohlmeier à ABC.
Où est l’argent ?
Contactée par EURACTIV, la députée européenne du PPE a indiqué que cette visite « n’implique pas que nous ayons des soupçons ou des doutes sur la mise en œuvre de la FRR de l’Espagne ».
« Ma déclaration selon laquelle nous ne savons pas ce qui s’est passé avec l’argent de la FRR en Espagne s’applique également aux autres États membres », a-t-elle ajouté. Elle a également souligné qu’il s’agissait avant tout d’une question adressée à la Commission européenne.
« La Commission nous a informé à plusieurs reprises que les bénéficiaires de la FRR sont des États membres, mais ce n’est pas une réponse adéquate », a relevé la responsable politique allemande.
« Nous devons savoir à quelles fins les États membres utilisent cet argent, quels projets et qui sont les bénéficiaires finaux », a ajouté Mme Hohlmeier.
EURACTIV a également constaté un échange de lettres entre l’exécutif européen et Mme Hohlmeier à ce sujet.
Dans ces lettres, la Commission désigne explicitement l’Espagne comme un « chef de file » sur la mise en œuvre de la FRR, mais selon Mme Hohlmeier, aucune réponse spécifique n’a été fournie.
« Les informations que vous fournissez ne correspondent pas à ce dont nous avons besoin du point de vue du contrôle budgétaire », a écrit Mme Hohlmeier à la Commission.
L’eurodéputée allemande a expliqué à EURACTIV que les rapports de la Commission se concentrent sur les étapes, les objectifs et les paiements, mais pas « sur ce que les États membres ont fait de l’argent ».
Mme Hohlmeier a également souligné qu’une autre question à laquelle il faudra répondre lors de la visite concerne la participation des PME, des régions et des ONG au processus de consultation de la FRR.
L’Espagne, un modèle à suivre selon le S&D
Pour leur part, les socialistes soulignent l’évaluation positive de la Commission, et ils espèrent que la visite de la délégation du Parlement européen servira d’exemple de bonne gouvernance pour les autres États membres.
« Il s’agit d’une nouvelle occasion de montrer la bonne gestion du plan national espagnol », a indiqué le vice-président de la commission CONT, García Muñoz, à EURACTIV.
« La mission permettra de voir directement comment le plan est mis en œuvre et les systèmes de contrôle instaurés afin de protéger les intérêts financiers de l’Union », a-t-elle précisé.
« Cette visite nous permettra d’analyser le fonctionnement du mécanisme pour la reprise et la résilience sur le terrain dans une optique d’avenir et en vue des futures visites », a-t-elle poursuivi.
Le débat s’intensifie à l’approche des élections
En juin 2022, le chef de file du PPE, Manfred Weber, avait critiqué le gouvernement socialiste espagnol, l’accusant de « dépenser sans compter ».
Le responsable politique bavarois avait également exhorté la Commission européenne à brandir un « carton rouge » à M. Sánchez.
« Je n’accepte pas que les socialistes dépensent inconsidérément de l’argent et laissent au PPE le soin de ramasser les morceaux lorsque l’économie s’effondre. Ce n’est plus acceptable », avait déclaré M. Weber.
Iratxe García, la cheffe du groupe S&D proche du Premier ministre espagnol, avait répondu à ces commentaires.
« Il est assez choquant de voir à quel point le PPE tente de contredire la Commission européenne et sa présidente, Ursula von der Leyen, qui n’a cessé de louer le travail du gouvernement espagnol dans le cadre du mécanisme pour la reprise et la résilience ».
L’Espagne tiendra des élections nationales avant la fin de l’année. Selon Europe Elects, le principal parti d’opposition, le PP, serait en tête des sondages. Les analystes estiment toutefois qu’il sera difficile de former un gouvernement sans la participation du parti d’extrême droite Vox.
Bien que des rumeurs fassent état de la possibilité d’un partenariat entre le PP de centre droit et le parti d’extrême droite Vox (CRE), le chef du PP a rejeté un tel scénario, du moins pour l’instant.
« Les coalitions entre le PP et Vox peuvent être évitées, et je vais certainement essayer de le faire ; je les éviterai », a déclaré le chef du PP, Alberto Núñez Feijóo.
« Il est préférable de former un gouvernement uniquement composé du PP plutôt qu’avec Vox […], mais si cela devait dépendre de moi, j’essaierais de former un gouvernement seul », a-t-il conclu.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]