Le Royaume-Uni en pleine « dépression nerveuse » sur l’immigration, selon le Premier ministre albanais

Le Premier ministre albanais, Edi Rama, n’a pas mâché ses mots en ce qui concerne les relations entre l’Albanie et le Royaume-Uni, déclarant que le pays souffrait d’une « dépression nerveuse » parce qu’il ne parvient pas à maîtriser son immigration.

EURACTIV avec exit.al
Albania Prime Minister Edi Rama visits 10 Downing Street in London
M. Rama a déclaré ce week-end que le Royaume-Uni était dans une « très mauvaise passe » et qu’il aurait cherché à attirer l’attention sur l’Albanie afin de détourner le regard sur l’échec du Brexit. [EPA-EFE/ANDY RAIN]

Le Premier ministre albanais, Edi Rama, n’a pas mâché ses mots en ce qui concerne les relations entre l’Albanie et le Royaume-Uni, déclarant que les britanniques souffraient d’une « dépression nerveuse » sur la question de l’immigration.

Les relations entre les deux pays se sont détériorées à la fin de l’année 2022, lorsque la ministre britannique de I’Intérieur, Suella Braverman, a qualifié d’« invasion » l’afflux de migrants albanais.

M. Rama a déclaré ce week-end que le Royaume-Uni était dans une « très mauvaise passe » et qu’il aurait cherché à attirer l’attention sur l’Albanie afin de détourner le regard sur l’échec du Brexit.

Il a accusé les « pauvres Britanniques » de s’en prendre aux Albanais pour « leur donner l’impression qu’ils ont encore du muscle ». Malgré cela, M. Rama a déclaré qu’il avait un grand respect pour la Grande-Bretagne, son histoire et sa culture, et qu’il continue de les « soutenir ».

Les britanniques font face à un retard de 140 000 demandes d’asile. 50 000 demandeurs d’asile sont hébergées dans des hôtels, pour un coût de 7 millions de livres sterling par jour.

Il est également apparu que les autorités avaient perdu trace de plus de 200 enfants demandeurs d’asile, dont plus de 170 étaient albanais. Non seulement elles ont admis ne pas savoir où ils se trouvaient, mais elles n’ont pas non plus informé Tirana de la situation.

L’année dernière, la Grande-Bretagne a signé deux accords avec l’Albanie pour tenter d’endiguer l’afflux de migrants albanais qui traversent la Manche par bateau pour se rendre dans le pays. Seulement 29 Albanais ont traversé la Manche par bateau au cours des trois premiers mois de 2023, un contraste frappant avec les 12 310 qui ont fait le voyage en 2022.

Au total, 1 109 Albanais ont traversé la Manche par bateau au cours des trois derniers mois de 2022, ce qui signifie que le nombre de personnes ayant traversé la Manche au cours du premier trimestre de cette année a considérablement diminué. En outre, environ 1 000 migrants irréguliers ont été renvoyés en Albanie depuis que le Premier ministre britannique, Rishi Sunak, s’est engagé à arrêter les bateaux et en a fait l’une de ses principales priorités pour 2023.

Un communiqué envoyé par l’ambassade britannique à Tirana à EURACTIV indique que ce chiffre combine les demandeurs d’asile déboutés, les délinquants étrangers et les retours volontaires.

Les équipes opérationnelles britanniques et albanaises ont mis en place un groupe de travail conjoint sur la migration, qui sert de porte d’entrée principale pour coordonner les mesures opérationnelles spécialisées et les actions visant à gérer la migration illégale des citoyens albanais vers le Royaume-Uni, poursuit le communiqué.

Si M. Sunak et ses partisans pensent que sa politique et sa ligne dure y sont pour quelque chose, d’autres estiment que le climat social défavorable joue un rôle, tout comme les gangs de trafiquants qui craignent les conséquences de l’attention accrue portée à leurs activités.

De nombreux Albanais se rendant au Royaume-Uni l’ont fait après avoir acheté leur voyage via les réseaux sociaux. Les gangs du crime organisé ont fait la publicité de traversées vers le Royaume-Uni pour plus de 2 000 livres sterling en promettant du travail et une vie meilleure à leur arrivée.

Environ la moitié des demandeurs d’asile au Royaume-Uni voient leur demande acceptée, l’autre moitié étant accordée en appel, bien que l’Albanie soit un pays d’origine sûr, sans conflit interne ou externe.

Malheureusement, beaucoup de ceux qui ont fait le voyage ont fini dans des hôtels ou des camps pour demandeurs d’asile ou ont dû travailler dans le marché noir pour rembourser leurs dettes aux trafiquants.

Au moment de la répression des Albanais à l’automne 2022, le parti conservateur au pouvoir était à un niveau historiquement bas dans les sondages de popularité et subissait les conséquences du départ de l’ancien Premier ministre Boris Johnson, suivi de celui de Liz Truss, puis de l’arrivée de l’actuel Premier ministre Rishi Sunak.

En janvier, la situation est redevenue tendue, le ministre de I’Immigration, Robert Jenrick, ayant publié une vidéo dans laquelle il déclarait que le gouvernement s’efforçait de « trouver les Albanais, de les détenir, de les emmener à l’aéroport et de les ramener à Tirana » pour avoir « joué avec le système », ajoutant qu’il y avait parmi eux de « dangereux criminels ».

La ministre albanaise des Affaires étrangères, Olta Xhacka, a réagi avec stupeur, déclarant que M. Jenrick employait un tel langage par simple souci électoral.

Entre-temps, le nombre de demandeurs d’asile albanais dans l’UE a considérablement diminué au cours des deux premiers mois de 2023, selon les données d’Eurostat.

Entre janvier et février 2023, 1 675 Albanais ont demandé l’asile dans un État membre de l’UE, soit une baisse de 14 % par rapport à la même période en 2022.

Au total, 13 600 Albanais ont déposé une demande dans le bloc au cours de l’année 2022, le niveau le plus élevé depuis 2020, tandis que près de 16 000 ont fait des demandes au Royaume-Uni.