Le sommet de l’UE bouleversera l’action pour le climat

Les plans de décarbonisation de l’économie d’ici 2050 pourraient être tournés en dérision lors du sommet d’aujourd’hui (22 mai) si les chefs d’État et de gouvernement de l’UE approuvent des mesures  du projet de conclusions, consulté par EURACTIV, qui accordent la priorité à la compétitivité industrielle et non au changement climatique.

EURACTIV.com
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Les plans de décarbonisation de l’économie d’ici 2050 pourraient être tournés en dérision lors du sommet d’aujourd’hui (22 mai) si les chefs d’État et de gouvernement de l’UE approuvent des mesures  du projet de conclusions, consulté par EURACTIV, qui accordent la priorité à la compétitivité industrielle et non au changement climatique.

Selon le projet de conclusions, la politique de l'UE doit garantir des prix de l’énergie « compétitifs » et il est essentiel que l'Europe diversifie son approvisionnement énergétique et développe des « ressources énergétiques locales », une référence aux énergies renouvelables, mais également au charbon, au nucléaire et au gaz de schiste.

Holger Krahmer, un eurodéputé allemand influent (ADLE), a salué la fin d'une « hystérie sur le climat » dans un communiqué de presse enthousiaste.

« Pour la première fois, l'augmentation des coûts de l'énergie et la baisse de compétitivité de l'économie européenne seront plus importantes que les ambitions bien évidemment inexécutables sur le changement climatique mondial », a-t-il déclaré.

« Les conséquences économiques et sociales de l'hystérie collective ne peuvent plus être ignorées, comme l'admettent les gouvernements des États membres de l'UE dans ce document », a-t-il ajouté, en indiquant qu'il était juste d'accorder plus d'attention aux sources d'énergie telles que le gaz et le charbon.

Le projet de conclusions du sommet traite également de la promesse de révision des causes et de la nature des coûts de l'énergie de l'Europe d'ici la fin de l'année. En outre, il aborde plus en détail la compétitivité industrielle.

L'eurodéputé luxembourgeois Claude Turmes (Verts) a qualifié ce document d'« affligeant » dans son intégralité et de « revers dramatique » pour les défenseurs de l'environnement.

Pression décisive

Le changement d'orientation des dirigeants des États membres de l'UE fait suite au rejet d'une proposition de réforme du système européen d'échange de quotas d'émissions (ETS), prônée par la commissaire en charge de l'action pour le climat, Connie Hedegaard, afin de stimuler les prix du carbone.

Les industries énergivores et BusinessEurope, une fédération qui représente les plus grandes entreprises d'Europe, se sont fortement opposées à cette mesure. BusinessEurope s'est prononcée contre la hausse artificielle des prix du carbone, et donc des coûts de l'énergie, dans une économie lente.

Des fonctionnaires de l'UE avaient indiqué à EURACTIV à l'époque que cette pression avait été décisive lors du vote. Ils avaient indiqué que la question du report de crédit afin d'accroître les prix était utilisée dans d'autres dossiers.

Bon nombre de ces dossiers pourraient être abordés lors du sommet d'aujourd'hui.

Selon M. Turmes, une lettre de Markus Beyrer, le directeur de BusinessEurope, adressée à Enda Kenny, le premier ministre de l'Irlande, qui occupe actuellement la présidence tournante du Conseil de l'UE, révèle que les priorités de la fédération d'entreprises ont influencé l'ordre du jour du sommet. 

La lettre de BusinessEurope se concentre sur l'avantage du prix de l'énergie aux États-Unis procuré par le gaz de schiste bon marché. Elle tient également le coût des politiques climatiques, comme l'ETS, les programmes de soutien des énergies renouvelables et la structure des marchés de l'électricité, responsables de l'économie chancelante de l'Union.

Ce document divulgué fait suite à des informations selon lesquelles la Commission a demandé aux États membres d'envisager la suppression de tarifs pour les entreprises énergivores dans un projet destiné à l'industrie de l'acier.

Claude Turmes a ajouté : « Ce texte ouvre la voie aux plus grands pollueurs de l'UE non seulement afin de continuer à profiter des politiques climatiques futures, mais également en vue de ne pas participer à la modernisation de l'infrastructure énergétique vieillissante de l'Europe. »

Au sein de la Commission, ces idées ne semblent toutefois plus avoir la cote.

Un programme de réindustrialisation

Lors d'une conférence de presse la semaine dernière, des fonctionnaires de la DG Énergie de la Commission européenne ont distribué des documents d'information accompagnés de plusieurs sujets de discussion tels que « Les prix du gaz dans l'UE sont parmi les plus élevés du monde », « Les prix de l'électricité dans l'UE ont beaucoup plus augmenté qu'aux États-Unis » et « Plus de 200 000 emplois [dans le secteur de l'aluminium] sont menacés ».

Cela concorde avec un programme de réindustrialisation exposé ces derniers mois par le commissaire en charge de l'énergie, Günther Oettinger. Son programme vise un objectif de 20 % de la contribution de l'industrie au produit intérieur brut d'ici 2020.

Cette part est passée de 22 % en 2000 à 18 % en 2010, a reconnu M. Oettinger.

Sanjeev Kumar, le directeur de Change Partnership, une ONG de défense de l'environnement, a cependant déclaré à EURACTIV que la concentration sur l'énergie bon marché de l'Amérique du Nord serait contreproductive, car les États-Unis ont toujours eu un avantage sur l'Europe dans le domaine des prix de l’énergie.

« Les dirigeants [des États membres] de l'UE se trompent de conversation », a-t-il indiqué. « Pour sortir de la situation dans laquelle nous nous trouvons, nous devons dépenser de l'argent dans l'efficacité énergétique et les infrastructures de réseaux. Au lieu de cela, nous dépensons simplement de l'argent pour rester dans cette situation problématique, réparer les morceaux et prolonger la misère. »

Des importations de carburant fossile ont entraîné des prix élevés de l'énergie et cette situation pourrait s'aggraver avec la croissance économique ou un accord commercial entre l'UE et les États-Unis, a-t-il ajouté.