Le sentiment séparatiste progresse dans le Tyrol italien

L’envie de rejoindre l’Autriche se fait de plus en plus forte dans le Tyrol du Sud, province italienne à majorité germanophone, alors qu’un parti séparatiste continue de gagner du terrain dans les sondages avant les élections municipales de mai.

EURACTIV Italie
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Cette église est la plus ancienne de Val Gardena. Elle est située près d’un village du même nom au-dessus d’Ortisei et n’est accessible qu’à pied. Église de St Jacob. Val Gardena, Alpes Dolomites, Italie. [ose A. Bernat Bacete/Getty Images]

ROME — L’envie de rejoindre l’Autriche se fait de plus en plus forte dans le Tyrol du Sud, province italienne à majorité germanophone, alors qu’un parti séparatiste continue de gagner du terrain dans les sondages avant les élections municipales de mai.

Bienvenue dans une province montagneuse du nord de l’Italie, où tout se décline par paires — écoles, noms de rues, partis politiques et journaux — et où les communautés linguistiques allemande et italienne se partagent le territoire.

Il en va de même pour son nom : Südtirol en allemand, Alto Adige en italien. En vous promenant dans la capitale de la province, Bolzano, vous entendrez des groupes de jeunes parler allemand, d’autres bavarder en italien — mais rarement ensemble.

Autrefois partie de l’Empire austro-hongrois, la région a été cédée à l’Italie après la Première Guerre mondiale et le régime fasciste de Benito Mussolini a tenté de l’« italianiser » par la force.

Bien que le gouvernement italien ait finalement accordé à la région une large autonomie dans les années 1970, pour beaucoup, le rêve de se séparer de l’Italie ne s’est jamais estompé.

Lors des élections provinciales de 2023, le parti séparatiste Süd-Tiroler Freiheit (STF) a fait une percée significative, se hissant à la troisième place. À l’approche des élections municipales, qui auront lieu en mai, les derniers sondages suggèrent qu’il pourrait même atteindre la deuxième place.

Fondé en 2007 par Eva Klotz, le principal objectif de ce parti sécessionniste d’extrême droite est l’autodétermination des Tyroliens du Sud et la réunification avec l’Autriche, avec un référendum proposé à plusieurs reprises comme moyen d’y parvenir.

Pour Sven Knoll, le dirigeant actuel du STF, l’autonomie de la région n’est pas seulement une question territoriale, mais aussi ethnique. Il a fait de l’introduction de la double nationalité —italienne et autrichienne — pour les germanophones de la province une priorité absolue, une idée qui refait surface tous les deux ou trois ans.

La dernière tentative majeure a eu lieu en 2020 avec un amendement soutenu par le Parti de la liberté (FPÖ), le parti d’extrême droite autrichien, auquel le gouvernement italien s’est farouchement opposé et qui a finalement été abandonné.

Mais après la récente victoire électorale du FPÖ, le STF a déclaré que c’était « notre grande chance » d’obtenir enfin la double nationalité.

Sven Knoll a salué le FPÖ comme « le seul parti en Autriche à se battre pour la double nationalité, l’amnistie des combattants de la liberté et l’indépendance du Tyrol du Sud ».

Une coexistence fragile

La population du Tyrol du Sud est divisée en fonction de la langue : 69,4 % des habitants sont germanophones, 26 % italophones et 4 % ladins.

Pour assurer une coexistence pacifique, un cadre juridique complexe impose une représentation ethnique dans la prise de décision politique, la proportionnalité dans la fonction publique et le bilinguisme dans l’administration publique et le système judiciaire. Les écoles sont également séparées par langue.

Malgré ces garanties juridiques, des tensions persistent.

La province a connu une vague de terrorisme séparatiste dans les années 1950 et 1960, qui a culminé dans la nuit du 11 au 12 juin 1963, lorsque plus de 350 bombes ont explosé dans toute la province, visant des lignes électriques à haute tension et des centrales hydroélectriques.

Aujourd’hui, la discrimination semble toujours bien vivante.

Des slogans tels que « Le Tyrol du Sud n’est pas l’Italie » apparaissent sur des panneaux au col du Brenner, et, lors d’une récente agression violente, un jeune homme italophone a été battu jusqu’au coma par quatre jeunes germanophones qui l’ont traité de « Dreckwalscher », une insulte signifiant « sale Italien ».

Le STF lui-même a attisé les tensions avec des campagnes provocatrices. L’une de ses affiches montrait une paire de pieds sur une table d’autopsie, avec une pancarte indiquant : « Le médecin ne parlait pas allemand ».

Le cœur du manifeste du parti est que l’allemand soit la seule langue parlée dans les hôpitaux et les écoles.

(AM)