Le prêt de 35 milliards d’euros de l’UE à l’Ukraine pourrait être bloqué jusqu’à la présidentielle américaine

Alors que les États membres de l’UE tentent d’accorder à l’Ukraine un prêt de 35 milliards d’euros d’ici la fin de l’année, la Hongrie a annoncé vouloir freiner le processus jusqu’à l’élection présidentielle américaine de novembre.

/ EURACTIV.com
4e4145e8-cd13-4daa-aa3b-7263e3b4998f
Le commissaire européen à l’Économie, Paolo Gentiloni (à gauche), et le ministre hongrois des Finances, Mihály Varga (à droite), s’adressent aux journalistes à Luxembourg, mardi 8 octobre. [Conseil de l'Union européenne]

Alors que les États membres de l’Union européenne (UE) tentent d’accorder à l’Ukraine un prêt de 35 milliards d’euros d’ici la fin de l’année, la Hongrie a annoncé lors d’une réunion des ministres des Finances, ce mardi 8 octobre, vouloir freiner le processus jusqu’à l’élection présidentielle américaine de novembre.

L’accord sur ce prêt implique une importante modification du régime de sanctions de l’UE — modification que la Hongrie bloque actuellement.

Le ministre hongrois des Finances Mihály Varga a expliqué aux journalistes à l’issue d’une réunion des ministres des Finances à Luxembourg que Budapest estimait que la question de la prolongation des sanctions contre la Russie devait être décidée « après l’élections américaine ».

Le ministre a justifié cette décision par le fait que les deux candidats à la présidentielle américaine avaient des points de vue fondamentalement opposés sur la manière de soutenir l’Ukraine dans le futur, et que les Européens devraient attendre les résultats de l’élection pour voir quelle ligne de conduite Washington adoptera.

En effet, la candidate démocrate et vice-présidente sortante, Kamala Harris, a exprimé à plusieurs reprises un soutien « inébranlable » envers Kiev lors de sa campagne.

De son côté, le candidat républicain Donald Trump a affirmé que s’il était réélu, il mettrait fin à la guerre en « un jour » en forçant le président ukrainien Volodymyr Zelensky à conclure un accord de paix avec le président russe Vladimir Poutine.

« Nous devons voir dans quelle direction la future administration américaine s’orientera sur cette question », a soutenu Mihály Varga.

« Vous voyez que dans l’élection présidentielle et la campagne des candidats, il y a deux façons absolument différentes de résoudre ce problème — l’une, en direction de la paix, et [l’autre] en direction de la poursuite de la guerre », a-t-il ajouté.

Le prêt de 35 milliards d’euros bloqué

Ses commentaires interviennent alors que les ministres des Finances de l’UE discutent d’un plan européen visant à accorder un prêt de 35 milliards d’euros à Kiev dans le cadre d’un accord politique provisoire conclu par le G7 au mois de juin.

Selon cet accord, le G7 devait avancer collectivement 50 milliards de dollars (45 milliards d’euros) pour aider l’Ukraine d’ici la fin de l’année — l’UE et les États-Unis devant fournir chacun 18 milliards d’euros, tandis que le Royaume-Uni, le Canada et le Japon fourniraient collectivement 9 milliards d’euros. Cette somme permettrait de couvrir les besoins de financement de l’Ukraine jusqu’en 2025 et au-delà et s’appuieraient sur les futurs bénéfices exceptionnels tirés des avoirs russes gelés.

Cependant, au cours des derniers mois, ce projet a été bloqué par des discussions de nature technique entre des représentants de l’UE et des États-Unis.

Pour que l’accord soit pleinement opérationnel, Washington a demandé aux alliés européens de garantir que les avoirs russes resteront gelés jusqu’à ce que Moscou verse des réparations de guerre à Kiev.

Pour ce faire, l’UE devrait veiller à ce que son régime de sanctions à l’encontre de la Russie, qui est actuellement renouvelé tous les six mois et nécessite l’approbation unanime de tous les États membres, ait une durée de vie plus longue — un changement auquel la Hongrie s’est jusqu’à présent opposée.

S’exprimant à l’issue d’une réunion des ministres des Finances de l’UE à Luxembourg, le commissaire à l’Économie, Paolo Gentiloni, a indiqué que les capitales de l’UE avaient globalement exprimé un « fort soutien » à l’extension de la « période de reconduction » des sanctions contre la Russie de six mois à trois ans.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán s’est toutefois fermement opposé à cette éventualité.

Paolo Gentiloni a également confirmé que plusieurs ministres des Finances de l’UE avaient émis des réserves « politiques » quant à l’approbation du programme d’aide à l’Ukraine sans extension de la période de reconduction.

« Il est très clair que, pour eux, la modification du régime de sanctions est la condition pour participer à l’opération et apporter leur contribution », a-t-il expliqué.

« Plusieurs ministres ont également souligné […] qu’un partage équitable du fardeau, incluant tous les pays du G7 et bien sûr les États-Unis, est également quelque chose d’important pour rassurer tout le monde [sur le fait] que cette initiative est la bonne », a-t-il ajouté.

Les ambassadeurs de l’UE devraient poursuivre les discussions sur les détails techniques du plan mercredi 9 octobre.

Sortir le champagne en cas de victoire de Donald Trump

Lors d’une conférence de presse en marge de la plénière du Parlement européen de Strasbourg devant lequel il doit s’exprimer mercredi 9 octobre, Viktor Orbán a affiché sa préférence pour la candidature de Donald Trump à la présidentielle américaine.

« Ce que nous ferons [en cas de victoire de Donald Trump] ? Nous ouvrirons plein de bouteilles de champagne! », a lancé le dirigeant hongrois, rapporte l’AFP.

Il a rappelé qu’un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept était prévu à Budapest le 7 novembre, soit deux jour après l’élection américaine — le moment idéal selon lui pour se pencher sur le programme du candidat républicain.

En juillet, alors que Budapest prenait la présidence du Conseil de l’UE, le dirigeant hongrois avait lancé une « mission de paix » autoproclamée et unilatérale à Kiev, Moscou, Pékin. Il avait également rencontré Donald Trump dans le cadre de cette initiative.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]