Le Royaume-Uni essaie d’atténuer des propositions de forage pétrolier en Arctique
Le gouvernement britannique cherche à affaiblir des projets de règlements de l’UE relatifs au forage pétrolier en haute mer, alors qu’il fait savoir aux députés qu’il souhaite une « protection environnementale solide » pour le forage pétrolier en Arctique.
Le gouvernement britannique cherche à affaiblir des projets de règlements de l’UE relatifs au forage pétrolier en haute mer, alors qu’il fait savoir aux députés qu’il souhaite une « protection environnementale solide » pour le forage pétrolier en Arctique.
Selon des documents révélés et consultés par The Guardian, le Royaume-Uni a tenté de modifier des propositions afin d'empêcher des opérations de forage de pétrole et de gaz qui fragiliseraient des zones vulnérables. Le Royaume-Uni insiste pour que cette clause soit supprimée, car « les marées noires peuvent en réalité se répandre par l'action du vent et des vagues et il s'agit en soi d'une forme de réponse efficace ».
Ces propos ont outré des défenseurs de l'environnement. Ils craignent que la « course au pétrole en Arctique » dans laquelle plusieurs entreprises se sont engagées ne cause des dommages irréparables à l'une des dernières zones naturelles vierges de la Terre.
Des ministres ont également exclu tout moratoire sur le forage du pétrole en Arctique, malgré les demandes d'un comité de députés influents et l'échouage de Kulluk, la plateforme de forage de Shell, en Alaska le 31 décembre 2012. Cet incident, même s'il n'a pas causé de marée noire dangereuse, intensifie les craintes en matière de sécurité quant au forage dans des mers nordiques lointaines, où toute réponse à une marée noire grave serait difficile, voire impossible.
Cette difficulté crée un « écart entre la marée noire et la réponse ». Ces marées noires peuvent rester intactes pendant des semaines ou des mois si des conditions climatiques défavorables rendent le nettoyage impossible à l'aide de moyens mécaniques et chimiques, tels que ceux employés par BP dans le golfe du Mexique. Cette difficulté augmente les risques potentiels d'endommagement des zones vulnérables comme le Groenland et l’Arctique.
Plusieurs États membres de l'UE voulaient que cet écart soit reconnu et pris en compte dans toute décision sur une autorisation de forage. Si cet écart est trop grand, les entreprises pourraient ne pas être autorisés à forer. Ces règles s'appliqueraient également à des pays tels que la Norvège, qui dispose d'un potentiel énorme pour forer l'Arctique. Le Royaume-Uni a toutefois insisté pour que cette clause soit retirée lors des négociations à Bruxelles.
Le gouvernement laisse au contraire penser que laisser des marées noires dans les profondeurs de l'océan Arctique pourrait être une réponse adéquate.
Londres a répondu à l'appel du comité de vérification environnementale pour une réglementation plus stricte sur l'Arctique et le forage pétrolier dangereux. Le gouvernement a déclaré aux députés : « [Nous sommes] parfaitement conscients des incidences éventuelles d'un forage de pétrole en Arctique sur l'environnement et nous reconnaissons les risques du forage d'hydrocarbure. Nous soutenons donc pleinement l'utilisation des normes les plus élevées sur l'environnement et le forage dans l’Arctique. »
Ben Stewart de Greenpeace a déclaré : « Le gouvernement britannique a été pris en train de tenir un double discours. Il explique au Parlement qu'il respecte les normes de sécurité les plus élevées pour l'industrie pétrolière, mais à Bruxelles, il travaille à la destruction des réglementations qui empêcheraient une catastrophe du style Deepwater Horizon au large de notre propre côte. Nos ministres pourraient envisager, pour une fois, de ne pas agir comme le groupe de pression mandaté de Shell. »
Le Royaume-Uni a également tenté de modérer des propositions de l'UE afin d'obliger des exploitants de forage à déposer leurs « projets de réponse d'urgence » auprès des gouvernements. Ces projets garantiraient que les exploitants respectent les réglementations gouvernementales et permettraient aux défenseurs de consulter ces projets conformément aux règles de liberté d'information et de les évaluer. Si l'alternative du Royaume-Uni est acceptée, les gouvernements ne consulteraient que des « descriptions » de ces projets. Les défenseurs de l'environnement craignent toutefois que ces derniers soient inadéquats.
Le comité de députés sur la vérification environnementale a demandé un moratoire sur le forage en Arctique tant que les craintes liées à la sécurité ne sont pas dissipées et que de meilleures méthodes de réponse ne sont pas mises en place en cas d'incident. Joan Walley, la présidente de ce comité, a critiqué la réponse de David Cameron sur le forage de pétrole en Arctique : « Il y a quelques années, le premier ministre est monté sur un traîneau tiré par des huskies en Arctique afin de faire preuve de son engagement envers les questions environnementales. On lui demande maintenant de protéger réellement cette zone naturelle vierge et il refuse de s'y attaquer. »
Shell sera traîné devant les députés afin d'expliquer l'incident de Kulluk. Mme Walley a déclaré : « L'échouage de la plateforme de Kulluk soulève des questions sérieuses sur la sécurité des opérations de Shell en Arctique et nous les rappellerons afin de donner des preuves supplémentaires. »
Shell a toutefois déclaré qu'il ne comparaîtrait pas devant le comité tant que des révisions en cours aux États-Unis ne sont pas terminées. L'entreprise a ajouté que ses opérations étaient sûres et a indiqué dans un communiqué : « Shell comprend la singularité et l'importance de l’Arctique, mais la production de gaz et de pétrole depuis l’Arctique n'est pas nouvelle. Nos 50 ans d'expérience dans les régions de l’Arctique et ses sous-régions démontrent que nous disposons de l'expertise technique pour rechercher et produire du pétrole et du gaz dans des lieux qui posent des défis. »
Le ministère britannique de l'énergie et du changement climatique n'a pas répondu à la demande de commentaire.