Le secteur ferroviaire européen appelle à l'aide face à l'augmentation des prix
Le fonctionnement d’une locomotive électrique dans l’UE est désormais plus coûteux que celui des trains alimentés par des combustibles fossiles, les prix de l’électricité pour les chemins de fer ayant augmenté jusqu’à 1 000 % dans certains États membres.
Le fonctionnement d’une locomotive électrique dans l’UE est désormais plus coûteux que celui des trains alimentés par des combustibles fossiles. Cette situation est la conséquence des prix de l’électricité pour les chemins de fer qui ont augmenté jusqu’à 1 000 % dans certains États membres, selon une association européenne du secteur ferroviaire.
La Communauté européenne du rail (CER) a adressé une lettre à la Commission européenne, datée du 13 octobre, afin de réclamer des mesures visant à atténuer l’impact de la flambée des prix qui menace la viabilité financière du secteur.
La missive — adressée à la présidente de la Commission, Ursula Von Der Leyen, au responsable du Pacte vert pour l’Europe, Frans Timmermans, à la commissaire à l’Energie, Kadri Simson, et à la commissaire aux Transports, Adina Vălean — expose plusieurs possibilités d’aides d’Etat qui pourraient être accordées aux opérateurs ferroviaires pour compenser les prix élevés de l’énergie.
« Il est évident que les chemins de fer, en tant qu’épine dorsale de la mobilité et du transport durables dans l’UE, sont en péril. Les modes de transport dépendant des combustibles fossiles bénéficient actuellement d’un avantage concurrentiel par rapport aux modes de transport plus durables, basés sur l’électricité, comme les chemins de fer, rendant la transition écologique de l’UE impossible à réaliser », est-il indiqué dans la lettre de la CER.
Aides d’État
Dans sa lettre, l’association professionnelle du secteur ferroviaire énonce cinq points qui, selon elle, aideront le secteur à surmonter la crise actuelle.
Elle fait valoir que l’exposition du secteur ferroviaire au marché de l’électricité signifie que celui-ci devrait bénéficier des recettes générées par le plafonnement des recettes des « technologies inframarginales » non liées au gaz — ce que l’on appelle la taxe sur les surprofits.
L’argent généré par cette taxe sur les surprofits liés à la production d’énergie doit être réorienté pour soutenir les entreprises en difficulté. « Le rail doit bénéficier de manière adéquate des recettes excédentaires afin de réduire le coût unitaire de l’électricité ferroviaire », indique la lettre.
Les opérateurs ferroviaires sont également préoccupés par les plans de l’UE visant à réduire la consommation d’énergie aux heures de pointe, une mesure destinée à atténuer les problèmes d’approvisionnement.
Si cette mesure était appliquée au secteur ferroviaire, les opérateurs devraient faire circuler moins de trains, perturbant ainsi les transports publics au cours des heures de pointe, selon la CER.
Le secteur devrait plutôt bénéficier d’un « traitement spécial » en termes de mesures de réduction de la consommation d’énergie afin de préserver « le niveau de service offert aux clients qui dépendent du train en tant que service public ».
La CER a également demandé un plafonnement du prix de l’électricité pour les « services d’intérêt général », dont fait partie le chemin de fer. Un plafonnement du prix de l’électricité contribuerait à freiner l’augmentation du prix des billets, a-t-elle fait valoir.
Conformément au cadre temporaire pour les aides d’État, les entreprises confrontées à des prix de l’énergie élevés peuvent bénéficier d’aides d’État, avec un plafond de 50 millions d’euros.
La lettre souligne toutefois que ce plafond est « inadéquat » pour le secteur ferroviaire, qui doit faire face à des coûts annuels de quelque 2 milliards d’euros. Ils demandent que les seuils fixés dans l’encadrement soient revus à la hausse.
Les opérateurs souhaitent en outre que le paiement des redevances d’accès aux voies — actuellement reporté au 31 décembre 2022 en raison de la pandémie de Covid-19 — soit prolongé jusqu’à la fin de l’année 2024.
Pas d’augmentation du prix des billets pour le moment
Le directeur exécutif de la CER, Alberto Mazzola, a déclaré à EURACTIV qu’il ne prévoyait pas d’augmentation des prix des billets de train dans l’immédiat. Il a cependant ajouté que cela pourrait changer si les prix ne baissent pas dans les mois à venir.
« Il y a une augmentation du coût du service des passagers, mais personne ne répercute l’augmentation des coûts. Certains de nos membres réfléchissent, alors vous pourriez voir certains d’entre eux augmenter le prix des billets l’année prochaine », a-t-il déclaré.
Bien que le secteur ferroviaire se sente tenu de ne pas contribuer à l’inflation, payer les coûts énergétiques actuels dans un secteur électrifié à plus de 80 % n’est pas viable, a averti M. Mezzola.
« Si nous continuons comme ça, nous allons perdre beaucoup d’argent. Bien sûr, si l’inflation augmente et que les coûts augmentent, notamment le prix de l’énergie, cela entraînera à l’avenir une augmentation du prix des billets et une réduction du trafic ferroviaire », a-t-il déclaré.
M. Mezzola s’est également dit préoccupé par le fait que le fret ferroviaire serait particulièrement touché par l’augmentation des prix de l’électricité, car il devient de moins en moins compétitif par rapport aux poids lourds à moteur diesel.
« Les augmentations de coûts pour les déplacements routiers sont beaucoup plus faibles que pour le rail parce que l’augmentation du coût du carburant n’est pas au même niveau que l’électricité », a-t-il expliqué. « Donc, pour le fret en particulier, mais aussi pour les services de transport de passagers sur de longues distances, c’est un gros problème en ce moment. »