Le secteur bancaire sort de la crise

Le lien de dépendance des banques vis-à-vis des aides d’État est en régression, indique un rapport de la Commission européenne.

EURACTIV.fr

Le lien de dépendance des banques vis-à-vis des aides d’État est en régression, indique un rapport de la Commission européenne.

La Commission a publié, le 27 mai 2010, son tableau de bord de printemps dressant un bilan de l’utilisation des aides d’État. La principale conclusion est la réduction du lien de dépendance des établissements bancaires à ces aides d’urgence accordées sous forme de garanties et de recapitalisations publiques.

Un signe de sortie de crise, s’il en est, pour ce secteur. Le commissaire à la Concurrence Joaquín Almunia, a d’ailleurs déclaré à ce propos, «la régression du recours aux garanties d’État constitue un indicateur préliminaire encourageant d’une amorce de retour à des conditions normales de marché pour le secteur financier. Les États membres soutiennent fermement la stratégie de la Commission visant à éliminer progressivement les mesures de soutien».

En pleine crise économique, entre octobre 2008 et juillet 2009, les aides d’État au secteur bancaire ont été autorisées par la Commission européenne pour un volume maximal de 4 131,1 milliards d’euros, afin d’endiguer les effets de la crise touchant ce secteur. 

Selon le rapport de la Commission, les banques n’auraient pas utilisé l’intégralité des fonds garantis. Le recours effectif à cet argent et aux mesures de recapitalisation disponibles correspond à un total de 1 235,2 milliards d’euros, note le texte.

Directeur-adjoint du CEPII, l’économiste Gunther Capelle-Blancard rappelle que si aujourd’hui la Commission reconnaît le bienfait des aides au secteur financier, sa position n’était pas tout à fait la même au plus fort de la crise. En septembre 2008, « la Commission n’avait pas pris la mesure de la gravité de la crise », estime-t-il. A l’époque, elle se souciait beaucoup plus des problèmes de concurrence déloyale entre États, générés par les aides d’État. » L’urgence passée, il faut désormais faire attention à ce que les États n’aident pas les banques de façon déloyale », reconnait-il.

Dans son tableau de bord, la Commission considère ainsi qu’ »il convient désormais d’orienter les efforts vers une élimination progressive transparente et coordonnée des différents régimes d’aides […] afin de garantir un retour graduel au fonctionnement du marché ».

Rapport factuel

Cependant, Gunther Capelle-Blancard estime que « ce rapport passe un peu à côté » des vraies questions qui avaient pourtant  été évoquées lors de la crise. Entre autres, la contrepartie des banques sur la modération des bonus. « Il n’y pas un mot dans le texte », déplore-t-il.

« Le rapport est bien fait, mais il est trop factuel », juge l’économiste. Aucune véritable réflexion n’a été engagée sur la nature de l’aide apportée aux banques. « Fallait-il prêter de l’argent et à quel taux? Fallait-il recapitaliser? Ou nationaliser les titres pour les revendre plus cher ultérieurement? », s’interroge-t-il.

La solution retenue par l’État français, à savoir prêter de l’argent à faible taux « n’était peut-être pas, après-coup la meilleure », avance-t-il. Se défendant d’être « cynique », il estime que l’État aurait pu chercher à gagner davantage d’argent. « Certes, l’idée n’était pas de spéculer sur les banques françaises. Mais le coût de la crise bancaire ne se limite pas aux aides apportées par l’État, il y eu beaucoup d’externalités négatives », explique l’économiste. 

Il aurait été judicieux que la Commission européenne « se penche sur cette question, au cas où, à l’avenir, une telle crise se reproduisait ».

« Le contenu du rapport ne rassurera personne, il est de connaissance commune ». Certes, « le plus gros de la crise bancaire est derrière nous, mais cela n’empêchera pas une autre crise bancaire liée à la crise grecque par exemple », conclut-il.