Le RN en passe de devenir la première délégation nationale au Parlement européen

Pour la première fois, le Rassemblement national (RN) pourrait devenir la délégation nationale la plus importante du Parlement européen, avec 31 sièges, devant les Chrétiens-démocrates allemands.

/ Euractiv.com
European Parliament Hemicycle is prepared for EU Parliament Election broadcast
Le Parlement européen est composé de groupes politiques, où chaque parti national siège aux côtés de collègues d’autres États membres partageant les mêmes idées. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Pour la première fois, le Rassemblement national (RN) pourrait devenir la délégation nationale la plus importante du Parlement européen, avec 31 sièges, devant les Chrétiens-démocrates allemands.

Selon les données les plus récentes d’Europe Elects, un agrégateur de sondages partenaire d’Euractiv, les cinq plus importantes délégations nationales pour la prochaine législature seraient, outre le RN, les Chrétiens-démocrates allemands de la CDU/CSU (28 sièges), le Parti populaire espagnol (PP, 23 sièges), le mouvement post-fasciste de la Première ministre italienne Giorgia Meloni Fratelli d’Italia (22 sièges), et enfin les sociaux-démocrates (PSOE) et les conservateurs polonais, à égalité avec 20 sièges.

Les groupes au sein du Parlement sont par nature transnationaux, constitués en fonction d’affinités politiques et idéologiques, mais avoir la délégation la plus importante au sein de l’un de ces groupes présente de nombreux avantages.

Cette dernière peut prétendre à la présidence de son groupe, influencer la nomination des vice-présidents du Parlement et assurer la présidence de plusieurs commissions parlementaires. Elle peut aussi bénéficier de plus larges financements.

En somme, les délégations les plus importantes peuvent peser de tout leur poids sur l’agenda parlementaire, tout au long de la mandature.

La part belle aux extrêmes droites

À l’issu du scrutin, le RN pourrait donc devenir la première délégation du Parlement européen en nombre d’eurodéputés – 31, selon les estimations d’Europe Elects.

Le parti devrait ravir la présidence du groupe Identité & Démocratie (ID) à la Lega italienne, à sa tête depuis 2019. Le mouvement d’extrême droite néerlandais PVV devrait s’emparer de la deuxième place du podium, avec neuf eurodéputés.

Une présidence du RN aurait d’autant plus d’influence que Marine Le Pen – et son plus proche allié au Parlement, Jordan Bardella – n’a pas caché ses intentions de se rapprocher du second groupe parlementaire d’extrême droite, les Conservateurs et réformistes européens (CRE), auquel appartient Giorgia Meloni.

Le parti Fratelli d’Italia devrait, selon toute vraisemblance, rafler la présidence des CRE aux Polonais du PiS – mettant les deux femmes sur un pied d’égalité lors d’éventuelles négociations sur un potentiel – mais improbable – « super groupe » des droites dures européennes.

PPE : l’Allemagne, reine au trône menacé

Les Chrétiens-démocrates ont longtemps été la plus importante délégation au sein du groupe des conservateurs européens, le Parti populaire européen (PPE).

Les résultats du scrutin de 2024 devraient confirmer cette tendance, avec 28 sièges attendus, mais les arrivées fracassantes des conservateurs espagnols et polonais pourraient contraindre les Allemands à partager une partie de leur influence.

Le Parti populaire (PP) espagnol devrait en effet s’emparer de la seconde place du groupe, avec 23 sièges. Dans le même temps, les droites conservatrices polonaises – alliance entre la Coalition civique du Premier ministre Donald Tusk et le Parti paysan polonais, qui siégeront au sein d’une seule et unique délégation – devraient récupérer 20 sièges.

Assez pour peser sur la direction du PPE, et fragiliser la quasi-hégémonie politique dont les Allemands ont longtemps profité.

¡ Holà España !

Le paysage politique espagnol est organisé autour d’une opposition entre les socialistes du PSOE et le PP. L’ancien parti libéral Ciudadanos a disparu et la « plateforme » de gauche radicale, Sumar, est membre de la coalition gouvernementale.

En conséquence, le PSOE et le PP devraient tous deux figurer parmi les cinq plus grandes délégations nationales, avec 20 et 23 sièges.

Le PSOE devrait donc mécaniquement rester la première délégation au sein du groupe des Socialistes & Démocrates (S&D), suivi par le Parti démocrate (PD) italien (17 sièges) et le Parti social-démocrate allemand (SPD), avec 14 eurodéputés.

L’hégémonie espagnole chez les socialistes continue de peser au niveau européen. Déjà première délégation en 2019, ces derniers devraient être en mesure de renforcer leur contrôle lors de la prochaine mandature.

Les libéraux en déroute

Grand perdant des élections à venir, les libéraux du groupe Renew, créé de toutes pièces par Emmanuel Macron en 2019.

Longtemps faiseur de roi dans le cadre de la grande coalition S&D – Renew – PPE, ils devraient perdre plus de 20 sièges et leur titre de troisième plus gros groupe parlementaire au profit des CRE.

La majorité présidentielle devrait passer de 23 sièges en 2019 à 15 aujourd’hui, ce qui pourrait menacer le contrôle de la délégation française sur la présidence du groupe, qu’elle occupe depuis 2021 – d’abord avec Stéphane Séjourné puis, depuis janvier 2024, avec Valérie Hayer.

Cette perte d’influence est d’autant plus probable que Mme Hayer s’est dernièrement mise à dos une partie de ses alliés libéraux, ALDE, en demandant l’exclusion de Renew du parti néerlandais VVD, qui a formé une coalition gouvernementale au Pays-Bas avec l’extrême droite.

[Édité par Théo Bourgery-Gonse et Laurent Geslin]